Santé mentale

Écoanxiété: comment soutenir les jeunes inquiets de l’avenir de la planète?

Le 20 avril 2021

Sensibilisés depuis leur tout jeune âge aux conséquences des changements climatiques, les jeunes sont aujourd’hui de plus à plus nombreux à appréhender avec angoisse l’avenir de la planète et à éprouver de l’« écoanxiété ». Mais de quoi s’agit-il exactement ? Notre collaboratrice Marie-Pascale Deegan s’est penchée sur ce phénomène encore méconnu.

Au fil de leur développement, les enfants et les adolescents rêvent de partir à la rencontre des lions et des gazelles de la savane africaine, des neiges éternelles du Kilimandjaro, des aras bleus de la forêt amazonienne et de planter leur drapeau en Terre de Feu. Mais que se passe-t-il lorsque le cours normal de cette belle épopée est perturbé par des nouvelles accablantes : dérèglement climatique, fonte de la calotte glacière, multiplication des catastrophes naturelles, effondrement de la biodiversité… La santé de la Terre est en réel péril et celle des êtres qui l’habitent aussi. Pour plusieurs jeunes, cette réalité rime avec écoanxiété.

enfant dessine la planete Terre

Qu’est-ce que l’écoanxiété ?

L’écoanxiété, un terme récemment introduit dans le langage pour décrire l’anxiété ressentie face aux changements climatiques ou encore une peur chronique de la catastrophe environnementale[1], suscite un intérêt grandissant. Certains la définissent de façon très large, de manière à englober l’ensemble des réactions possibles face à la dégradation de l’environnement : déni, désarroi, sentiment d’impuissance, culpabilité, colère, révolte, anxiété, voire angoisse et tristesse, notamment. Ces réactions, que la psychologue Dre Karine St-Jean qualifie d’« écoémotions », dans son livre Apprivoiser l’écoanxiété et faire de ses écoémotions un moteur de changement[2], peuvent s’apparenter aux réactions associées au deuil.

L’écoanxiété n’a pas encore été incluse dans la liste des troubles recensés dans le DSM-5 qui sert de livre de référence, en psychiatrie, à travers la planète. Cependant, depuis quelques années, l’Association américaine de psychiatrie qui le publie multiplie ses communications en lien avec les effets des problèmes environnementaux sur la santé mentale des personnes et des collectivités.

Cela dit, réagir, même fortement, à la menace réelle que constitue la crise environnementale est sain en soi. En effet, dans la même optique que la célèbre citation du penseur indien Jiddu Krishnamurti, selon qui « Ce n’est pas un signe de bonne santé mentale d’être bien adapté à une société malade », il est tout à fait sensé de vivre des réactions émotionnelles négatives face à la menace environnementale. Toujours selon Dre St-Jean, l’objectif est de parvenir à accueillir ses écoémotions avec douceur et à en prendre bonne note de manière à saisir les messages qu’elles véhiculent et à passer à l’action. Car, contrairement à l’anxiété provoquée par les monstres fictifs dans le placard, pour durablement atténuer les écoémotions, l’action sur ses déclencheurs est nécessaire et potentiellement bénéfique.

ecoanxiete

En tant que parents, éducateurs ou intervenants, comment pouvez-vous aider les enfants et les adolescents à faire face à leurs écoémotions ? Voici quelques pistes d’actions.

1- Prenez conscience de vos propres écoémotions et dotez-vous de moyens pour en atténuer l’intensité.

Bien que les jeunes soient davantage susceptibles de souffrir d’écoanxiété[3], tout le monde peut être affecté par la menace de la crise environnementale et par ses effets déjà perceptibles. Lorsqu’on est parent ou éducateur, l’avenir des jeunes qui nous tiennent à cœur est en jeu et il est possible que nos réactions face à la situation soient d’autant plus vives.

Pour éviter d’accentuer la détresse chez les jeunes, en leur communiquant une charge émotionnelle trop intense, prendre conscience de ses propres réactions et voir à les canaliser positivement dans l’action est une stratégie importante à mettre en œuvre.

ramassage dechets

2- Dans la mesure du possible, faites des choix écoresponsables pour que les jeunes constatent que l’avenir de la planète et le leur vous importe.

Nous vivons dans un système complexe où faire des choix écoresponsables peut se révéler être un défi de taille. Cependant, il est possible de tendre vers des comportements plus écologiques. Lorsque la protection de l’environnement devient une priorité, une panoplie de choix s’offrent à nous dans toutes les sphères de nos vies : réduire sa consommation de biens, faire des déplacements actifs, préparer des lunchs, acheter en vrac, prendre des vacances à proximité… Les possibilités pour réduire son empreinte écologique sont innombrables.

Les jeunes ont besoin de constater que l’avenir de la planète importe aux adultes autour d’eux. Exprimez votre engagement vis-à-vis de la protection de l’environnement en gestes concrets.

3- Permettez aux jeunes d’exprimer leurs émotions et accueillez leur écoanxiété avec empathie.

Il peut s’avérer plus difficile qu’il n’y paraît d’écouter ce que les enfants et les adolescents ont à dire au sujet des problèmes environnementaux. Lorsque les enfants résistent à s’endormir et nous font part de leurs inquiétudes pour les ours polaires à la dérive, lorsque les adolescents font la grève et reprochent aux adultes de ne pas prendre les moyens radicaux nécessaires pour assurer leur avenir, ou encore, quand les jeunes adultes, de plus en plus nombreux, expriment avoir renoncé à l’idée de faire des enfants dans un monde en perdition… nos cœurs se brisent. Les chocs sont durs à absorber.

Pourtant, il est essentiel de trouver la force de tolérer nos sentiments de culpabilité et nos envies de prendre nos jambes à nos cous et de les écouter. Accueillons leurs craintes et leurs colères avec toute l’empathie qu’elles méritent. Partageons leur indignation avec eux, tout en demeurant solides. Allons chercher le support nécessaire pour y arriver, au besoin.

adolescents dehors en hiver

4- Donnez-leur, chaque jour, des occasions de bouger, de faire du sport et d’aller dehors et offrez-leur fréquemment accès aux bienfaits de la nature.

Nous ne le répéterons jamais assez, l’activité physique est essentielle à la santé tant physique que psychologique et au bien-être des jeunes, comme de tous. D’autre part, être en contact étroit avec la nature comporte des bénéfices inégalés sur le plan de la santé mentale. Assurez-vous d’encourager et de favoriser la découverte de ces bienfaits par les jeunes auprès de qui vous jouez un rôle clé.

Jardinez avec eux. Les retombées de cette activité pour la santé physique et mentale, comme pour la santé de la planète, sont incalculables.

famille qui jardine

5- Favorisez leur acquisition de saines habitudes de vie.

Les habitudes de vie jouent un rôle fondamental dans la santé psychologique. Certes, le contexte social rend parfois difficile de réduire l’exposition des enfants aux écrans, par exemple. Cela ne devrait pas pour autant nous inciter à baisser les bras. Au contraire ! La vigilance est de mise. Efforçons-nous, dès que c’est possible, d’offrir aux jeunes des alternatives aux écrans pour favoriser leurs apprentissages scolaires, comme dans leurs moments de repos ou de loisirs. Accordons de l’importance à leurs habitudes de sommeil. Enfin, une saine alimentation contribue également à favoriser leur bien-être. Ne lésinons pas sur une offre alimentaire attrayante où les fruits et légumes frais et colorés égayent quotidiennement les assiettes !

6- Accompagnez-les avec humilité et bienveillance dans leurs efforts pour comprendre le monde qui les entoure.

Phénomènes météorologiques, décisions politiques, conflits armés ou accords commerciaux internationaux : même les adultes peinent souvent à comprendre les dynamiques en cause lorsqu’ils sont bombardés d’informations via les médias. Les enfants et les adolescents sont aussi exposés à une multitude de messages et d’images qui peuvent les affecter sans pour autant qu’ils soient en mesure de bien les interpréter.

Le rôle des adultes est d’accompagner les jeunes dans leur découverte de leur environnement, dans le plus grand respect possible de leur développement et de leurs besoins de compréhension. Nous aimerions les préserver des nouvelles accablantes. Il est responsable de tenter de réduire leur exposition à des images choquantes, ou encore à des contenus alarmistes ou inadaptés à leur degré de maturité, tout en étant conscient qu’il peut être très difficile, voire impossible, de contrôler toutes les sources d’informations auxquelles les jeunes sont exposés. Lorsque des drames font la manchette ou lorsqu’un phénomène aussi majeur que la crise environnementale secoue l’humanité, il est illusoire de penser que les jeunes pourront être épargnés. Il est du devoir des adultes qui les entourent de trouver les mots appropriés pour aborder ces questions avec eux, en fonction de leurs degrés d’intérêt, de leurs sensibilités et de leurs capacités.

Aider les jeunes à faire des recherches, en les sensibilisant à la pertinence des différentes sources d’informations et à développer leur esprit critique est un moyen important pour les accompagner dans la gestion de leurs écoémotions. 

bricolage eoliennes

7- Exposez-les, sans modération, aux bonnes nouvelles environnementales.

Les initiatives favorables à la santé de la planète se multiplient comme des petits pains ! Informez-vous de ces initiatives (dont les exemples regorgent dans les pages de 100 degrés ou unpointcinq) et faites-les découvrir aux jeunes ! Visitez des jardins communautaires, des commerces zéro déchet, des friperies, des cuisines où les légumes moches sont revalorisés ou des centres de tri avec eux. Organisez des conférences ou des rencontres avec des porteurs de projets inspirants. Faites-leur part des gains dans les luttes environnementales. Ne ménagez pas vos efforts pour leur faire part des bonnes nouvelles !

manifestation pour le climat

8- Positionnez-vous en alliés dans la lutte environnementale et offrez-leur des opportunités concrètes pour développer leurs compétences en matière de participation citoyenne.

La protection de l’environnement ne devrait pas seulement être l’affaire des jeunes « qui sont l’avenir », comme on l’entend parfois. Cela dit, l’inverse n’est pas plus juste. Les jeunes ont le droit de participer activement aux solutions aux problèmes environnementaux auxquels nous sommes tous confrontés et dont, il faut l’admettre, ils subiront davantage les conséquences que les populations plus âgées. Partageons les responsabilités, avec équité, entre les générations, en tenant compte des leviers et des besoins développementaux de chacun.

Faites équipe avec les jeunes auprès desquels vous jouez un rôle significatif. Aidez-les à développer leurs capacités d’agir et leur sentiment d’efficacité personnelle. Consultez-les au sujet de leurs préoccupations et accompagnez-les dans la mise en œuvre d’initiatives signifiantes pour eux. Prenez vous-mêmes des responsabilités et accompagnez-les dans la prise en charge de responsabilités proportionnelles à leurs capacités. Offrez-leur des occasions de transformer leurs environnements et de constater les effets positifs de leurs actions. Permettez-leur aussi de prendre part aux actions collectives ou politiques qui pourront leur faire découvrir la force du nombre : pétitions, marches ou autres.

yoga a l ecole

9- Aidez-les à comprendre leur écoanxiété : d’où elle vient, comment la reconnaître et comment ils peuvent l’atténuer et initiez-les à la pleine conscience.

Tout en validant leurs émotions, vous pouvez aider les jeunes à prendre conscience de ce qu’ils pensent et ressentent, à identifier les effets de leurs pensées et émotions sur eux et à faire la part des choses. N’hésitez pas à vous informer sur l’écoanxiété (ou d’autres formes d’anxiété) et à vous outiller pour soutenir les jeunes face à elle.

Parmi les stratégies pouvant contribuer à réduire le stress et l’anxiété, les différentes méthodes favorisant la pleine conscience, comme la méditation, sont reconnues pour leurs effets bénéfiques importants.

adolescente en therapie

10- Accompagnez-les vers des ressources d’aide professionnelles lorsque l’anxiété ou toute autre forme de mal-être est envahissante.

Lorsque la souffrance est importante ou lorsque le fonctionnement d’un jeune est perturbé, que ce soit sur le plan de son sommeil, de son alimentation, de sa réussite scolaire, de ses loisirs ou de ses relations sociales, il importe de lui offrir une aide appropriée.

Notre merveilleuse planète, notre habitat auquel nous sommes intrinsèquement liés, est malade. Il est bien normal que cela affecte notre bien-être et celui des enfants et adolescents aux cœurs de nos vies. Accueillons nos écoémotions et celles de nos jeunes avec bienveillance et servons-nous de leurs messages pour lever nos manches et prendre les mesures nécessaires pour assurer un avenir sain à tous les êtres vivants de la Terre.

Prenons soin les uns les autres, en prenant soin de notre planète !

[1] Nugent, C. (2019). Terrified of Climate Change? You Might Have Eco-Anxiety. TIME, 21 novembre 2019,  https://time.com/5735388/climate-change-eco-anxiety/: « L’American Psychological Association a défini pour la première fois l’éco-anxiété en 2017 comme « une peur chronique de la catastrophe environnementale». »
[2] St-Jean, K. (2020). Apprivoiser l’écoanxiété et faire de ses écoémotions un moteur de changement. Les Éditions de l’Homme, Montréal, 300 pages.
[3] Selon la doctorante en psychologie, Christina Popescu (UQÀM, Gauvreau, C. (2019). Êtes-vous éco-anxieux? La doctorante en psychologie Christina Popescu cherche à comprendre le phénomène de l’éco-anxiété. Actualités UQÀM, 4 novembre 2019, 

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