Montréal

Soupers intergénérationnels et jardinage à Notre-Dame-de-Grâce: la force de l’alimentation pour créer des liens

Le 14 novembre 2018

Le Dépôt, un centre communautaire d’alimentation situé à Notre-Dame-de-Grâce (NDG), est très actif auprès des citoyens de tous âges pour les sensibiliser à une saine alimentation. Un des volets du projet Ça pousse! inclut des repas intergénérationnels qui ont lieu chaque automne. Reportage de notre journaliste, qui a participé à la préparation et à la dégustation du souper du 17 octobre.

Hisami, Shiho et Ximena sont dans la vingtaine et séjournent à Montréal pour apprendre l’anglais. Ce soir, elles vont manger avec Djahan, Rola, Claire, Johana et d’autres dames sexagénaires ou septuagénaires qui vivent dans une habitation à loyer modique (HLM), sur la rue Girouard à Notre-Dame-de-Grâce.

Crédit : Jimmy Chicaiza

Vivian Ly, coordonnatrice de nutrition et des cuisines communautaires au Dépôt, m’accueille dans la grande salle communautaire. Elle a apporté tous les ingrédients du repas : chou kale, courges butternut, macaroni, fromage cheddar, oignons verts, farine, huile, vinaigre, etc.

Les aliments : une arme de communication massive

Aujourd’hui, 7 étudiants de l’école de langues CLC Montréal sont présents avec leur enseignant, Benjamin Gregor. « En venant ici, ces jeunes ont l’occasion d’enrichir leur vocabulaire alimentaire dans un contexte concret, de découvrir de nouveaux aliments ou recettes et d’échanger avec les résidents », explique-t-il.

Crédit : Jimmy Chicaiza

Et des échanges, il y en aura, notamment autour des ingrédients, qui ont été congelés par erreur (tous, même les courges!) et des trois recettes à concocter. Au menu : une salade de chou kale avec canneberges et graines de citrouille, un macaroni au fromage à la courge butternut (mac and cheese) et des biscuits au gingembre.

On cuisine

Une des tables de la salle communautaire sert de comptoir pour couper, assembler et mélanger les ingrédients. Le reste se fait dans la cuisine adjacente. Deux résidentes sont sur place dès 16 h pour participer à la préparation du repas avec les 7 jeunes cuistots.

Catherine Martel, l’animatrice horticole du Dépôt, et Vivian Ly sortent tout le nécessaire des armoires, coordonnent le va-et-vient entre les deux pièces et répondent aux questions des étudiants, très appliqués dans leur apprentissage de l’anglais et l’exécution de leurs tâches.

Je participe au tranchage et à l’épluchage des courges (encore à moitié congelées) et je supervise la confection de la salade de kale. J’apporte des cuillères à mesurer à Melis, une étudiante turque qui prépare la vinaigrette et trouve l’huile d’olive un peu pâle… Edgar et sa sœur Ximena, deux jeunes Mexicains, sont dans l’équipe qui confectionne les biscuits.

On mange

Edgar met la table pendant que les autres convives arrivent : nous sommes 20 en tout ce soir. Jdjahan et Aghdan, deux dames d’origine iranienne qui habitent à cet endroit depuis 20 ans, me confient que manger des plats différents de leur cuisine traditionnelle fait partie du plaisir.

Pour sa part, Rola vient pour manger un bon repas et voir du monde, tandis que Claire est contente de ne pas avoir à cuisiner ce soir. Beatrice apprécie la compagnie des étudiants étrangers venus de loin pour apprendre une autre langue.

Crédit : Jimmy Chicaiza

Shiho, une des étudiantes japonaises, confie être venue à ce souper communautaire parce qu’elle a l’habitude de faire du bénévolat dans son pays. Pour Edgar et Ximena, la nouveauté, c’est d’utiliser de la boisson de soya dans une recette.

Originaire de la Jamaïque, Johana apprécie le repas. Elle arrive et repart tout doucement à l’aide de sa marchette. Bob, le seul homme ce soir, finit son assiette avec appétit, mais n’est pas très « jasant ».

Les résidents et les étudiants se sont éclipsés après le repas. Je suis restée pour donner un coup de main pour ranger et nettoyer la cuisine.

Un meilleur climat

« Nous sommes présents dans ce HLM depuis 3 ans, grâce au financement fédéral Nouveaux horizons pour les aînés » indique Lauren Pochereva, responsable de Ça pousse!, le programme qui chapeaute ces repas intergénérationnels et les ateliers de jardinage hebdomadaires qui ont lieu à l’arrière du bâtiment.

« Ces activités ont contribué graduellement à instaurer un meilleur climat, poursuit Lauren Pochevera. Par exemple, des intervenants du quartier nous disent qu’il n’y a pas de crise ici, et l’Office Municipal d’habitation de Montréal a constaté une baisse du nombre de plaintes. »

Crédit : Jimmy Chicaiza

Le Dépôt a commencé à offrir des activités similaires aux Habitations Saint-Raymond cette année, et amorce un projet de jardinage intérieur aux Habitations de Terrebonne. « Actuellement, un intervenant travaille avec nous, ce qui nous aide beaucoup pour démarrer les activités, car encourager les gens à y participer n’est pas chose facile. Établir des liens de confiance avec les résidents et désamorcer des relations parfois conflictuelles est un défi », reconnaît Lauren Pochevera.

Crédit : Jimmy Chicaiza

Le Dépôt : un allié de longue date des personnes à faible revenu dans NDG

Le Dépôt n’est d’ailleurs pas à un défi près, loin de là, car, depuis 32 ans, il est présent à Notre-Dame-de-Grâce en soutien alimentaire auprès des citoyens défavorisés.

Les activités se sont considérablement enrichies au cours des années. « En plus du dépannage alimentaire, Le Dépôt offre des ateliers de jardinage éducatif du CPE au secondaire, du jardinage collectif et récréatif pour les adultes, des ateliers gratuits de cuisine culturelle, des piqueniques d’été, ainsi que le programme Boîte à lunch dans 14 écoles du quartier » précise Lauren Pochevara.

Du CPE aux repas intergénérationnels, on peut dire que Le Dépôt ratisse large !



Des boîtes à lunch pour les jeunes

Le programme Boîte à lunch, amorcé en 2003, est présent dans 14 écoles. « Nous offrons une série d’ateliers parascolaires sur 10 semaines aux élèves de 4e ou 5e année, explique Lauren Pochevera, responsable du programme Ça pousse! au Dépôt. Les enfants découvrent de nouveaux aliments, cuisinent au moins trois recettes comme des dumplings, des sushis, des soupes, des muffins, etc. »

Des ateliers efficaces

Lauren Pochevera souligne que dans le cadre d’une collaboration entre Le Dépôt et le Département de nutrition humaine de l’Université McGill, une étudiante à la maitrise a scruté les outils et les données d’évaluation des ateliers Boîte à lunch. « Son analyse démontre que ces ateliers entraînent une amélioration significative des compétences culinaires des participants, ainsi que des changements dans leurs attitudes et comportements en matière de saine alimentation », précise-t-elle.

De plus, grâce à un transfert de compétence, les ateliers Boîte à lunch sont offerts depuis 2016 dans le Centre-Sud, sous la houlette du Carrefour alimentaire, et viennent de commencer dans le quartier Saint-Michel. « Cet impact collectif, c’est exactement ce que nous recherchons », souligne Lauren Pochevera.