Santé et services sociaux

À table avec Hélène Laurendeau: des conférences publiques partout au Québec

À table avec Hélène Laurendeau: des conférences publiques partout au Québec

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Le Regroupement des cuisines collectives du Québec a invité la nutritionniste Hélène Laurendeau à sillonner le Québec pour répondre à la question : « Bien se nourrir, est-ce vraiment à la portée de tous?» Entrevue téléphonique avec une passionnée de l’alimentation.

Françoise Ruby

Françoise Ruby

JOURNALISTE | 100º


À l’Assemblée nationale, le 20 mars 2017

100 degrés: Bien se nourrir, ça coûte combien?

Hélène Laurendeau. Selon le calcul du Dispensaire diététique de Montréal, en 2017, le coût du panier à provisions nutritif est de 230 $ par semaine pour une famille de deux adultes, un garçon de 14-18 ans et une fille de 9-13 ans. Mais attention, il s’agit d’un calcul très serré qui inclut des coupes de viandes économiques, des légumineuses, des produits de base et aucun aliment préparé. Pour ne pas dépasser ce montant, il faut donc que les membres de la famille aient des compétences culinaires solides et le temps de cuisiner.

C’est donc tout un défi de bien manger sans trop dépenser?

Tout à fait. D’autant plus que les données du MAPAQ indiquent que de 2007 à 2016, le prix des aliments a bondi de 26 %, alors que l’inflation a été de 14 %. Pour les familles à faible ou moyen revenu, bien manger est un défi quotidien. Pour les gens plus fortunés, on pourrait penser que tout va bien, mais c’est sans compter la perte de compétences alimentaires qui touche près de deux générations au Québec.

D’où vient cette perte de compétences?

L’absence de cours de cuisine obligatoires à l’école est un facteur important. Quand seront-ils de retour? La sensibilisation aux aliments simples et sains devrait même commencer dès la garderie! L’autre point qui me désole, c’est la norme du prêt-à-manger dans les publicités. L’industrie alimentaire nous fait croire que cuisiner c’est long et désagréable et nous propose des aliments ultra-transformés dont nous devenons dépendants. Ça me fâche! Et comment se fait-il qu’on nous offre systématiquement un trio dans les restaurants-minute? Le problème, ce n’est pas le hamburger, mais bien les frites et la boisson qui viennent avec.

Les environnements alimentaires actuels sont obésogènes. Même les magasins de fournitures de bureau vendent maintenant des friandises mises en valeur dans de grands présentoirs! Quel message envoie-t-on au juste? Que le bureau c’est un endroit pour manger des bonbons?


Photo : Hélène Laurendeau

 

Justement, que peut-on faire pour améliorer les environnements alimentaires?

Les différents paliers de gouvernement ont un rôle important à jouer. Le 20 mars, j’ai accompagné le Regroupement des cuisines collectives (RCCQ) à l’Assemblée nationale, où j’ai fait une présentation devant quelques députés.

Au niveau provincial, je souhaite que l’intention de mettre la santé dans toutes les politiques, c’est-à-dire au cœur des mandats de tous les ministères, porte fruit. Et aussi que le droit fondamental à une saine alimentation soit au centre de la politique alimentaire actuellement en préparation. Le RCCQ souhaite que cette politique règlemente le prix de certains aliments de base nécessaires à une bonne alimentation et à une bonne santé. Ce serait une bonne façon de réduire les inégalités sociales qui entraînent « une alimentation à deux vitesses ».

Les municipalités peuvent aussi agir de plusieurs façons, par exemple en bonifiant l’offre alimentaire dans leurs installations récréatives et sportives, lors des événements qu’elles organisent. Certaines l’ont déjà fait parce qu’elles considèrent que la santé de leurs citoyens fait partie de leurs responsabilités. Et quelques-unes ont modifié leur règlement de zonage pour limiter l’installation de restaurants-minute près des écoles. D’autres ont adopté une politique alimentaire plus globale qui inclut une offre d’aliments sains dans les camps de jour ou la création de jardins communautaires. Ce sont des pas dans la bonne direction qui devraient inspirer toutes les municipalités du Québec.

Les cuisines collectives font-elles partie de la solution?

Oui. Et la formule va plus loin encore. Non seulement les cuisines collectives contribuent à l’accès à une alimentation saine et abordable pour tous permettant aux participants de développer leur autonomie et leurs compétences culinaires. Mais au-delà de ça, c’est un lieu rassembleur qui permet de briser l’isolement et de prendre conscience que le temps qu’on passe à cuisiner ensemble est précieux et que c’est un plaisir contagieux, pas une corvée, comme les publicités veulent nous le faire croire. Et il faut bien comprendre que les cuisines collectives sont là pour tout le monde, pas juste pour les personnes pauvres ou à faible revenu. Les gens plus aisés manquent eux aussi de compétences culinaires.

Au cours de mes conférences, les gens sur le terrain ont évoqué plusieurs incohérences. Par exemple, le cas d’une cuisine collective qui ne peut agrandir ses locaux, parce qu’elle doit faire installer une ventilation plus puissante au coût de 25 000 $ pour respecter les normes du MAPAQ. Même problème de normes pour une autre cuisine collective qui ne peut récupérer les carcasses de volailles d’un boucher local.

Il y a de bonnes idées sur le terrain, il faudrait voir à les financer ou, au moins, à ne pas les freiner. On m’a aussi parlé de l’utilisation des cours d’école en été pour accueillir de petits marchés fermiers : il faut encourager les initiatives citoyennes qui sortent du cadre habituel : la cour est là, inutilisée durant l’été, pourquoi ne pas en profiter?

Et il n’y a pas que les cuisines collectives « officielles », il y a aussi des mères qui se réunissent pour préparer des purées pour leurs bébés, des gens qui se rencontrent une fois par mois pour cuisiner des plats faciles à congeler, des parents qui cuisinent avec leurs enfants et leurs adolescents. Toutes ces initiatives nourrissent, au sens propre et figuré, le tissu familial et social.

Donc, vous êtes optimiste?

Oui, je crois que les jeunes vont nous pousser dans le dos. Ils sont allumés, ils sont curieux et certains chefs ont un statut de « rock star » auprès d’eux. Plusieurs initiatives les ciblent directement, comme La Tablée des chefs ou Bob le chef. Nos petits mangeurs, Les ateliers cinq épices et les ateliers offerts par Croquarium font partie des interventions qui leur donnent l’occasion de faire des découvertes alimentaires dans le plaisir. Parce que, je le dis et je le répète, cuisiner des plats sains fait partie des plaisirs de la vie et devrait être à la portée de tous, tant sur le plan financier que sur le plan des compétences.

Pour connaître les dates des prochaines conférences publiques d’Hélène Laurendeau : À table avec Hélène Laurendeau