Petite enfance / Milieu de garde

Alcool et conduite automobile: une norme sociale à changer

Alcool et conduite automobile: une norme sociale à changer

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Avec les températures qui se réchauffent, les paysages redevenus verdoyants et les somptueux chants des oiseaux, une odeur de fin d’année scolaire et de début des vacances se fait de plus en plus sentir. Plusieurs s’apprêtent ainsi à célébrer leurs efforts et leur réussite ou à adopter un mode de vie estival, où l’alcool est davantage présent. Mais c’est peut-être aussi l’occasion de réfléchir sur cette norme sociale.

Anne-Marie Morel

Anne-Marie Morel

Conseillère principale, Association pour la santé publique du Québec

Si boire de l’alcool est généralement une activité plaisante, elle peut l’être beaucoup moins si on décide de conduire sous son effet et que l’on cause ensuite des traumatismes, des dommages ou le décès d’une personne. Malheureusement, cela arrive presque tous les jours au Québec avec plus de 300 personnes décédées ou grièvement blessées chaque année sur nos routes en raison de l’alcool. Voilà pourquoi nous devons parvenir à dissocier l’alcool et la conduite. Et, nos jeunes, qui n’ont pas eu le choix de l’apprendre afin de respecter la loi, peuvent sans doute nous servir d’inspiration.

Alcool

L’exemple des jeunes

Depuis le 15 avril 2012, les jeunes conductrices et conducteurs de 21 ans et moins doivent s’abstenir de consommer tout alcool avant de se trouver aux commandes d’un véhicule. Cette politique a permis de créer une génération qui dissocie de plus en plus l’alcool et la conduite, une habitude qui, espérons-le, perdurera dans leur vie adulte et saura inspirer leurs proches.


Cet éveil générationnel découle en partie du fait que les restrictions strictes par rapport à l’alcool, qui s’appliquent désormais jusqu’à 22 ans, ont contribué à informer davantage les jeunes sur les effets de l’alcool lorsqu’on se retrouve derrière le volant (allongement du temps de réaction, augmentation de la témérité, réduction de l’attention, diminution de la capacité à maintenir une vitesse stable et une trajectoire linéaire, altération du jugement, trouble de la vision, somnolence, etc.). D’autre part, ces jeunes connaissent bien les options qui leur sont offertes pour se déplacer en cas de consommation. En outre, ils ont aussi été davantage exposés à des modèles inspirants en la matière parmi leurs pairs. Et même si la pression sociale à boire dans les fêtes demeure forte, les « conductrices et conducteurs désignés » qui carburent à l’eau et aux mocktails semblent généralement épargnés, voire valorisés et même carrément invités!  


De plus, lors de l’organisation des bals et fêtes de fin d’année, la plupart s’attardent désormais à la qualité de l’offre sans alcool et mettent au programme la planification des déplacements et raccompagnements. La généralisation de ces bonnes pratiques dans l’ensemble de la société est souhaitable. De nos jours, il existe même des services clé en main pour prendre en charge l’offre sans alcool, le dépistage par alcotest et le raccompagnement, et ce, à l’année.  

Alcotest

La faute des récidivistes… un mythe qui a la vie dure!

Seulement l’été dernier, du 24 juin au 6 septembre 2021, la Sûreté du Québec a procédé à l’arrestation de 1279 personnes pour conduite avec capacité affaiblie par l’alcool, les drogues ou la combinaison des deux. En 2021, environ 5000 personnes ont été arrêtées avec un taux d’alcool dépassant le 0,08. À cela, il faut ajouter les gens qui, dans la même situation, ne se font pas prendre… Force est de constater que, s’il y a effectivement dans ce lot des personnes en situation de dépendance et des récidivistes que nous devons aider individuellement, il y a aussi beaucoup de gens « ordinaires ». Des mesures sociétales pour contrer cette problématique sont donc de mises.

Alcool

Réduire la limite d’alcoolémie pour sauver des vies

Le 0,08 n’est plus une limite cohérente avec la science. Le risque d’être impliqué dans un accident mortel est déjà multiplié de 4 à 6 fois avec un taux d’alcool dans le sang de 0,05. Ainsi, à l’exception du Québec, toutes les provinces canadiennes sanctionnent les conducteurs dont le taux d’alcool dans le sang dépasse 0,05. Nous sommes en retard et il nous faut donc changer notre perception collective de notre capacité à conduire avec un verre dans le nez.


En effet, tout comme l’interdiction de consommer de l’alcool avant de prendre le volant semble avoir induit chez nos jeunes des changements concrets, la réduction du taux d’alcool permis dans le sang à 0,04 (Saskatchewan) ou 0,05 (autres provinces) dans la population générale a produit des résultats positifs sur le bilan routier. Cela a été notamment démontré par l’expérience de la Colombie-Britannique qui impose des sanctions administratives pour une alcoolémie au volant dès 0,05, depuis de nombreuses années, et où on a observé une diminution du nombre d’accidents mortels, de blessures et de dommages matériels.


L’Association pour la santé publique du Québec (ASPQ) est en faveur d’un changement de la loi à cet égard au Québec, tout comme le sont aussi plusieurs autres organisations comme CAA-Québec, l’Association des spécialistes en médecine préventive du Québec, l’Institut national de santé publique du Québec et MADD Canada, entre autres. Réduire la limite enverrait un message clair et fort aux Québécois·es pour leur rappeler que les collisions causées en raison de facultés affaiblies par l’alcool ne sont pas le fruit du hasard ou d’un accident, mais les conséquences d’un geste évitable : celui de prendre le volant après avoir bu.


Cette mesure fait partie de l’éventail des propositions figurant dans le recueil Politiques prometteuses pour réduire les méfaits de l’alcool, publié tout récemment par l’ASPQ et construit à partir d’initiatives adoptées avec succès dans d’autres juridictions.

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