Santé et société

Image corporelle des tout-petits: le Centre éducatif sous les arbres en mode solution

Image corporelle des tout-petits:  le Centre éducatif sous les arbres en mode solution

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Les services de garde éducatifs à l’enfance jouent un rôle essentiel dans la construction d’une image corporelle positive chez les tout-petits. Copropriétaire et directrice générale du Centre éducatif sous les arbres, à Lévis, Lyne Brière a choisi d’intégrer cet aspect dans le quotidien de son personnel avec doigté et enthousiasme. Entrevue avec une femme convaincue et convaincante.

Lyne Brière est éducatrice spécialisée de formation. Elle a travaillé durant 20 ans comme intervenante en santé mentale auprès d’une clientèle adulte vulnérable. Après une formation en gestion des services sociaux, puis en ressources humaines, elle a occupé des postes de gestionnaire dans plusieurs services de garde éducatifs à l’enfance (SGEE). Depuis octobre 2020, Lyne Brière est copropriétaire et directrice générale du Centre éducatif sous les arbres, une garderie privée subventionnée située à Lévis et qui accueille 80 enfants. Fin 2023, elle ouvrira à Saint-Jérôme le Centre éducatif de la Parent-Thèse.

Centre éducatif sous les arbres

Qu’est-ce qui vous a amenée à vous intéresser à l’image corporelle des tout-petits ?


Comme gestionnaire dans différents SGEE, j’ai toujours accordé de l’importance à l’activité physique et à l’alimentation dans le développement global des tout-petits. De plus, j’ai contribué à la préparation de la trousse Pour une image corporelle positive, agissons de la même façon avec les filles et les garçons. Il s’agit d’un outil clé en main très complet, conçu par ÉquiLibre, pour soutenir les gestionnaires et les éducatrices des SGEE.


La démarche est axée sur trois thèmes : favoriser une estime de soi diversifiée, encourager le jeu actif pour tous et offrir des modèles variés. Il s’agit de valoriser les enfants sur leurs habiletés et leur personnalité, plutôt que de se limiter à leur apparence, particulièrement dans le cas des filles. La curiosité, le courage, l’humour, la créativité ou les habiletés physiques n’ont pas de sexe !

Centre éducatif sous les arbres

Vous étiez donc bien préparée !


Oui, tout à fait ! D’autant plus que les éducatrices et la cuisinière ont toutes suivi une formation donnée par Annie Aimé, Ph. D. en psychologie clinique, avant l’ouverture du Centre éducatif sous les arbres. Elles ont donc commencé à travailler ensemble avec les mêmes informations et orientations à ce sujet. Toutefois, quelle que soit l’équipe, il est essentiel que le ou la gestionnaire soit à l’aise avec le sujet et accompagne les éducatrices de façon bienveillante.


Comment l’équipe a-t-elle réagi au début de la démarche ?


La trousse et la formation sont conçues pour favoriser une prise de conscience dans le but de mieux accompagner les tout-petits, mais chaque personne a une expérience très personnelle de son image corporelle et de son estime d’elle-même. Creuser cet aspect, reconnaître ses biais inconscients et changer ses pratiques n’est pas facile.


Il est donc essentiel d’être réaliste et empathique envers soi-même et envers nos collègues dans ce processus. Voilà pourquoi, en avril 2022, lorsque j’ai organisé un spectacle d’humour pour donner un peu d’oxygène à toutes les éducatrices de la région de Lévis après deux ans de pandémie, j’ai invité deux humoristes, dont Mélanie Couture, qui aborde souvent l’image corporelle dans ses sketches.

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Dans un autre ordre d’idées, nous avons fait deux activités de consolidation d’équipe dans un chalet en hiver. L’une était une activité extérieure intitulée « La guerre des tuques », et l’autre, une activité de stratégie qui consistait à monter une auto à partir de pièces détachées. Lors des conversations au coin du feu à la fin de la journée, nous avons pris plaisir à reconnaître nos différentes personnalités et habiletés dans deux contextes distincts. C’est une façon concrète de comprendre combien il est important que les enfants se sentent reconnus dans plusieurs de leurs forces.

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Comment cela se passe-t-il dans le quotidien ?


Ça se fait par petites touches dans la journée. Aider un enfant à se développer passe par des activités encadrées bien sûr, mais il y a aussi tous les moments informels où l’on peut saisir une opportunité de modifier certaines habitudes et attitudes.


Par exemple, au moment de l’accueil du matin, plutôt que de dire à une fillette qu’elle est belle ou qu’elle porte une jolie robe, l’éducatrice peut poser des questions. « Est-ce toi qui as choisi tes vêtements aujourd’hui ? Qu’est-ce qui te plaît dans cette veste ? ». Si le vêtement montre un personnage, on va chercher à savoir ce que l’enfant aime de ce personnage. C’est une façon d’en savoir plus sur sa personnalité et ses goûts.

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Comment ces principes sont-ils intégrés durant les périodes d’activité physique ?

Là encore, c’est une question d’attitude et de vocabulaire. Par exemple plutôt que de mettre l’accent sur les éléments habituels d’apparence comme la grosseur des muscles, l’éducatrice va décrire l’essoufflement de l’enfant, lui faire prendre conscience de son cœur qui bat fort dans sa poitrine. Elle va dire « Tes joues sont rouges », « Tu as chaud. », « Touche tes cheveux, ils sont mouillés ».


Durant les périodes encadrées, les éducatrices disent à haute voix ce qui se passe pour que les enfants prennent conscience de leur corps et de ses capacités : « Ton genou plie. Est-ce que tu sens que les muscles de tes jambes travaillent ? ». Pour l’équipe, c’est devenu un réflexe naturel de rester le plus factuel possible dans les échanges avec les enfants et de donner autant d’occasions de bouger aux filles qu’aux garçons.

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Comment assurez-vous le suivi de l’intégration et de l’application des principes de l’image corporelle positive ?


Rester à l’écoute est très important et donne des résultats vraiment intéressants. Ainsi, même si elles avaient bien intégré l’importance de mettre en valeur les habiletés et la personnalité des enfants, les éducatrices m’ont dit, au cours d’une réunion d’équipe, qu’elles manquaient de vocabulaire pour diversifier leurs interventions. Nous avons donc établi une liste de mots et les avons affichés dans les locaux. J’utilise maintenant des affiches, que je change régulièrement.


J’incite également les éducatrices à échanger de façon informelle, à s’encourager entre elles et à partager leurs observations. C’est la cuisinière qui est l’ambassadrice de la démarche et qui assure un suivi auprès de ses collègues.


Ceci dit, il ne faut pas tomber dans le purisme. L’idée n’est pas de cesser de dire « Mon beau » ou « Ma belle » à un enfant, parce que c’est aussi une marque d’affection bien ancrée dans notre vocabulaire, mais plutôt de varier les marques de bienveillance.

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Qu’en est-il des jeux, des jouets et des livres ?


C’est un point important, car nombre d’entre eux peuvent être particulièrement stéréotypés, notamment dans leurs caractéristiques physiques irréalistes : taille fine, muscles proéminents. Les enfants doivent pouvoir se reconnaître, tant du point de vue de leur silhouette, de la couleur de leur peau ou du style de leurs cheveux.


Nous avons donc regardé le matériel sous cet angle. Il faut aussi penser aux livres et privilégier la diversité corporelle et les scénarios qui mettent en valeur des qualités et des habiletés non exclusives à un sexe ou un autre.


Les Barbies et les superhéros ne sont pas à l’index, mais ils ne sont pas accessibles pour les enfants. Ils sont sortis très occasionnellement. Ce type de jouets existe à l’extérieur du Centre éducatif et en faire abstraction n’est pas une solution. Lorsque nous les sortons, si l’occasion se présente, et surtout dans le plaisir, de susciter une réflexion au sujet de ces jouets, dont les caractéristiques physiques n’existent pas dans la vraie vie.

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Vous avez aussi abordé le thème de l’alimentation avec votre équipe…


Oui. En octobre 2022, la nutritionniste Guylaine Guèvremont est venue faire une présentation sur l’alimentation intuitive. En bref, cette approche consiste à reconnaître les signaux de la faim et de la satiété et à les respecter, chez soi et chez l’enfant. Ce qui signifie qu’il ne faut pas le forcer à finir son assiette ou le priver d’une portion supplémentaire s’il en demande une. Ces points sont d’ailleurs abordés dans le cadre de référence Gazelle et Potiron. Il y a des liens étroits entre le fait d’avoir une relation saine avec la nourriture et la construction d’une image corporelle positive.

Cette présentation, très appréciée par l’équipe, a suscité des discussions animées, puisque là encore, il s’agit d’une réflexion sur nos croyances et nos habitudes. J’ai même demandé à la nutritionniste de présenter sa conférence aux parents et plusieurs éducatrices sont venues pour y assister une deuxième fois.

Vous êtes vraiment engagée !


Accompagner les enfants pour qu’ils arrivent confiants à leur première journée d’école, c’est passionnant  ! De plus, la démarche proposée par ÉquiLibre au sujet de l’image corporelle fait d’une pierre trois coups : elle fait sortir l’équipe de sa zone de confort et elle renforce l’estime de soi des enfants, mais aussi celle des adultes.

Pour commander la trousse auprès d’ÉquiLibre : Pour une image corporelle positive, agissons de la même façon avec les filles et les garçons.


Quelques capsules vidéo : 

Présentation vidéo destinée aux gestionnaires (30 minutes)


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Image corporelle chez les tout-petits: une trousse pour outiller les services de garde éducatifs

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