Petite enfance / Milieu de garde

L'éducation en plein air gagne le soutien des villes et municipalités

 L'éducation en plein air gagne le soutien des villes et municipalités

Ressource

Le milieu comme salle de classe : une vision de plus en plus répandue en éducation en plein air. Mais pour lui donner vie, encore faut-il que la communauté y adhère et la soutienne! Au Québec et ailleurs dans le monde, un mouvement semble prendre de l’ampleur: des villes et des municipalités s’engagent pour soutenir et développer l’éducation en plein air.

Julie Moffet

Julie Moffet

RESPONSABLE DES COMMUNICATIONS ET COORDONNATRICE DE PROJETS | FONDATION MONIQUE-FITZ-BACK

Il ne date pas d’hier que de nombreuses villes et régions du Québec tentent de se positionner comme destinations plein air. D’ailleurs, l’étude Visages régionaux (2019) révélait que la proximité de nature et la possibilité de pratiquer des activités de plein air sont une source de motivation pour 74 % des répondants de 18-40 ans désirant s’installer en région. La pandémie de COVID-19 aura créé un effet d’engouement pour les activités de plein air et la fréquentation d’espaces naturels (Observatoire québécois du loisir). On a pu observer, par exemple, une fréquentation historique des parcs gérés par la SÉPAQ (Boivin, 2020).

Le milieu de l’éducation a aussi ressenti ce vent de changement. En effet, de plus en plus d’enseignants, d’enseignantes, d’éducatrices et d’éducateurs souhaitent intégrer l’éducation en plein air dans leur pratique, en particulier depuis la pandémie. Cet essor peut s’observer dans les milieux de garde de la petite enfance  jusqu’aux études supérieures.

École de l'Aquarelle, Rimouski (classe maternelle)

La communauté comme salle de classe

Le constat est le suivant : plus l’éducation en plein air gagne en popularité et se normalise, plus il sera fréquent de voir davantage de jeunes dans les rues, parcs et espaces publics les jours de semaine. L’apprentissage ancré dans la communauté amène également les jeunes à investir les musées, bibliothèques, commerces ou encore centres communautaires pour y vivre des situations d’apprentissages authentiques et porteuses de sens. Il est donc normal de voir de plus en plus de villes et municipalités s’intéresser au mouvement, et même, y participer.
 
En effet, la présence régulière des jeunes dans la communauté peut entraîner certains défis (partage des infrastructures et espaces publics, pressions exercées sur les milieux naturels fréquentés, etc.). Cependant, les impacts positifs pour les municipalités sont encore plus nombreux que les inconvénients:

  • Renforcer le sentiment d’appartenance et le tissu social, cultiver la fierté
  • Favoriser la découverte du milieu et l’intégration dans la communauté
  • Soutenir l’éducation à l’écocitoyenneté, au vivre ensemble et l’adoption de saines habitudes de vie
  • Offrir aux jeunes des occasions de s’impliquer et de contribuer positivement à leur milieu
  • Dynamiser la communauté, la rendre plus attrayante
  • Permettre aux jeunes de se projeter dans le futur en envisageant diverses opportunités (études, travail, loisirs, etc.)
  • Contribuer à la réussite éducative, au bien-être et à la santé des jeunes
enseignement extérieur
Bacs à Marée de l'école Saint-Joseph (Baie-Trinité)

Des exemples aux quatre coins du Québec

Pour certaines municipalités comme celle de Beaulac-Garthby, l’éducation en plein air fait partie d’une stratégie visant à revitaliser la communauté et attirer de nouvelles familles à s’établir. C’est d’ailleurs d’une collaboration école-communauté qu’est né le programme plein air de l’école Saint-Nom-de-Jésus.

Des villes, comme Laval, développent des programmes pour soutenir la création d’environnements favorables au jeu à l’extérieur (approche Attention ! Enfants en mouvement) et l’implantation de l’éducation par la nature dans les milieux éducatifs (projet Grandir en nature à Laval ).

L’implication pour l’éducation en plein air s’observe également au niveau des MRC. Prenons par exemple l’inspirant projet Enseigner le Kamouraska, qui amène les élèves de 5e et 6e année à vivre des expériences éducatives sur le territoire afin « d’accroître les connaissances et la fierté des jeunes de la région à l’égard de leur territoire d’appartenance ». « J’enseigne la Matapédia » et « Découvre ta Matanie » sont d’autres exemples d’initiatives reposant sur un fonctionnement et des visées semblables.

pédagogie plein air
École Saint-Nom-de-Jésus, Beaulac-Garthby

Cours d’école et parcs municipaux: des lieux d’apprentissages très sollicités

Selon le rapport de recherche « Pratiques enseignantes en plein air en contexte scolaire au Québec : au-delà de la pandémie de COVID-19 », les parcs municipaux figurent au deuxième rang des lieux jugé les plus accessibles, après les cours d’école, pour faire la classe dehors. Ainsi, les initiatives visant à rendre les cours d’écoles et les parcs de proximité plus accessibles, sécuritaires, chaleureux et confortables se retrouvent souvent dans les priorités des villes et municipalités.

De nombreuses écoles ont pu profiter au courant des dernières années du soutien de leur municipalité pour verdir leur cours et y aménager des espaces conviviaux. C’est notamment le cas de l’école de la Chanterelle à Saint-Basile-le-Grand (aménagement d’une zone de classe extérieure) et de l’école internationale Courtland Park à Saint-Bruno-de-Montarville (aménagement d’un jardin collectif et d’une classe extérieure). Verdir les milieux éducatifs est une stratégie payante en éducation en plein air. En effet, multiplier la biodiversité sur les terrains éducatifs crée des environnements plus propices aux apprentissages, multiplie les opportunités pédagogiques et favorise, pour tous les jeunes, un contact fréquent avec la nature.

La municipalité de Saint-Lambert-de-Lauzon a collaboré avec l’école du Bac pour rendre plus accessible leur parc du Faubourg et son nouveau centre de services. Les classes, qui fréquentent toutes plusieurs fois par année le parc, ont accès à un espace de rangement à l’intérieur du centre, de même qu’aux salles de bain et à une estrade extérieure. Des échanges sont en cours pour y aménager, à l’extérieur, un lieu de rassemblement avec tableau permanent.

L’école du Trivent II quant à elle s’est vu offrir l’aide de sa municipalité, Sainte-Brigitte-de-Laval, pour améliorer l’accès à la forêt adjacente. La municipalité a financé l’aménagement d’un sentier que les élèves utilisent pour se rendre à leur lieu de rassemblement, proche de la rivière Montmorency. Bientôt, elle paiera aussi pour l’installation d’un tableau extérieur permanent et d’un coffre de rangement.Et ce ne sont que quelques-uns des nombreux exemples qui se déploient un peu partout au Québec !

École du Bac, St-Lambert-de-Lauzon

La concertation école-communauté : une plus-value pour l’éducation en plein air

Parce que les opportunités et les défis peuvent varier d’une région et d’une école à l’autre, la meilleure façon pour une municipalité de savoir comment soutenir l’éducation en plein air sur son territoire est d’en discuter avec les milieux éducatifs concernés. La première étape est donc de brosser un portrait de la situation.
 
Par exemple :

  • Quels milieux éducatifs pratiquent actuellement l’éducation en plein air ?
  • Quels sont les bénéfices recherchés ?
  • Quels lieux utilisent-ils ou aimeraient-ils utiliser ?
  • Quels sont les trajets régulièrement empruntés ?
  • Quelles sont les infrastructures utilisées ?
  • Quels sont les besoins et priorités des milieux?
  • Quels projets aimeraient-ils réaliser ?

 La concertation permet aux municipalités d’identifier les enjeux particuliers à leur milieu. Elle permet aussi d’informer les milieux éducatifs des différentes ressources existantes ainsi que des leviers locaux et régionaux. Enfin, la concertation permet aux acteurs municipaux et éducatifs de voir où leurs objectifs se croisent. Ces points en commun (ex. : favoriser le sentiment d’appartenance à la communauté, la persévérance et le bien-être des jeunes) pourront devenir des indicateurs qui guideront les choix et priorités du groupe.

classe extérieure
Projet Jeune Coopérative Éducative de l'école secondaire Camille-Lavoie

Les jeunes comme ressource pour leur milieu

Dans son livre Place-Based Education—Connecting Classrooms and Communities, une référence dans le domaine de l’éducation ancrée dans la communauté, l’auteur David Sobel visualise cette concertation comme l’effort de chercher à « construire un tabouret à trois pieds reposant sur la réussite scolaire, le capital social et la qualité environnementale, » Ainsi, avec une vision partagée de « la communauté comme salle de classe », on cherche à offrir aux jeunes l’opportunité de se développer et d’apprendre dans leur communauté, tout en contribuant positivement à celle-ci.
 
Ainsi, dans cette vision, les jeunes ne sont pas seulement perçus comme de simples utilisateurs d’espaces publics, mais bien comme des citoyens à part entière pouvant observer leur milieu, s’interroger et agir sur celui-ci tout en mettant en application leur créativité, leurs compétences en résolution de problème et leur connaissance du territoire.
 
Une municipalité confrontée à des problèmes avec la renouée du Japon pourrait par exemple faire appel aux élèves de sa communauté. En sciences, les élèves discuteraient des espèces exotiques envahissantes (versus les espèces indigènes) et de leur impact sur la biodiversité. En arts, ils créeraient des affiches représentant différentes espèces envahissantes menaçant les milieux naturels locaux pour informer et sensibiliser la population. Les plus grands travailleraient avec une application pour géolocaliser les talles trouvées lors de leurs promenades. Et pourquoi ne pas organiser une corvée collective d’arrachage de la renouée, en collaboration avec une organisation environnementale ? Socialisation et collaboration seraient ainsi au rendez-vous ! Enfin, les élèves proposeraient peut-être d’écrire un article pour leur journal local, afin de partager leur expérience… et leur fierté.

enseignement extérieur
École du Trivent, Ste-Brigitte-de-Laval

Communauté de pratique pour les villes et municipalités

Le slogan de la Fondation Monique-Fitz-Back, « Jeunesse impliquée, avenir inspiré ! » résume bien le potentiel d’impliquer ses jeunes dans sa communauté. L’organisation démarrera d’ailleurs, à l’automne 2022, une communauté de pratique réunissant une dizaine de municipalités d’à travers le Québec engagées ou souhaitant s’engager pour l’éducation en plein air. Les personnes intéressées à en savoir plus ou à rejoindre la communauté peuvent me contacter par courriel.

(Photo en Une: École de la Source, Saint-Jérôme)

Communauté

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