Agroalimentaire

Taxer les produits malsains: efficace pour prévenir les maladies chroniques, plaide The Lancet

Taxer les produits malsains: efficace pour prévenir les maladies chroniques, plaide The Lancet
François Grenier

François Grenier

JOURNALISTE | 100º

La prestigieuse revue The Lancet vient de publier un numéro spécial entièrement consacré aux maladies non transmissibles (MNT), à leur fardeau économique et aux mesures qui s’imposent, dont la taxation, pour atteindre les objectifs de développement durable fixés par l’ONU.

Les auteurs des 5 études, publiées dans ce numéro spécial, se sont penchés sur 4 MNT, souvent appelées maladies chroniques, et qui sont reconnues pour faire peser le plus lourd fardeau social à l’échelle mondiale. Il s’agit des maladies cardiovasculaires, du diabète, des maladies pulmonaires obstructives chroniques et des cancers. Ces MNT, le plus souvent évitables, sont responsables de 70 % des décès prématurés à l’échelle de la planète.

La santé est une richesse et la pauvreté rend malade

Selon The Lancet, il va de soi que santé et prospérité économique vont de pair. Or, quand on tient compte de la valeur ajoutée d’une population en santé, en comparaison, les gouvernements n’investissent pas suffisamment en matière de recherche, de prévention et de soins de santé. De plus, les MNT touchent plus gravement les populations pauvres et elles appauvrissent les gens qui les contractent. Comme le formule le docteur Martin Juneau, sur les ondes de ICI Radio-Canada ; « ce sont des maladies régressives ».

Des mesures nécessaires

Parmi les mesures qui ont fait leurs preuves dans le but de diminuer la prévalence de ces MNT, la taxation, notamment de l’alcool, du tabac et des boissons sucrées, s’avère l’une des plus efficaces. Les auteurs de l’une des études qui portent spécifiquement sur les politiques destinées à promouvoir les saines habitudes de vie sont formels : il n’existe aucune raison de croire que l’imposition d’une taxe soit régressive. L’argument voulant qu’elle soit inéquitable parce qu’elle touche plus durement les plus pauvres ne tient pas dès que l’on prend en considération les bénéfices qui découlent des changements de consommation induits par une telle taxe.

Acceptabilité sociale

Pour éviter que la taxe ne soit qualifiée de régressive, il est essentiel que les revenus qu’elle génère soient entièrement réinvestis en prévention et en mesures compensatoires favorisant les plus démunis, rappellent les chercheurs. Selon les cas, l’argent peut par exemple servir à subventionner les fruits et légumes frais afin de les rendre plus accessibles, à mettre en place des programmes de repas gratuits à l’école, des fontaines d’eau, ou encore à créer des environnements favorables aux saines habitudes de vie.

Les arguments économiques

Les politiques économiques qui visent l’amélioration de la santé ont tout pour séduire aussi bien les ministères des Finances que les ministères de la Santé, conclut The Lancet. Les revenus générés par la taxation peuvent ainsi être réinvestis en prévention et contribuer à diminuer les inégalités sociales en santé. En réduisant l’incidence des MNT, on diminue la pression sur des systèmes de santé qui doivent déjà composer avec le vieillissement de la population. Enfin, le contrôle des MNT accroît la productivité de la population et donc la croissance économique.

Bien sûr, la taxation n’est pas la panacée, prennent soin de préciser les auteurs de ces études. Pour donner les meilleurs résultats possibles, ce genre de politique publique doit être accompagnée d’un bouquet de mesures destinées aussi bien à sensibiliser les gens à l’importance de changer leurs comportements qu’à leur offrir des environnements qui encouragent les choix santé.