Bouger à l'école

5 stratégies pour assurer le succès des récréations

Le 9 avril 2018

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La collaboration au sein de l’équipe-école, ainsi que la formation et l’accompagnement des intervenants sont des ingrédients-clés pour faire de la récréation un moment fort et fructueux de la journée. Entrevue avec Olivier Tessier, agent de planification, de programmation et de recherche à la Direction de santé publique du CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

« La cour est un endroit formateur où les élèves du primaire passent en moyenne 110 minutes par jour, soit 25% de leur journée scolaire, déclare d’emblée Olivier Tessier, détenteur d’un bac en enseignement de l’éducation physique et à la santé. Les jeunes peuvent y faire des apprentissages moteurs et sociaux qui leur serviront toute leur vie ! »

Malgré ce fort potentiel, Olivier Tessier a toutefois constaté que les périodes passées dans la cour d’école sont parfois perçues comme un casse-tête. « L’encadrement disciplinaire et sécuritaire de la récréation peut donner des maux de tête aux intervenants et aux directions d’écoles », souligne-t-il.

En 2014, il a mené, en collaboration avec d’autres chercheurs, une enquête1 auprès de 46 intervenants en service de garde et de surveillants d’élèves de 3 commissions scolaires de l’Estrie, afin de documenter leurs pratiques et leurs défis. l’analyse des données recueillies a permis de dégager 5 pistes d’action.

1- La reconnaissance du temps lié à l’organisation de la récréation

« Pour bien préparer, animer et encadrer les récréations, ça prend un comité de cour d’école, explique Olivier Tessier. Si le temps des personnes qui en font partie est reconnu comme faisant partie de leur tâche et donc rémunéré, il est beaucoup plus facile de prévoir des rencontres régulières qui favoriseront une planification cohérente et efficace des récréations. Et ça démontre un soutien clair de la direction. »

Une approche collaborative

Il arrive souvent que le service de garde et l’équipe-école travaillent en silo. « C’est dommage, parce qu’il y a des occasions perdues de soutien mutuel, déplore Olivier Tessier. Par exemple, une collaboration entre le service de garde et l’éducateur physique et à la santé permettrait de prévoir des activités qui se complètent. Les enfants auraient ainsi plus d’occasions de mettre en pratique les habiletés que l’enseignant met de l’avant à tel ou tel moment de l’année. »

Le chercheur ajoute que le partage d’informations est essentiel pour bonifier les interventions d’encadrement dans la cour d’école et que le psychoéducateur a un rôle à jouer auprès des intervenants. « Si les éducatrices du service de garde et les surveillantes sont mises au courant du plan d’intervention auprès d’un élève en difficulté, elles peuvent adapter leur façon de communiquer avec lui. L’élève reçoit alors un soutien relationnel cohérent dans l’ensemble de l’école. »

3- La formation et l’accompagnement des intervenants

« Offrir une formation aux éducatrices et aux surveillantes est une bonne façon de maintenir un bon climat dans la cour et d’en faire un lieu favorable au développement global de l’enfant, note Olivier Tessier. Lorsqu’elles sont bien outillées et accompagnées par l’éducateur physique et à la santé, ainsi que par le psychoéducateur de l’école, leurs interventions permettent aux élèves d’être actifs dans un cadre sécuritaire. Une formation ou une journée de perfectionnement leur permettra de sortir de leur zone de confort, par exemple, en explorant de nouveaux jeux. »

Olivier Tessier insiste également sur l’importance du rôle du comité de la cour d’école auprès des intervenants : « En les accompagnant tout au long de l’année, le comité manifeste un soutien explicite et les valorise dans leur tâche. »

Les commissions scolaires et l’Association québécoise de la garde scolaire offrent ce type de formations. Le guide Ma cour : un monde de plaisir ! propose quant à lui une banque de 100 fiches de jeux pour tous les âges et classées en 3 catégories : ballon, course et poursuite, et habileté.

4- L’implication des jeunes

La récréation est un lieu idéal pour que les élèves du 3cycle développent des compétences transversales en devenant animateurs, médiateurs ou encore responsables du matériel. Cette implication des jeunes leaders fait partie des recommandations du guide « Ma cour : un monde de plaisir ! » (volet 4). « Favoriser l’engagement des élèves est effectivement essentiel si on veut exploiter toutes les possibilités de la récréation, mais cette coordination demande du temps et un suivi régulier, ce qui doit être reconnu dans la tâche de la personne concernée », rappelle Olivier Tessier.

5- L’utilisation du matériel de jeu

« Les enseignants en éducation physique et à la santé ne sont pas toujours chauds à l’idée de permettre au service de garde d’avoir accès à certains équipements, explique Olivier Tessier. Ils craignent que les ballons soient perdus ou que le matériel soit endommagé. Mais en attendant, ce matériel dort. » Il suggère de faire un inventaire du matériel du service de garde pour vérifier s’il permet de répondre de façon optimale aux besoins et aux préférences des élèves. « Si ce n’est pas le cas, il y a moyen de trouver une entente qui permettra aux éducatrices de varier les activités proposées aux élèves et de confier aux plus grands certaines responsabilités comme la préparation et le rangement du matériel », propose-t-il.

La cour : un microcosme humain dont il faut prendre soin

« Lorsqu’on met en place des mesures structurantes pour que les récréations se déroulent bien, tout le monde est gagnant, affirme Olivier Tessier. Les intervenants sont motivés, les jeunes sont plus actifs et mieux disposés aux apprentissages, et il y a moins de visites au bureau de la direction. Bien s’occuper de ce moment-là est un investissement très rentable ! »

1. Tessier, O., Turcotte, S., Perreault, G., Beaudoin, S. & Berrigan, F. (2016). La cour d’école: un lieu à privilégier pour favoriser le développement des élèves. Vivre le primaire, 29(1), 26-28.



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