Villes et saine alimentation

4 bonnes raisons de rendre le système alimentaire plus sain, plus local et plus durable

Le 5 mai 2017

Tout ce qui se passe entre le moment où un agriculteur sème des brocolis et le moment où nous les mangeons relève du système alimentaire. Toutes les personnes, les entreprises, les commerçants et les infrastructures qui touchent d’une façon ou d’une autre aux aliments font aussi partie de ce système.

Les municipalités et les MRC disposent de nombreux leviers pour transformer graduellement leurs systèmes alimentaires afin qu’ils soient plus sains, plus locaux et plus durables. Elles ont en effet un mandat de planification dans les domaines suivants : utilisation du sol, aménagement urbain, zonage, transport, développement économique, gestion des déchets, développement durable, etc.

Zoom sur 4 bonnes raisons de transformer le système alimentaire.

Agriculture urbaine

Stimuler l’économie locale

En appuyant une agriculture locale et régionale, ainsi que des entreprises alimentaires de proximité (transformation, innovation, commerce de détail, etc.), une municipalité renforce sa prospérité.

Les circuits courts, par exemple, contribuent au développement économique local, tout en permettant aux producteurs et aux transformateurs de vendre les aliments à un prix équitable pour eux et avantageux pour les acheteurs. Ces circuits de proximité incluent notamment les quelque 100 marchés publics du Québec, qui, en 2011, engendraient des retombées économiques de près de 500 M$ au Québec1 .

Les fermiers qui fonctionnent selon le modèle du réseau de l’agriculture soutenue par la communauté (ASC) constituent aussi un circuit court dont la popularité est croissante. Le réseau des « Paniers bio » de l’organisme Équiterre, qui comprend 120 fermes périurbaines à dimension humaine, génère 6,5 M$ de retombées par année au Québec2.

L’agriculture urbaine, un des piliers d’un système alimentaire sain, attire des entrepreneurs innovateurs qui contribuent non seulement à la croissance économique d’une ville ou d’une région, mais aussi à sa réputation. Les Fermes Lufa, qui ont construit des serres sur les toits à Montréal et à Laval, ainsi que l’entreprise Écosystèmes alimentaires urbains (ÈAU), qui a mis au point un système de fermes aquaponiques verticales, en sont de bons exemples. Ces entreprises génèrent des emplois et établissent des partenariats avec des semenciers, des fermes périurbaines et des transformateurs alimentaires artisanaux : boulangers, torréfacteurs, fromagers, etc.

Fermes Luffa

Fermes Lufa, à Montréal

Réduire le coût de traitement des déchets

En favorisant la réduction du gaspillage alimentaire et en compostant les déchets organiques, les municipalités font plus que contribuer à la vitalité de la planète à long terme : elles économisent du même coup beaucoup d’argent, puisqu’elles réduisent la quantité de matières résiduelles qu’elles doivent enfouir ou incinérer.

En 2011, la Ville de Victoriaville a enfoui 30 % moins de déchets par habitant (217 kg/an) que la moyenne des municipalités de taille comparable (301 kg/an). Cette performance repose en bonne partie sur la collecte municipale des matières compostables3. Et, selon les données de Recyc-Québec, la Ville de Sherbrooke a économisé 300 000 $ en 2012, grâce à la collecte des déchets organiques. La municipalité a également réduit de 7 000 $ ses achats de compost 4.

Par ailleurs, tout comme l’agriculture urbaine, la lutte au gaspillage alimentaire inspire des innovateurs soucieux de l’avenir de la planète, comme ANHYDRA et Loop5.

compostageRéduire les émissions de gaz à effet de serre

Le système alimentaire mondial produit de 19 % à 29 % des émissions de gaz à effet de serreet, au Canada, les sites d’enfouissement génèrent 20 % des émissions de méthane7, un gaz à effet de serre dont le potentiel de réchauffement global est très élevé.

La réduction de l’enfouissement des déchets organiques entraîne donc une diminution des émissions de méthane et la collecte de ces résidus permet de faire du compost. De plus, les déchets alimentaires peuvent également servir de matière première pour produire du biogaz, grâce au procédé de biométhanisation : une usine de ce type est située à Rivière-du-Loup8.

Des citoyens en meilleure santé

Beaucoup des problèmes de santé actuels sont attribuables à une alimentation trop salée, trop sucrée ou trop grasse, souvent produite par des multinationales dont le but premier est le profit.

Or, la santé des citoyens est l’un des piliers de la transformation d’un système alimentaire. Les villes et les régions qui entreprennent cette démarche cherchent, entre autres, à réduire l’emprise de l’industrie agroalimentaire en offrant à leurs citoyens un meilleur accès à des aliments locaux, frais et sains.

Cet objectif peut sembler très ambitieux, mais il s’agit d’une démarche à long terme. Par exemple, les villes engagées dans ce processus planifient les quartiers en tenant compte de l’accès aux aliments, plutôt que de laisser uniquement les forces du marché déterminer l’emplacement des commerces d’alimentation.

En plus des 4 avantages nommés ici, le fait de mettre l’amélioration du système alimentaire à l’agenda municipal s’ancre dans deux tendances fortes. D’une part, de plus en plus de citoyens souhaitent consommer des aliments plus sains et plus locaux, d’autre part, l’innovation dans le domaine de l’alimentation responsable est en pleine ébullition.

Association des marchés publics du Québec (2011). Étude sur les impacts économiques des marchés publics agroalimentaires au Québec.
Équiterre — PANIERS BIO. Pour contribuer à l’économie locale et la relève agricole.
Ville de Victoriaville (2012). Gestion des matières résiduelles : Victoriaville parmi les villes qui enfouissent le moins.
Recyc-Québec (2012). Gestion des matières organiques : Cas à succès municipaux
Équiterre (2017). Des idées de transformation maraîchère à valeur ajoutée.
ALIMENTERRE (2012). Changement climatique : la contribution du système alimentaire à nouveau pointée du doigt.
Environnement et changement climatique Canada. Gaz à effet de serre et déchets municipaux solides.
8 Radio-Canada (15 avril 2016). Matane, Baie-Comeau et Sept-Îles pour alimenter la production de biogaz à Rivière-du-Loup?