Agroalimentaire

Changer le monde, un système alimentaire à la fois

Le 11 octobre 2016

Florence Égal, experte internationale en sécurité alimentaire et nutrition, a prononcé une conférence inspirante et très applaudie au cours du Forum SAM, qui a eu lieu la semaine dernière à Montréal.

Au cœur de son discours: les changements cruciaux à apporter aux systèmes alimentaires actuels.

Florence Égal

« Montréal est en avance sur de nombreuses villes, mais nous n’entendons pas parler de vos réalisations, de vos projets et de vos réflexions en matière de système alimentaire, a déclaré Florence Égal*. Ce que j’ai vu et entendu au cours de ces deux journées est pourtant passionnant! »

La conférencière, qui clôturait le Forum SAM, affirme que les systèmes alimentaires actuels sont défaillants et que la conjoncture est parfaite pour les revoir en profondeur. Elle a en effet dressé un portrait très encourageant des réflexions et des actions en cours dans le monde au sujet des enjeux alimentaires et de santé des populations.

Une brève définition. Le système alimentaire constitue le parcours des aliments du champ à la table jusqu’à l’élimination des déchets qu’ils génèrent. Il inclut donc les étapes suivantes : production; transformation; emballage; transport; distribution; mise en marché; vente au détail et gestion des surplus et des déchets.

Des systèmes alimentaires défaillants

« Un système alimentaire durable fournit des aliments sains, à un prix abordable et équitable, a résumé Florence Égal. Ces aliments sont culturellement acceptables et cultivés de façon à avoir un faible impact environnemental. Or, les systèmes alimentaires actuels sont axés sur la quantité plutôt que sur la qualité et n’aident pas les consommateurs à faire des choix sains. »

Selon la conférencière, les politiques agricoles sont construites sur l’offre (que peut-on vendre?), alors qu’elles devraient plutôt être basées sur la demande (quels sont les besoins des populations?). « Les systèmes alimentaires basés sur de telles politiques ne fonctionnent pas et nous n’avons d’autre choix que de les réformer en profondeur », a-t-elle soutenu. Une tâche titanesque, certes, mais possible selon elle, car de nombreuses organisations de haut niveau travaillent en ce moment sur ce dossier. 

« La recherche sur la nourriture, l’agriculture et la nutrition doit se concentrer sur l’accès à des aliments sains. »

Les experts qui composent le Global Panel on Agriculture and Food Systems for Nutrition viennent tout juste de publier, à l’intention des décideurs, un rapport intitulé Food Systems and Diets : Facing the Challenges of the 21st Century. Extrait librement traduit :

« Redéfinir les systèmes alimentaires pour qu’ils fournissent une alimentation saine plutôt que simplement des calories, va demander bien plus que des initiatives sur le plan de l’agriculture. Les décideurs vont devoir se pencher sur le commerce international, l’environnement et la santé, ce qui implique de mobiliser le secteur privé et de donner le pouvoir aux consommateurs d’exiger une meilleure alimentation. Ce rapport est un appel à l’action qui s’adresse aux dirigeants du monde et à leurs gouvernements. »

La collaboration nordique sur l’alimentation : une initiative exceptionnelle

« Les pays nordiques luttent contre l’ « inalphabétisme » alimentaire, parce qu’ils considèrent que c’est aussi important que d’enseigner les mathématiques et les langues ».

Certains pays sont rendus beaucoup plus loin que d’autres en matière de transformation de leur système alimentaire. Depuis 2005, les ministres du Danemark, de la Finlande, de l’Islande et de la Suède ont uni leurs efforts pour offrir à leurs citoyens une alimentation non seulement saine, mais également locale, saisonnière, durable et équitable. « Cette collaboration a mené à des réalisations concrètes exceptionnelles, a souligné Florence Égal. Par exemple, à Copenhague, 80 % des aliments servis dans les cafétérias scolaires sont biologiques et le chef fait participer les jeunes à la préparation des repas. »

La collaboration méditerranéenne

À Milan, en juillet dernier, 30 institutions scientifiques internationales majeures ont publié un document intitulé « 2016 Call For Action on the Revitalization of the Mediterranean Diet ». En 2014, ces institutions ont lancé la Fondation internationale de la diète méditerranéenne. Voici deux des énoncés de principe de leur mission et de leur appel à l’action :

« Dans le cadre du Programme de développement durable à l’horizon 2030, le régime alimentaire méditerranéen est un élément crucial des systèmes alimentaires durables dans les pays méditerranéens (…). »

« Il est essentiel d’agir ensemble pour que les écoles des pays méditerranéens intègrent de façon efficace dans leur curriculum l’éducation à la nutrition, à la culture alimentaire et à un mode de vie sain et viable (…). »

Une conjoncture favorable extraordinaire

Parmi les autres jalons de la réorientation des systèmes alimentaires, Florence Égal a également mentionné :

Mai 2015 : L’International Panel of Experts on Sustainable Food Systems (IPES-Food), a publié un rapport intitulé « The New Science of Sustainable Food Systems – Overcoming Barriers to Food Systems Reform ».

Octobre 2015 : le Pacte de politique alimentaire de Milan a été signé par 117 villes, dont Montréal. Le pacte souligne le rôle crucial que doivent jouer les villes dans la mise en place de systèmes alimentaires durables et sains, notamment parce qu’elles sont directement touchées par les conséquences des changements climatiques et par les coûts de l’obésité et de l’insécurité alimentaire.

Mars 2016 : Création de la fondation EAT dont l’ambition est de « réformer le système alimentaire global, afin que la population mondiale grandissante se nourrisse d’aliments sains produits sur une planète en bonne santé ». Son slogan : « La science, la politique et les affaires pour une réflexion sur l’alimentation ». Cette fondation a notamment  organisé en juin 2016 l’événement : EAT Stockholm Food Forum 2016.

Les axes de réflexion de l’organisation EAT, en bref :

Avril 2016 : Les Nations Unies ont déclaré la décennie 2016-2025, Décennie d’action des Nations Unies pour la nutrition

Septembre 2016 : 500 leaders de tous les milieux ont assisté au Urban Food Systems: The Nutrition Challenge, un événement organisé par EAT en marge de l’Assemblée générale annuelle des Nations-Unies.

Octobre 2016 : la Troisième conférence des Nations unies sur le logement et le développement urbain durable (Habitat III) aura lieu à Quito, en Équateur. « La déclaration qui sera adoptée à l’issue de cette conférence mentionnera explicitement les enjeux suivants : la nutrition et la sécurité alimentaire, les liens ruraux-urbains et le développement territorial intégré », s’est réjouie Florence Égal, qui a contribué à la rédaction de cette déclaration, ainsi qu’à celle du Pacte de politique alimentaire de Milan.

Que se passe-t-il à Montréal?

Florence Égal, qui a assisté aux deux journées du Forum du Système alimentaire montréalais (SAM), s’est dite impressionnée par la vitalité et l’originalité des actions et des réflexions en cours à Montréal. Elle a cependant déploré que Montréal ne soit pas plus présente aux rencontres internationales portant sur les systèmes alimentaires. « Nous avons besoin de savoir ce que vous faites. Vous devez avoir plus de visibilité. Toronto est toujours présente aux réunions internationales, pourquoi pas Montréal? »

« Nous sommes là pour changer le monde et c’est un moment extraordinaire pour le faire », a conclu la conférencière, qui a été chaleureusement applaudie.

Cette conférence s’est tenue au cours du Forum Système alimentaire Montréalais (SAM), qui a eu lieu les 4 et 5 octobre dans le cadre de l’événement Montréal métropole active et nourricière, organisé par Vivre en Ville.

* Dre Florence Égal a travaillé durant 20 ans au sein de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture. Elle œuvre pour l’organisation City Regions Food Systems, qui considère que l’amélioration des liens entre les milieux urbains et ruraux est cruciale pour arriver à créer des systèmes alimentaires sains, équitables et durables.

Pour en savoir plus, lire notre fiche : Vers un système alimentaire local, durable et axé sur la santé