Conseil des politiques alimentaires montréalais

Le CPA-Mtl: un outil régional pour développer un système alimentaire plus équitable, durable et collectif

Le 22 décembre 2017

Le Conseil des politiques alimentaires montréalais (CPA-Mtl) verra le jour au printemps 2018. Entrevue avec Ghalia Chahine, coordonnatrice du Système alimentaire montréalais (SAM), qui suit cette « naissance » de près.

Ghalia Chahine

100°. Que fait un conseil des politiques alimentaires ?

Ghalia Chahine. Un conseil des politiques alimentaires (CPA) est une instance qui rassemble tous les acteurs du système alimentaire : production, transformation, distribution, consommation et gestion des matières résiduelles. Ensemble, ils analysent le fonctionnement de ce système et fournissent des idées, des moyens et des recommandations sur la façon de l’améliorer.

Crédit photo : ferme D-Trois-Pierres, à Pierrefonds

Un CPA permet d’avoir une vision globale et de mettre en place des actions concertées dans le but d’accroître la santé environnementale, économique et sociale de la collectivité. Un de ses rôles est de s’assurer que les enjeux alimentaires urbains sont intégrés de façon systématique dans les politiques, initiatives et programmes municipaux.

D’où est venue l’idée de constituer un CPA à Montréal ?

L’idée a émergé lors de la consultation publique sur l’état de l’agriculture urbaine qui s’est tenue en 2012, puis a fait son chemin grâce aux échanges entre les différents partenaires du SAM. Ensuite, en 2014, grâce une résolution adoptée à l’unanimité par le conseil municipal, la Ville s’est penchée sur la possibilité de se doter d’un Conseil des politiques alimentaires.

Marché solidaire près du métro Frontenac

Puis, en octobre 2015, la Ville de Montréal a signé le Pacte de politique alimentaire de Milan, dont les objectifs rejoignent directement ceux du SAM. En signant ce pacte, tout comme près de 150 villes l’ont fait jusqu’à présent, Montréal s’est engagée à développer un système alimentaire durable qui fournit des aliments sains et abordables à tous, dans une perspective de développement durable.

« Il existe plus de 300 CPA en Amérique du Nord. Leur gouvernance et leur mission varient d’une ville à l’autre. » 

Ferme écologique du Cap-Saint-Jaques

Qui a pris la décision de le créer ?

En novembre 2015, après avoir mené une consultation publique et analysé quelque 30 mémoires, la Commission sur le développement social et la diversité montréalaise a recommandé que l’agglomération de Montréal se dote d’un conseil des politiques alimentaires. Le Comité exécutif a donné son aval en août 2016.

« Le CPA-Mtl a un mandat d’agglomération : il interviendra sur des enjeux alimentaires qui touchent l’ensemble de l’île de Montréal. »

Quelle sera la composition du CPA-Mtl ?

Après avoir rencontré plusieurs CPA existants et  s’être inspirés des meilleures pratiques, le SAM et ses partenaires ont opté pour un modèle hybride de gouvernance réunissant 16 membres.

Sept postes seront statutaires : le MAPAQ, la Direction régionale de santé publique de Montréal et Québec en forme auront chacun un représentant. La Ville de Montréal comptera trois représentants, issus de trois services différents. Le septième poste est réservé à un ou une élu.e, qui sera nommé.e par la mairesse de Montréal.

Les postes des neuf membres issus de la société civile feront l’objet d’un appel à candidatures dès l’hiver 2018. Nous voulons recruter des personnes ayant une expérience dans les domaines universitaire, communautaire, scolaire et privé. Un poste sera réservé à un représentant de la jeunesse.

Le dépanneur d’Éric Beauregard, à Lachine, est accrédité Dépanneur Fraîcheur

Quel sera le rôle du CPA-Mtl ?

Les partenaires du SAM ont confié les rôles suivants au CPA-Mtl :

  • Offrir un espace de coopération, de concertation et de maillage régional et local
  • Servir de ressource-conseil régionale auprès des partenaires et acteurs publics et privés de l’agglomération
  • Développer des positions et faire la promotion de priorités et de politiques favorables à un système alimentaire durable et équitable
  • Être un incubateur d’initiatives régionales structurantes et un levier financier régional

Jardin sur le toit du IGA Beauchemin, dans l’arrondissement Saint-Laurent

Quel type de recommandation le CPA pourra-t-il faire ?

Le rôle-conseil du CPA-Mtl lui permettra de recommander à différentes institutions par exemple, la Ville de Montréal, d’améliorer ou de modifier certaines politiques pour rendre le système alimentaire plus équitable, plus résilient et plus durable. C’est d’ailleurs l’un des engagements pris par la Ville, lorsqu’elle a signé le Pacte de Milan.

Ail biologique de la ferme D-Trois-Pierres, à Pierrefonds

Quelle est la particularité du CPA-Mtl ?

Le CPA-Mtl a la particularité d’être issu d’une volonté collective. Il a été imaginé par les 35 organisations régionales membres du SAM, qui ont toujours favorisé une approche de co-création et de co-construction. Tous ces partenaires ont réussi à développer ensemble une vision cohérente.

Nous n’avons cependant pas réinventé la roue : il existe 300 CPA en Amérique du Nord, dont une trentaine au Canada. Nous avons donc pu créer celui de Montréal en tenant compte des choix de nos partenaires et des meilleures pratiques actuelles, ainsi que des engagements pris par Montréal dans le cadre de son adhésion au Pacte de Milan.

Ce qui est aussi particulier, c’est que la résolution qui a amené Montréal à réfléchir sur la pertinence d’un CPA a été déposée par Émilie Thuillier la nouvelle mairesse de l’arrondissement Ahuntsic-Cartierville et par Valérie Plante, la nouvelle mairesse de Montréal !