Aménagement urbain

Verdissement des espaces vacants: une stratégie payante à long terme

Le 9 juillet 2018

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Terrains en friche et autres no man’s land sont nombreux à défigurer la trame urbaine, parfois durant des décennies. Mais de plus en plus de villes comprennent tous les avantages qu’elles peuvent tirer de leur verdissement.

Sur l’île de Montréal, par exemple, les terrains vacants couvrent une superficie de 25 km2, soit l’équivalent de 32 jardins botaniques, selon les données de la Ville. Outre leur impact négatif sur le plan esthétique, ces lieux abandonnés, souvent considérés comme des foyers de criminalité et de pauvreté, représentent une nuisance pour la communauté, en plus de faire baisser la valeur foncière de propriétés adjacentes.

Bien sûr, le cas de Montréal n’est pas problématique si on le compare à plusieurs grandes villes américaines. C’est ainsi que pour endiguer la multiplication des espaces vacants, des villes comme Détroit, Philadelphie ou Cleveland ont mis en place des programmes, ou établi des partenariats, afin de les reverdir et de les entretenir. Transformés en petits parcs, en jardins communautaires, en vergers, en vignobles ou même en forêts urbaines, ces anciens terrains abandonnés contribuent grandement à revitaliser des communautés entières.

verdissement des espaces vacants

Services écologiques

Les nombreux effets positifs des espaces verts en matière de santé publique sont bien connus. La présence de parcs favorise la pratique d’activité physique et les jardins communautaires, une alimentation plus saine. Mais les espaces verts rendent aussi de nombreux services écologiques qui valent leur pesant d’or. Ils contribuent à l’assainissement de l’air, permettent de lutter contre les îlots de chaleur et, lors des orages éclair, absorbent de grandes quantités d’eau qui, autrement, risqueraient de provoquer des surverses.

À ce chapitre, la Ville de Philadelphie s’est justement retrouvée placée devant une alternative. Pour répondre aux exigences du Clean Water Act, elle aurait normalement dû construire un réseau indépendant d’évacuation des eaux pluviales pour éviter les surverses de son réseau d’égout dans le fleuve Delaware. L’administration municipale a plutôt choisi de présenter un plan de verdissement de ses espaces vacants, notamment les surfaces imperméabilisées comme les stationnements et les cours abandonnés. Une fois réaménagés, il est possible d’y faire converger les eaux de ruissellement et ainsi éviter les surverses. Un plan qui a été accepté et qui, en plus de contribuer à recharger l’aquifère, au lieu de déverser l’eau dans le Delaware, s’avère beaucoup moins coûteux puisqu’il va permettre, selon les estimations de la Ville, d’économiser 5,6 milliards de $ US !

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Des briques du mortier

On aura beau estimer, comme l’INSPQ l’a déjà fait, qu’un hectare d’espace vert rapporte 31 696 $ US par année, cette valeur demeure négligeable pour bien des villes, comparativement aux taxes foncières générées par la construction d’un immeuble ou d’un centre commercial. Surtout que plusieurs des bénéfices découlant des espaces verts sont indirects, voire intangibles. C’est pourquoi les administrations municipales hésitent à investir dans le verdissement des lots vacants qu’elles considèrent au mieux être des solutions transitoires. Elles préfèrent prendre le mal en patience plutôt que mettre en valeur ce potentiel de verdure.

Toutefois, pour d’autres villes, la présence de ces espaces inutilisés est l’occasion d’opérer littéralement un changement de paradigme et de miser sur la permanence de ces efforts de verdissement. À cet égard, un rapport du Lincoln Institute of Land Policy, cite un éloquent document de la ville de Détroit : « Trop souvent les espaces ouverts sont vus comme des prix de consolation dans des quartiers boudés par les promoteurs de projets en briques et en mortier. Mais les espaces ouverts sont la solution pour l’avenir de Détroit, pas le résultat déplorable du passé de Détroit ».

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Réappropriation citoyenne

Le verdissement des lots vacants fait partie d’une tendance plus large de réappropriation de la trame urbaine par et pour les citoyens. À cet égard, on peut citer l’exemple du Bâtiment 7, à Pointe-Saint-Charles, un centre autogéré par des groupes communautaires qui ont élu domicile dans un espace abritant autrefois les ateliers ferroviaires du CN. Autre initiative notable, le Village au Pied-du-courant, installation éphémère, qui en est à sa 5eédition cet été, et qui sert littéralement de laboratoire expérimental en urbanisme tactique.

Bien sûr, la lourdeur de l’appareil administratif municipal engendre de nombreux obstacles susceptibles de freiner bien des élans. Par exemple, l’inauguration du Bâtiment 7 couronne tout de même 10 années de combats multiples et acharnés. Toutefois, des OSBL ont commencé à émerger dans le paysage pour outiller les individus et groupes communautaires désireux de lancer leurs initiatives citoyennes.

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Ainsi, l’organisme Lande, qui a fait l’analyse de la Réglementation sur les terrains vacants à Montréal, tient à jour une carte interactive de l’île de Montréal où sont recensés les espaces vacants, de même que les initiatives citoyennes en cours. De son côté, la Pépinière | Espaces Collectifs compte déjà à son actif plus d’une douzaine d’interventions, dont Le Village au Pied-du-courant. Mentionnons aussi, sans prétendre à l’exhaustivité, le Centre d’écologie urbaine de Montréal qui, en vertu de sa solide expertise, offre aux individus comme aux groupes communautaires des outils et de l’accompagnement pour la réalisation de leurs projets d’aménagement urbain.

Encore l’exception, ces initiatives citoyennes sont appelées à se multiplier. Car elles répondent aux aspirations de citoyens toujours plus nombreux à se soucier de la qualité de vie de leur quartier, à se préoccuper des impacts des changements climatiques et à souhaiter s’épanouir dans des communautés plus actives, plus vivantes et plus vertes.



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