Premières Nations

Diabète chez les Autochtones: par où commencer ?

Le 12 juin 2017

Dans mon premier texte sur le risque imminent de pandémie de diabète chez les Autochtones, je vous parlais des risques et des conséquences de cette pandémie sur les populations. Aujourd’hui, misons sur les solutions. Car il y en a !

Ce qui est intéressant, quand on regarde ces solutions, c’est qu’elles seraient non seulement bénéfiques pour la population, mais aussi pour les finances publiques des gouvernements et des conseils de bande ou des villages nordiques. Il est important de se rappeler qu’avec un dollar investi aujourd’hui en prévention, nous en économisons demain 10 en soins curatifs, voire 20, si on considère les effets au-delà de l’individu.

Au risque de me répéter: il ne faut surtout pas considérer le phénomène du diabète comme une fatalité. Mais pour faire face à un enjeu aussi multifactoriel, les interventions doivent être de nature intersectorielle ou holistique. De nombreuses communautés travaillent déjà dans cette perspective pour prévenir le diabète et faire la promotion des saines habitudes de vie, principalement sur le plan de l’alimentation et du mode de vie physiquement actif. Nous nous concentrerons aujourd’hui sur le premier aspect :la saine alimentation.

Une question de fréquence

Tout d’abord, en matière d’alimentation, lorsque l’environnement alimentaire le permet, un individu peut privilégier des repas constitués d’aliments diversifiés et donner priorité aux aliments de valeur nutritive. La notion de fréquence est donc importante à considérer ici, mais il n’y a pas lieu de se priver, aucunement. Ainsi, une personne peut s’habituer à organiser ses repas, selon :

  • les aliments quotidiens : à haute valeur nutritive, mis en valeur dans le Guide alimentaire canadien, consommés tous les jours (eau, fruits et légumes, produits céréaliers, viandes et substitut, laits et substitut, principalement) ;
  • les aliments d’occasion : à valeur nutritive moyenne, avec ajout de sucre, de matière grasse ou de sel, consommés de temps à autre ;
  • les aliments d’exception : transformés par l’industrie alimentaire, à valeur nutritive peu élevée, consommés rarement (communément appelé « malbouffe » ou aliments « poubelle »).

À cet effet, et plus précisément, je ne peux qu’encourager les individus qui remplacent les boissons gazeuses, énergisantes et sucrées par de l’eau. Je les invite également à réduire drastiquement leur consommation d’aliments transformés.

Une question de quantité

Les portions doivent évidemment être adaptées aux besoins de chacun. Concernant la quantité, on parle donc ici de savoir reconnaître ses signaux de faim et de satiété. Cela nécessite aussi une certaine pratique, qui se développe facilement auprès des enfants. La faim exprime un besoin physique de nourriture. Elle diffère de l’appétit qui est une envie de manger un aliment en particulier, davantage qu’un réel besoin physique. Les principaux signes de la faim sont les suivants : gargouillis, manque d’énergie, fatigue, difficulté à se concentrer, sensation de creux dans le ventre et irritabilité. Quant à elle, la satiété ne signifie pas qu’on a entièrement mangé son plat. Elle nous invite plutôt à s’arrêter de manger à temps, c’est-à-dire quand on se sent «bien», sans petit creux ou trop plein.

Une question de sens

En plus de la valeur nutritive, les aliments véhiculent une valeur culturelle fondamentale dans le mode de vie des Premières Nations et des Inuit. Les aliments doivent donc « faire du sens ». Dans ce contexte, on pense bien sûr à l’alimentation traditionnelle. Dans les communautés situées à proximité du territoire et dans la mesure où celui-ci est accessible, le « garde-manger naturel » peut fournir un grand nombre de denrées culturellement pertinentes et sécurisantes. On rejoint ici la thématique de mon billet de cet automne concernant notre fierté et notre reconnaissance à l’égard de nos grands-parents qui arpentaient courageusement le territoire pour recueillir les produits de la chasse, de la trappe, de la pêche et de la cueillette. Cette force-là est encore en nous.

Stanley VollantUne question d’accessibilité

On le voit à travers les questions précédentes, la saine alimentation est naturellement possible dans un milieu qui permet à tous, sans distinction selon le statut économique et social, de pouvoir s’approvisionner, choisir, préparer et conserver des aliments qui permettent de maintenir la santé. Il faut alors travailler à faciliter l’accès physique et économique aux aliments nutritifs et à développer les capacités individuelles et collectives pour faciliter une saine alimentation, tout en faisant en sorte qu’il soit normal que tous puissent bien s’alimenter et d’y consacrer du temps et des ressources.

À cet égard, le concept d’aliments quotidiens, d’occasion et d’exception peut donc également servir de guide relativement aux environnements alimentaires. Dans cette perspective, l’environnement alimentaire du milieu doit être composé majoritairement d’aliments quotidiens, contenir une quantité moindre d’aliments d’occasion et une faible quantité d’aliments d’exception. Une telle composition de l’environnement alimentaire, en plus de soutenir les individus dans leurs choix, aura pour objectif de normaliser la saine alimentation. Les divers milieux (foyer familial, écoles, arénas, CPE, etc…) peuvent présenter une offre alimentaire en concordance avec leur mission, où la proportion des aliments quotidiens, d’occasion et d’exception pourra varier.

Des efforts louables dans les communautés                                                          

De manière globale, tout comme le relève Québec en Forme dans le bilan de ses partenariats avec les communautés des Premières Nations et Inuit, plusieurs expérimentations menées dans les communautés ont contribué au renforcement de la saine alimentation, et, bien qu’il reste encore du chemin à faire pour les enraciner dans un système alimentaires durable, il y a lieu de les valoriser :

  • Réalisation d’activités éducatives en cuisine et jardinage auprès des jeunes
  • Organisation de cuisines collectives et communautaires, notamment parents-enfants
  • Partage d’expertise
  • Implantation de politiques alimentaires dans les milieux de vie
  • Mise en place de jardins collectifs et communautaires

J’invite de ce fait tous les acteurs préoccupés par le diabète à bien considérer ces pistes dans leur soutien aux communautés.

Dans mon prochain billet, je vous parle de l’autre volet de la solution: remplacer l’épidémie de diabète par une épidémie d’activité physique…

 

Pour en savoir plus sur la mission du Dr Vollant : Innu Meshkenu.