Saine alimentation

Concilier achat local et qualité nutritionnelle dans nos écoles

Concilier achat local et qualité nutritionnelle dans nos écoles

Ressource

Depuis quelques années, l’achat d’aliments québécois s’inscrit au cœur des orientations* en matière d’approvisionnement dans nos écoles. Partout au Québec, des initiatives inspirantes voient le jour : jardins scolaires, visites à la ferme, ateliers de cuisine, partenariats avec des producteurs d’ici… L’objectif : rapprocher les jeunes de la terre et soutenir l’économie locale. Mais comment s’assurer que ces aliments sont aussi nutritifs ?

 

Pour mieux comprendre cet enjeu, l’Observatoire de la qualité de l’offre alimentaire** a réalisé une revue de la littérature sur le sujet. Au total, 113 documents ont été analysés, dont plus de la moitié portaient sur le milieu scolaire.

caisses fruits et légumes

Local et nutritif : une question de perception…

Les résultats montrent que plusieurs directions et membres du personnel scolaire perçoivent les aliments locaux comme étant plus sains. Ils les associent à une plus grande consommation de fruits et de légumes et à une meilleure santé chez les jeunes. Cette perception constitue d’ailleurs une motivation importante pour implanter des programmes d’approvisionnement local dans les écoles, tels que le programme De la ferme à l'école Québec d’Équiterre.

Toutefois, très peu de documents issus de la littérature grise ou d’articles scientifiques se penchent sur les facteurs soutenant l'intégration d’une offre alimentaire qui serait à la fois locale ET nutritive. Lorsque ces deux dimensions sont abordées, c’est surtout pour décrire des programmes ou des politiques qui favorisent les aliments locaux et nutritifs. Par contre, aucun de ces documents n’explique comment concilier, de manière pratique, les critères d’achat local et les critères nutritionnels.

repas école

Est-ce qu’un aliment local est plus sain?

Dans l’imaginaire collectif, les aliments locaux sont souvent perçus comme plus sains pour diverses raisons : moins d’antibiotiques, d’hormones de croissance, d’OGM, de pesticides ou d’engrais de synthèse, des conditions d’élevage plus respectueuses des animaux et une meilleure traçabilité. Bien que cette perception soit établie dans le monde scientifique, très peu d’études démontrent réellement ce lien.

Pourquoi ? D’abord parce qu’il n’existe pas une seule définition du mot « local ». Parle-t-on d’un aliment produit… À moins de 50 km du lieu de consommation ? Dans la même région ? Dans la province ? Ou simplement transformé au Québec ? Selon la définition retenue, la réalité change1.

Ensuite, la valeur nutritive d’un aliment, local ou non, dépend de plusieurs facteurs : le type de sol, les conditions climatiques, le moment de la récolte ainsi que la durée d’entreposage et de transport1. Un légume cultivé localement, mais conservé longtemps, peut perdre des nutriments, alors qu’un autre, produit ailleurs, mais récolté et transporté rapidement, peut conserver une excellente valeur nutritive.

Pour les aliments transformés, la situation est similaire. Dans le cadre de la Politique bioalimentaire du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec, l’Observatoire a fait des analyses comparatives entre les produits transformés québécois et ceux d’ailleurs afin de fixer des cibles d’amélioration. L’échantillon provenait de 14 catégories d’aliments fortement consommées au Québec et qui ont un potentiel d’amélioration nutritive. Des analyses comparatives ont montré que l’offre de produits transformés québécois était globalement semblable, sur le plan nutritionnel, à celle des produits provenant de l’extérieur2. Autrement dit, « local » ne signifie pas automatiquement « meilleur pour la santé », que l’aliment soit transformé ou non.

 

enfant qui mange à l'école

Comment concilier le nutritif et le local?

La bonne nouvelle est qu’il est tout à fait possible de marier nutritif et local dans l’offre alimentaire de son école ! Voici trois pistes d’actions concrètes pour y arriver.

1. Intégrer les deux concepts dès le départ

Lorsqu’une école met en place un projet d’approvisionnement local, il est essentiel d’inclure des balises nutritionnelles (ex. : teneurs en sucres et en sodium, absence d’édulcorants) dans les objectifs du projet. Se doter d’une vision claire et d’un plan d’action cohérent permet de choisir les bons produits, d’adapter les menus et de s’entourer des bonnes expertises. Il est possible de s’appuyer sur les étapes décrites dans cet article tout en gardant en tête les critères nutritionnels à chaque étape. 

2. Travailler en collaboration avec les fournisseurs et distributeurs

Communiquer clairement les exigences nutritionnelles aux producteurs et aux transformateurs québécois ouvre la porte au codéveloppement de produits adaptés au milieu scolaire : bon format, bonne valeur nutritive, emballage adéquat et logistique réaliste. Il est également important de communiquer aux distributeurs les produits locaux et nutritifs souhaités afin qu’ils soient ajoutés à leurs listes.

3. Miser sur l’éducation et la sensibilisation

Sensibiliser et informer le personnel, les élèves et les parents est crucial. On peut ainsi nuancer certaines idées reçues, dont celle que les aliments locaux coûtent plus cher ou qu’ils sont systématiquement plus sains. Ce travail de sensibilisation permet également de réitérer l’engagement envers une offre nutritive et locale et de mobiliser tous les acteurs autour de celle-ci.

En somme, encourager l’achat local en milieu scolaire est une démarche porteuse, tant sur les plans économique que pédagogique. Pour que cette approche contribue pleinement à la santé des jeunes, elle doit toutefois s’accompagner d’une réflexion visant un arrimage à des critères nutritionnels. Le défi et la richesse de la démarche résident justement dans cet équilibre, essentiel à une offre alimentaire de qualité.

 

*Depuis 2020, le gouvernement du Québec déploie la Stratégie nationale d’achats d’aliments québécois (SNAAQ) afin d’inciter les institutions publiques, dont les écoles, à se fixer des cibles d’achats d’aliments d’ici. Parallèlement, le ministère de l’Éducation procède actuellement à la révision de sa politique cadre en matière d’alimentation scolaire dont nous connaîtrons d’ici peu les recommandations.

** L’Observatoire de la qualité de l’offre alimentaire est un dispositif de vigie de l’Institut sur la nutrition et les aliments fonctionnels (INAF) de l’Université Laval. Il vise à caractériser et à suivre l’évolution de l’offre alimentaire afin d’améliorer sa qualité et son accessibilité. Depuis sa création en 2016, l’Observatoire travaille notamment à caractériser l’offre alimentaire dans différents milieux institutionnels. Les travaux de l’Observatoire sont financés dans le cadre de la Politique gouvernementale de prévention en santé du gouvernement du Québec. Pour consulter l’ensemble de ces travaux de recherche et connaître les publications à venir, consultez le site Web.

Sources

1 Observatoire de la qualité de l’offre alimentaire et Commun’assiette (2023). Lien entre le sain et le local

2 Ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation (2021). Plan d’action 2018-2023 pour la réussite de la Politique bioalimentaire – Édition 2021

Communauté

Vous avez aimé l’article?

En quelques clics, joignez notre communauté et obtenez le meilleur de 100º grâce à des ressources personnalisées.

Créer mon profil
DEVENEZ AMBASSADEUR ET FAITES BRILLER LES PROJETS DE DEMAIN