Milieu scolaire / Éducation

Impacts de la pandémie sur les jeunes du secondaire à Montréal

Impacts de la pandémie sur les jeunes du secondaire à Montréal
François Grenier

François Grenier

JOURNALISTE | 100º

Une récente enquête confirme ce que l’on soupçonnait : la pandémie a grandement perturbé certaines habitudes de vies des adolescents montréalais. Auparavant préoccupantes, elles sont devenues inquiétantes. Devant l’urgence de la situation, un appel à l’action est lancé !

Avant les mesures de confinement, 15 % des jeunes Canadiens respectaient les trois recommandations émanant des Directives canadiennes en matière de mouvement sur 24 heures pour les enfants et les jeunes. Aujourd’hui, seulement 1 % des adolescents montréalais les appliquent. En outre, un élève sur deux ne satisfait aucune des trois recommandations.

Voilà un des alarmants constats qui ressortent d’une enquête, menée dans le cadre du projet GO – Le secondaire s’active !, et à laquelle ont répondu 2 948 élèves de 12 à 17 ans fréquentant une école secondaire publique de Montréal.

L’impact de la pandémie sur la santé des jeunes

Plus en détail, si avant la pandémie, 39 % des jeunes canadiens pratiquaient au moins 60 minutes d’activité physique d’intensité moyenne à élevée par jour, neuf mois après le début de la pandémie, seulement 18 % des 12 à 17 ans de l’Île de Montréal réussissaient à suivre cette recommandation. En matière de temps-écran pour le loisir, avant, la limite de deux heures qui était suivie par 38 % des jeunes passe désormais à 28 %. En ce qui concerne les heures de sommeil (entre 9 et 11 heures pour les moins de 13 ans et entre 8 et 10 heures pour les 14 ans et plus) si 70 % des jeunes respectaient cette recommandation avant la pandémie, cette proportion chute aujourd’hui à 19 % chez les élèves montréalais.

L’activité physique déstructurée

Pour Marie-Maude Dubuc, postdoctorante à la chaire de recherche KinoQuébec de l’Université de Sherbrooke, et l’une des deux chercheuses principales du projet GO – Le secondaire s’active ! ces résultats montrent que les jeunes n’ont pas vraiment su s’adapter à la situation, notamment en matière d’activité physique.

« À l’école, les jeunes apprennent entre autres, dans le cadre des cours d’éducation physique et à la santé, l’importance d’être actifs, de maintenir de saines habitudes de vie, souligne Marie-Maude Dubuc. Mais quand tout tombe : le milieu scolaire, mais aussi le milieu sportif organisé, on constate que les jeune ne semblent pas capables, par eux-même, d’utiliser ce qu’ils ont appris pour le transposer dans le contexte actuel afin de maintenir un bon niveau d’activité physique. »

Bien sûr, on ne doit pas sous-estimer, non plus, le climat d’incertitude dans lequel nous a plongés cette pandémie, qui n’en finit plus de finir. Il y a un an, personne n’était en mesure de prévoir que nous en serions pratiquement au même point. Or, bien des gens, convaincus que la situation ne pouvait qu’être temporaire, se sont mis sur « pause », y compris les jeunes.

Marylène Goudreault, agente de planification, de programmation et de recherche au CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, et aussi chercheuse principale du projet GO, reconnaît que le sport organisé à l’école rejoint certains groupes, quoique pas tous et qu’il contribue au maintien d’un certain niveau d’activité. « Mais, malgré cette absence d’encadrement, le message que l’on souhaite lancer, souligne-t-elle, c’est que les jeunes doivent continuer d’être physiquement actifs, tout en respectant, bien sûr, les règles de la santé publique. C’est un appel à l’action que nous lançons ! Il faut qu’ils sortent du mode "attente", parce que la pandémie n’est pas terminée. On ne peut pas attendre un retour à la normale. »

« Il faut renverser la vapeur enchaîne-t-elle. Car l’inactivité physique nuit au développement global des jeunes. Il faut qu’ils deviennent plus proactifs. Qu’ils explorent les possibilités à leur disposition. Car il existe encore des offres d’activités de toutes sortes. Ils doivent profiter de toutes les occasions qui se présentent pour être actifs. »

Un effort collectif

Selon Marie-Maude Dubuc, il est clair qu’il nous faudra veiller à ce que les jeunes développent leur autonomie, qu’il se responsabilisent. Cela dit, on ne doit pas faire porter, sur leurs seules épaules le fardeau de cette situation. « Le défi, précise-t-elle, est non seulement de revenir aux niveaux d’activité physique prépandémie, mais surtout de les surpasser. Car ils étaient déjà inquiétants, avant la pandémie. Or, comme ils sont maintenant catastrophiques, c’est un effort qui va demander les actions concertées des tous les acteurs qui se trouvent dans l’entourage des adolescents. On a tous un rôle à jouer pour les aider à se remettre aux sports, aussi bien de compétition que de loisir. »

« Les données que nous rendons publiques doivent marquer un éveil, ajoute Marylène Goudreault. Surtout qu’il y a une relance progressive des activités. Alors, on demande aux jeunes de répondre présent ! Et on presse aussi les directions d’écoles à mettre en place des activités en bulle classe. À redécouvrir leur environnement, à réinventer les offres d’activité physique malgré les règles de confinement. »

Le cas de Montréal

Il existe des enjeux particuliers qui sont propres aux environnements de l’île de Montréal. Car, sa trame urbaine n’est pas toujours propice à la pratique de sports. Malgré tout, depuis des années, beaucoup d’efforts ont été déployés pour rejoindre, par le sport, des jeunes qui sont plus vulnérables aux mauvaises influences de leur milieu. Or, privés depuis si longtemps de ces repères, de ces attaches, Marylène Goudreault s’inquiète pour eux, tout en espérant que la relance favorise la reprise de contact.

« Et puis, il ne faut pas oublier, reprend-elle, Montréal a toujours été placée en zone rouge. Nous n’avons connu pratiquement aucun répit, sauf durant l’été. Donc, les jeunes du secondaire ont été soumis à une sorte d’état de siège permanent. Mais nous leur disons qu’un plan de relance des activités physiques est en train de se mettre en place. Il va y avoir des offres d’activités sportives dans les écoles. Alors, inscrivez-vous dans vos bulles classes. Participez aux activités. Découvrez-en de nouvelles. Bougez différemment, peut-être, mais bougez malgré tout ! »

GO – Le secondaire s’active !

Ce projet a été mis sur pied il y a deux ans dans le but de rendre les jeunes du secondaire plus actifs à l’école. Il découle de la Mesure 15028 qui portait sur les activités parascolaires de tout ordre. Comme l’explique Marie-Maude Dubuc : « Dès le départ, notre mandat était clair. On veut faire bouger les ados. C’est ça l’objectif. Maintenant, qu’est-ce qu’on fait ? Comment on le fait ? Que doit-on mettre en place ? Quelles sont les interventions souhaitables ? Qu’est-ce qui va bien fonctionner ? »

« Pour la savoir, raconte-t-elle, il fallait se rendre sur le terrain. Sonder les établissements d’enseignement, les partenaires. Connaître aussi les habitudes des jeunes. Puis la pandémie est survenue. Dès le départ, on a pu constater que la fermeture des écoles avait eu un impact majeur sur la pratique d’activité physique des jeunes. On s’y attendait. Mais, neuf mois plus tard, nous avons voulu savoir si les jeunes avaient entre temps adopté des stratégies pour retrouver leurs niveaux d’activité physique habituels. D’où ce constat, certes alarmant, mais qui a le mérite de nous faire prendre conscience de la situation et de passer à l’action. »

Le projet GO – Le secondaire s’active ! est issu d’un partenariat entre la Direction régionale de santé publique du CCSMTL, la Chaire de recherche Kino-Québec sur l’adoption d’un mode de vie physiquement actif en contexte scolaire, Sport et Loisir de l’île de Montréal, les cinq centres de services scolaires/commissions scolaires, les trois instances régionales du Réseau du sport étudiant du Québec, la Ville de Montréal et la table de concertation Montréal physiquement active.