Bouger à l'école

Sport parascolaire: les 7 compétences-clés d’un excellent entraîneur

Le 9 avril 2018

L’importance de bouger à l’école fait aujourd’hui consensus, mais encore faut-il que l’activité physique s’exerce dans des conditions propices au développement des jeunes. En sport parascolaire, ces conditions dépendent largement des compétences de leurs entraîneurs. Quelles sont-elles ?

Par la nature de leur rôle auprès des jeunes sportifs, les entraîneurs exercent une influence capitale sur leur développement personnel. Selon une étude réalisée par la Régie de la sécurité dans les sports du Québec citée par le Réseau du Sport étudiant du Québec, 94 % des jeunes sportifs québécois de niveau secondaire affirment qu’en général, ils sont influencés par leur entraîneur dans leurs prises de décision. Le résultat chute à 64 % pour les enseignants, 52 % pour la mère, et 43 % pour les amis.

On exige des entraîneurs certains comportements qui tombent sous l’évidence. Par exemple, éviter les abus sexuels et s’assurer que le sport s’exerce dans un lieu sécuritaire. Mais encore ? Quelles compétences les entraîneurs en sport parascolaire devraient-ils détenir pour donner une valeur éducative à la pratique sportive ?

Pour 3 Points, l’organisme que je préside, se consacre à la formation des entraîneurs,. Au fil des années, nous avons relevé plusieurs enjeux auxquels ceux-ci sont confrontés. Cette démarche nous a permis d’identifier sept compétences-clés que devrait détenir tout entraîneur en milieu parascolaire :

  • adopter une posture de développement professionnel ;
  • exercer un jugement professionnel en agissant de manière éthique et critique ;
  • développer une relation significative avec le jeune ;
  • mettre en place des interventions soutenant le développement personnel du jeune ;
  • entretenir une relation avec les parents, les enseignants et les autres personnes-ressources ;
  • concevoir des plans de saison et des plans de pratique ;
  • adapter sa fonction au milieu scolaire.

Ce texte commentera plus longuement quatre de ces compétences qui exigent de plus longues explications.

1- Adopter une posture de développement professionnel

Socrate disait : « Je ne sais qu’une chose, c’est que je ne sais rien. » Dans son mémoire de maîtrise intitulé « Building a Successful Program », l’entraîneure Chantal Vallée affirme que selon ses recherches, les meilleurs entraîneurs sont ceux qui sont en quête continuelle de développement personnel et d’apprentissage.

C’est que la fonction d’entraîneur se situe dans le vaste champ du développement humain, où chaque intervention est tout au plus aussi bonne que la connaissance qu’on a de soi, des autres, des méthodes qu’on utilise et du contexte dans lequel on se situe. Ces domaines de connaissance sont pratiquement infinis. Ainsi, même lorsqu’il connaît du succès, l’entraîneur doit miser sur son bagage tout en remettant en question son savoir. Ironiquement, les entraîneurs qui estiment tout connaître ou tiennent trop fermement à certaines de leurs connaissances adoptent une posture rigide qui contredit ce qu’est l’essence même de la fonction d’entraîneur : favoriser l’évolution des autres.

L’un de nos entraîneurs en formation valorise énormément l’effort parce que lui-même, comme joueur de basket-ball, palliait les limites de son talent par des efforts constants. L’envers de la médaille est que, comme entraîneur, il néglige l’importance du plaisir dans l’expérience sportive. Cet entraîneur a donc dû apprendre à reconnaître les limites de l’effort, une valeur qui lui est pourtant très chère, afin que ses pratiques sportives soient plus ludiques pour ses jeunes.

sport parascolaire

2- Exercer un jugement professionnel en agissant de manière éthique et critique

Blanc ou noir ? Gris. Oui ou non ? Peut-être. L’entraîneur est constamment appelé à prendre des décisions dans des situations où aucune solution unique n’est prescrite. Ces situations exigent de l’entraîneur une capacité à exercer un jugement critique (cerner dans un cas donné les tenants et aboutissants de la décision à prendre) et éthique (reconnaître les enjeux moraux en cause et soupeser leur importance relative).

Je suis entraîneur d’une équipe de basket-ball de jeunes de 12 à 14 ans. Cette année, lors d’un match mouvementé où les arbitres signalaient peu les fautes, les contacts physiques entre les jeunes ont escaladé à un point tel qu’un jeune de l’équipe adverse mesurant 6 pieds 2 pouces a commis une faute si violente qu’il a projeté au sol un jeune de mon équipe mesurant à peine 5 pieds. L’arbitre, pourtant à côté du jeu, n’a pas sifflé.

Comment réagir ? À ce moment, il devenait clair pour moi que sur le plan éthique, l’enjeu d’assurer dans l’immédiat et dans le feu de l’action la sécurité de mes jeunes primait sur le respect dû par ailleurs aux arbitres. J’ai également jugé qu’à ce moment, seule une intervention musclée de ma part inciterait les arbitres à rétablir un climat sécuritaire. J’ai donc élevé le ton pour manifester à l’arbitre que le match était devenu trop dangereux pour les jeunes.

Décision que j’ai assumée, en sachant par ailleurs que mon intervention pourrait donner à mes jeunes l’impression que les plaintes contre les arbitres sont justifiées. L’incident a donc requis un échange avec mes jeunes, après le match, pour préciser la nature exacte de mon intervention.

Était-ce la meilleure approche ? Autant de réponses que de perspectives sur un tel cas. Voilà un exemple de la gymnastique de réflexion à laquelle se livrent les entraîneurs à tous instants, gymnastique d’autant plus difficile que leurs émotions sont souvent interpellées.

basketball parascolaire

3- Développer une relation significative avec le jeune

L’auteur Gordon Neufeld propose qu’un adolescent est incapable de s’orienter seul dans la vie, qu’il a besoin d’aide et que c’est l’attachement à une personne signifiante qui lui procurera cette aide. C’est en développant avec le jeune une relation significative que l’entraîneur peut agir comme phare pour le jeune. Il revient donc à l’entraîneur d’établir cette relation de confiance et de collaboration qui favorise l’apprentissage du jeune.

L’une des entraîneures qui a fait partie de notre programme de formation possède d’excellentes connaissances sur le plan technique. Toutefois, elle ne s’intéressait pas suffisamment aux joueuses de son équipe et en conséquence, celles-ci perdaient intérêt à faire partie de son équipe. L’absence de relation significative devenait donc une source de décrochage sportif. À l’inverse, j’ai connu plusieurs entraîneurs qui entretenaient avec leurs équipes une relation d’une trop grande proximité, ce qui éliminait la distance nécessaire pour créer un climat d’apprentissage. Il est donc question de trouver le juste milieu permettant aux jeunes d’apprendre en toute confiance.

soccer parascolaire

4- Mettre en place des interventions soutenant le développement personnel du jeune

Pour soutenir le développement des jeunes, l’entraîneur doit mettre en place des interventions spécifiques prévues en ce sens. En plus du soutien des habiletés sportives, ceci se traduit chez Pour 3 Points par des stratégies visant à soutenir le jeune à travers trois catégories d’habiletés reconnues en psychologie du développement par le sport : la confiance (sentiment de bien-être et d’estime de soi), la connexion (relations positives avec les gens en contexte sportif et à l’extérieur du sport) et le caractère (respect du sport et des autres, intégrité, empathie et responsabilité).

L’entraîneur est ainsi appelé, durant les activités sportives et hors de ce contexte, à continuellement soutenir le développement du jeune, que ce soit par de l’écoute active, le recours à de la rétroaction constructive, ainsi que par des questions encourageant la réflexion critique ou des encouragements. Mais ce n’est pas tout.

Certaines activités spécifiques ont aussi pour effet de favoriser le développement des jeunes. Par exemple, un des entraîneurs de notre programme a déjà placé ses jeunes assis sur le sol et leur a demandé de faire circuler entre eux, dans les airs et avec leurs pieds, une corbeille remplie de papier. Une excellente manière de favoriser la capacité en communication !

Et le sport dans tout ça ? On pourrait croire qu’une maîtrise de la pédagogie sportive favorise uniquement la progression sportive des jeunes, alors qu’elle est aussi nécessaire pour le développement personnel du jeune sportif. Certains des entraîneurs avec lesquels nous travaillons doivent apprendre à ajuster le niveau de leurs pratiques sportives parce qu’elles sont trop simples et peu actives, ce qui démotive les jeunes, ou encore trop complexes, ce qui provoque chez les jeunes un sentiment de stress et une perte de confiance.

Des compétences qui se développent

Les compétences-clés énoncées ci-dessus n’ont de pertinence que pour les entraîneurs qui ont effectivement pour intention de favoriser le développement des jeunes. Relativement simples lorsque discutées en théorie, ces compétences peuvent toutefois se révéler complexes à mettre en application et se développent avec l’expérience. Quoi qu’il en soit, j’encourage les entraîneurs et tout le milieu parascolaire à observer ces exigences, car il en va de notre responsabilité collective face aux jeunes.



Vous souhaitez que les entraîneurs de votre école améliorent leurs compétences ? Pour 3 Points a mis sur pied notre programme de certification en coaching Pour 3 Points.  Ce cheminement vous intéresse ? Pour en savoir plus sur le programme, rendez-vous sur le site de Pour 3 points.

coach sportif scolaire

Crédit photo: Karljessy photographe