Alimentation durable

L’agriculture urbaine commerciale au Québec en pleine croissance

Le 21 juin 2019

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Le tout premier portrait de l’agriculture urbaine commerciale au Québec révèle que cette filière, bien qu’elle commence à peine à fleurir, connaît une croissance exponentielle.

Le Carrefour de recherche, d’expertise et de transfert sur l’agriculture urbaine (CRETAU) vient de poser la pierre angulaire des futurs travaux de recherche qui permettront de suivre l’évolution de l’agriculture urbaine commerciale à partir de 2018, désormais année de référence. Et déjà, ce premier « instantané » permet de constater qu’il s’agit d’un domaine en plein essor puisque, d’un seul producteur agricole urbain recensé, en 2001, nous sommes passés à 50 en 2018.

Quelques chiffres

Sur les 50 exploitations agricoles urbaines identifiées à l’échelle du Québec, 28 produisent des légumes frais, 8 des micropousses, 5 du miel, 4 des insectes, 3 des champignons et 2 des fleurs de houblons. De ce nombre, on en compte 18 qui font de la production intérieure et 14 qui produisent sur des toits. En grande majorité (70 %), ces entreprises se concentrent à Montréal. Globalement, le CRETAU estime que ces entreprises génèrent de 350 à 600 emplois à temps plein (la plupart en comptent de 1 à 5) et quelques dizaines de millions de dollars de chiffre d’affaires par année.

La filière de l’agriculture intra-urbaine1 repose aussi sur tout un écosystème d’entreprises et d’organismes qui assurent sa vitalité et son développement. Le CRETAU a ainsi recensé 30 entreprises de services (accompagnement, création de modules, installation de toits verts, mise en marché de produits), 17 institutions de formation (professionnelle et universitaire) et 6 organismes de recherche et de transfert de connaissances.

Bénéfices collectifs

Domaine en pleine effervescence, l’agriculture intra-urbaine se caractérise par son sens de l’innovation sociale ou technologique et par le développement de nouveaux modèles économiques. Cette filière de production a, en outre, l’avantage de rendre des services écologiques non négligeables en valorisant, par exemple, les déchets organiques, en améliorant l’efficacité énergétique des bâtiments et en soulageant les systèmes d’égouts.

Par ailleurs, ces entreprises participent au développement économique et social des villes. Elles contribuent à leur verdissement et donc à la lutte contre les îlots de chaleur. De plus, elles permettent la création d’espace de médiation et d’insertion sociale. Autant de retombées positives, pour le moment difficiles à chiffrer, mais qui seront dans la mire du CRETAU au cours des prochaines années.

La zone agricole urbaine

Au Québec, notamment dans la vallée du Saint-Laurent, les villes sont construites sur des terres agricoles de grande qualité. Si bien que, à l’intérieur des limites de leur territoire, ce que l’on appelle le périmètre urbain (PU), on trouve de nombreuses exploitations agricoles. Le CRETAU a ainsi identifié 1 572 entreprises couvrant environ 770 hectares, dont 5 % de la superficie (35,7 hectares) sert à la production de légumes.

Le CRETAU s’intéresse au dénombrement de ces entreprises qui produisent en PU afin de mieux comprendre l’évolution des pratiques agricoles sur ces espaces qui sont sujets à des requalifications ou à des demandes de promoteurs immobiliers qui veulent en faire l’acquisition. Car les couronnes des principales agglomérations du Québec subissent, en général, la forte pression de l’étalement urbain. On doit toutefois noter que la grande agglomération de Montréal fait bonne figure puisque la situation demeure stable pour le moment.

Des pratiques qui s’enracinent

Ce portrait représente le premier jalon d’une meilleure compréhension de l’agriculture urbaine au Québec. De nombreux enjeux devront être explorés en matière de viabilité, d’efficacité écologique, de capacité à fournir des aliments de qualité à prix abordables. À court terme, le principal défi pour le CRETAU sera de mettre en place un système efficace d’identification et de suivi des entreprises agricoles urbaines. Car pour le moment, les données demeurent lacunaires. C’est pourquoi le CRETAU a lancé le premier bottin des producteurs urbains du Québec.

Toutes les entreprises qui œuvrent dans l’écosystème de l’agriculture urbaine, et qui jusqu’à présent n’auraient pas été répertoriées, sont donc invitées à s’inscrire au bottin.

Crédit de la photo en une : photoLucBelcourt

1Ce terme sert à distinguer les entreprises qui florissent dans la trame urbaine de celles, beaucoup plus nombreuses, qui sont situées en zone agricole, mais à l’intérieur du périmètre urbain. Nous y reviendrons.



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Ferme Lufa/Lufa Farm

Le saviez-vous ?

En matière d’agriculture urbaine, le Québec peut s’enorgueillir d’avoir fait figure de proue. En 1997, la Ferme Pousse-Menu, devenait la première entreprise agricole urbaine du Québec inscrite au Registre des entreprises, ce qui en fait l’une des plus anciennes dans le monde ! Et, en 2006, les Fermes LUFA installaient la première serre commerciale sur toit au monde !

L’agriculture urbaine ne date toutefois pas du tournant du 21e siècle. Elle fait tout simplement un retour dans le paysage urbain, marqué cette fois par des considérations plus contemporaines, en matière d’innovation sociale, technologique et entrepreneuriale. Une situation bien différente de celle qui prévalait au début des années 1940. À l’époque, les États-Unis viennent d’entrer dans la Seconde Guerre mondiale. Très vite, le gouvernement américain presse ses citoyens, notamment les citadins et banlieusards possédant des petits lopins de terre, de cultiver des potagers. Plus de 20 millions de familles vont répondre à l’appel et planter leur petit « jardin de la victoire ». Grâce à cet effort de guerre maraîcher, on estime que les civils américains ont ainsi produit, en 1944, près de 40 % des légumes du pays !

Voilà qui donne une mesure du remarquable potentiel que recèle l’agriculture urbaine.