Transport actif

Sécurité aux abords des écoles: la situation s’améliore, mais restons vigilants!

Le 13 septembre 2018

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Avec la multiplication des mesures pour encourager le transport actif vers l’école, on ne peut que se réjouir de constater que la sécurité des élèves s’améliore peu à peu. Mais un problème demeure. Parce qu’ils craignent pour la sécurité de leurs enfants, nombre de parents préfèrent encore venir les reconduire directement à l’école, ce qui nuit à la sécurité de l’ensemble des élèves. Heureusement, des initiatives se multiplient pour changer les mœurs.

À ce chapitre, on peut citer la campagne de prévention « Débarque-moi au bon endroit » du Service de police de Laval. Le communiqué est d’ailleurs limpide : « Certains parents croient, à tort, que l’endroit le plus sécuritaire où débarquer leurs enfants est le plus près possible de la porte d’entrée de l’école, et ce, peu importe la signalisation et au détriment de la sécurité des autres enfants. Ainsi, les parents des élèves sont particulièrement visés par cette nouvelle campagne. » Ce qui laisse sous-entendre que, pour beaucoup, ce sont les parents eux-mêmes qui font courir des risques aux enfants.

Les risques réels et perçus

Toutefois, les enjeux de sécurité varient en fonction de la forme urbaine, précise Marie-Soleil Cloutier, professeure-chercheure en géographie de la santé au Centre Urbanisation Culture Société de l’INRS. « Dans les quartiers centraux, explique-t-elle, où en raison de la densité de population les enfants résident à distance de marche de leur école, la sécurité est un enjeu différent de celui dans les quartiers plus périphériques et en banlieue où la dépendance à la voiture est plus forte. En ville, c’est plutôt la circulation de transit qui demeure une préoccupation. »

Le phénomène des parents taxis, qui demeure largement répandu, peut s’expliquer de plusieurs manières. Très souvent, quand ils sont questionnés sur le sujet, les gens répondent qu’ils vont déposer leurs enfants à l’école parce que c’est sur le chemin pour se rendre au travail. « Par contre, fait remarquer Marie-Soleil Cloutier, à partir du moment où les parents perçoivent la présence des autres automobilistes aux abords de l’école comme un risque pour leurs enfants, ils risquent alors de se tourner vers la voiture pour aller les reconduire, peu importe si c’est sur leur chemin. Donc, en voulant diminuer les risques pour leurs enfants, ils aggravent la situation. Si bien que, parfois, le risque perçu engendre un risque réel… »

Les 3 E de la sécurité routière

En anglais, 3 E désignent les termes : EducationEngineeringEnforcement. Autrement dit : éducation, aménagement et surveillance policière. Voilà la combinaison classique des éléments nécessaires pour garantir la sécurité de chacun sur la route. Et dans un monde idéal, ces trois facteurs pourraient être réunis autour des écoles. « C’est vrai que de l’éducation, de la sensibilisation, on en fait. Parce c’est ce qui coûte le moins cher, souligne Marie-Soleil Cloutier. Mais c’est toujours à recommencer. La présence policière n’est pas non plus une solution durable, car les agents ne peuvent pas être sur place tous les jours. Et quand ils ne sont plus là, la nature humaine étant ce qu’elle est… les automobilistes reprennent leurs vieilles habitudes. Non, ce qui fonctionne 24/7, c’est l’environnement bâti; ce sont les aménagements autour de l’école. »

À ce chapitre, le cas de Rosemont – La Petite-Patrie, même s’il n’est pas parfait, est digne de mention. Sur le territoire de l’arrondissement, tous les périmètres des écoles sont désormais des zones 30 km/h et ils ont été sécurisés par des saillies de trottoirs. « Ce que je trouve de particulièrement intéressant, se réjouit Marie-Soleil Cloutier, c’est la cohérence de la démarche, qui prend aussi valeur pédagogique. Car cette couverture territoriale d’interventions uniformes conduit les automobilistes à intégrer un même patron de comportement aux abords des écoles. Avec l’habitude, ils finissent par adopter des réflexes de conduites appropriés. »

Une question d’exposition

« Évidemment, il n’y a pas de solution miracle, soupire Marie-Soleil Cloutier, parce que si je l’avais trouvée, je serais riche ! Par contre, on peut affirmer que c’est une question d’exposition. Le risque, c’est quand un enfant est exposé à la présence d’une voiture. Si on élimine cette possibilité, alors le risque tombe à zéro. C’est pourquoi certaines écoles font fermer la rue pendant une demi-heure, le matin et à la fin des classes. Une solution radicale, qui ne plaît pas à tous et qui n’est évidemment pas applicable partout. »

Il existe d’autres moyens de rendre plus sécuritaire la marche vers l’école. Les trottibus par exemple, sortes d’autobus pédestres qui, le long d’un parcours déterminé, cueillent un à un les enfants sous la supervision d’un adulte bénévole. On peut aussi baliser des « chemins d’écoliers » à l’aide de marquage au sol et d’une signalisation permanente pour sensibiliser les automobilistes. Et bien sûr, on peut recourir aux brigadiers scolaires, là où il est possible de les déployer. « C’est une mesure qui s’avère très efficace, souligne Marie-Soleil Cloutier. Nos observations montrent que près des écoles le matin, en présence d’un brigadier, il ne survient que peu d’interactions entre les enfants et les automobilistes. Mais, évidemment, le nombre de brigadiers étant limité, ils ne représentent qu’une partie de la solution. »

marcher vers l'ecole

Le poids du nombre

« À l’heure actuelle, les données d’exposition sont manquantes, déplore Marie-Soleil Cloutier. On connaît par exemple le nombre d’enfants qui utilisent le transport scolaire, mais on ignore le nombre de ceux qui marchent vers l’école. Toutefois, une chose est claire : plus ils seront nombreux, plus ils seront en sécurité, si l’on se fie au principe appelé Safety by numbers. C’est une sorte de cercle vertueux voulant que plus les automobilistes vont voir d’enfants marcher vers l’école, plus ils feront preuve de vigilance. Et plus les enfants vont utiliser le transport actif, plus ils seront en santé. Ça fait maintenant 15 ans que je travaille sur les écoles, et je constate, depuis les dernières années, que l’on a fait beaucoup de progrès en matière de sécurité. Alors aussi bien que les enfants en profitent. »

Cependant, si Marie-Soleil Cloutier se réjouit de voir que la sécurité des enfants vers l’école fait désormais partie du discours ambiant, elle se dit préoccupée par la situation autour des parcs. « On voudrait tous que nos enfants puissent dépenser leur énergie dans les parcs, souligne-t-elle. Malheureusement, si les modules de jeu dans les parcs sont très sécuritaires, il est souvent beaucoup plus périlleux de s’y rendre. Oui, il faut sécuriser les périmètres autour des écoles, parce que nos enfants fréquentent au quotidien, mais ils vont aussi à la bibliothèque, au centre communautaire et au parc1. Il faut aussi que ces lieux-là soient marchables 7/24. »

1On doit noter, à ce propos, que Rosemont – La Petite-Patrie vient d’annoncer de nouvelles limites de vitesses à 30 km/h près des écoles mais aussi des parcs sur les artères achalandées.



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Des exemples venus d’ailleurs

Depuis 21 ans, afin de briser le cercle vicieux des parents taxis, la ville de Bolzano, en Italie, a instauré des « rues d’écoles ». Ce sont des tronçons de voie publique qui sont fermés à la circulation automobile, 15 minutes avant et après l’heure à laquelle les parents viennent déposer leurs enfants et les cueillir à la fin des classes.

À chaque rentrée, le directeur de l’école St. Hans, à Odense, au Danemark, convoque en assemblée les parents des élèves pour leur expliquer que leurs enfants de 5 ans sont parfaitement capables de se rendre à l’école à bicyclette. Quant aux voitures, elles ne sont pas les bienvenues. Si un parent ose se stationner devant l’école, il a toutes les chances de se voir décerner une contravention par la police.

Depuis cette année, les voitures sont interdites de circulation aux abords de l’école primaire Vereinsgasse, située dans le district de Leopoldstadt, à Vienne, en Autriche. Il s’agit d’un projet pilote de deux mois et qui s’inspire des « rues d’écoles » de Bolzano dans le but de diminuer les services de parents taxis.

À Vancouver, l’école primaire Canyon Heights a plutôt choisi de miser sur la persuasion en instaurant les « Freedom Friday ». Tous les vendredis, les élèves sont invités à utiliser un mode de transport actif pour se rendre à l’école, tandis que des bénévoles tentent de convaincre les parents taxis d’adopter l’habitude du « Drive to Five ». Il s’agit de déposer les enfants à 5 minutes de marche de l’école, plutôt que directement devant la porte. Et cela semble fonctionner puisque la proportion d’élèves utilisant un transport actif s’est accrue de 39 % alors que celle des parents taxis a conséquemment diminué de 39 %.