Persévérance scolaire

Bien dans mes baskets: retisser le filet social autour des jeunes malgré la pandémie

Le 9 juin 2020

Parmi les multiples conséquences de la pandémie, l’arrêt de la fréquentation de l’école fragilise le filet social qui entoure les jeunes, en particulier les plus vulnérables d’entre eux. Mais à l’école secondaire Jeanne-Mance, si la saison de basket des Dragons s’est arrêtée brusquement, il n’était pas question pour l’équipe de Bien dans mes baskets de lâcher les jeunes. Dès les premiers jours de la crise, les entraîneurs bénévoles de ce programme exceptionnel n’ont pas hésité à rebondir pour soutenir les jeunes et maintenir le lien malgré la distanciation.

Fondé en 2005 par le travailleur social Martin Dusseault, le programme Bien dans mes baskets du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal utilise le basketball parascolaire comme outil d’intervention et de prévention auprès des jeunes à risque de décrochage, d’exclusion et de délinquance. C’est ainsi que chaque année, une centaine d’adolescents et d’adolescentes de l’école secondaire Jeanne-Mance se joignent aux équipes des Dragons pour jouer au basketball, tout en bénéficiant d’un accompagnement psychosocial.

Quand tout s’est arrêté au mois de mars, Martin Dusseault a immédiatement pensé à ses jeunes confinés à la maison, abandonnés à eux-mêmes et déconnectés brusquement de leur réseau scolaire, social et sportif. Il a alors eu l’idée de faire appel à l’équipe d’entraîneurs-intervenants bénévoles de Bien dans mes baskets pour maintenir le contact avec les joueurs des Dragons.

Créer un réseau de sentinelles

Pendant l’année scolaire, Bien dans mes baskets compte sur une équipe de 17 intervenants bénévoles qui entraînent neuf équipes de jeunes. Dès les premiers jours de la crise, chaque entraîneur s’est assuré de rejoindre tous ses joueurs sur les réseaux sociaux pour créer un groupe de soutien virtuel. Erica Godinho, qui coache un groupe de douze adolescentes, raconte : « Personnellement, je garde toujours contact avec mes filles. Lorsque Martin m’a sollicitée, j’étais déjà en train d’échanger avec les joueuses de mon équipe. » Cette ancienne joueuse des Dragons à l’école Jeanne-Mance, aujourd’hui étudiante en psychologie, connaît trop bien l’importance du rôle qu’elle joue dans la vie de ses filles et la force de l’identification au groupe.  

«Ça a été extraordinaire! Les entraîneurs n’ont pas hésité un instant à s’impliquer pour prendre soin de nos jeunes. Ils ont constitué un véritable réseau de sentinelles à l’affût des besoins et des problématiques vécus par les jeunes. On a ainsi pu maintenir le filet de sécurité habituellement apporté par le groupe.» – Martin Dusseault

Toutes les deux semaines depuis le début de la crise, les entraîneurs et les travailleurs sociaux du CIUSSS se rencontrent par ailleurs en vidéoconférence pour faire le point, discuter de l’évolution de la situation et voir les actions à poser pour soutenir les jeunes et leur famille. « On a travaillé fort dès le début, parce que rien ne se passait au niveau des écoles, souligne Martin Dusseault. On a donc pu voir rapidement les impacts du confinement chez nos ados et nous avons pu répondre à distance aux besoins, tout en respectant notre mission qui touche le sportif, le scolaire et le social. »

Une rencontre Zoom entraîneurs-joueurs de l’équipe juvénile masculin des Dragons

Maintenir la santé physique et mentale

Pour les jeunes athlètes des Dragons, habitués à faire entre 7 et 10 heures de basket par semaine, l’inaction engendrée par le confinement n’est pas allée sans créer de l’anxiété et un profond déséquilibre dans leur vie quotidienne. L’équipe des entraîneurs a donc rapidement tenu à stimuler et à motiver les jeunes à rester actifs en organisant des séances d’activités à distance et en leur proposant un programme d’entraînement adapté aux joueurs de basket. Ils leur ont également fait parvenir un guide de confinement spécialement concocté pour les Dragons avec des conseils pour les aider à s’organiser et maintenir de saines habitudes de vie. Au fil des semaines, plusieurs outils ont ainsi été créés pour assurer la santé physique et mentale de jeunes, tout en maintenant le sentiment d’appartenance au groupe.

Vidéo de James Rouzier, physiothérapeute bénévole pour l’équipe de Bien dans mes baskets

Alors que la crise a exacerbé plusieurs problématiques sociales et que 60 % des adolescents souffriraient de symptômes d’anxiété et de dépression, l’équipe de Bien dans mes baskets a également jugé essentiel de maintenir le contact avec les familles des joueurs. Toutes les semaines, un message est ainsi envoyé aux parents pour les tenir informés des activités de leur jeune et les sensibiliser au dépistage des problèmes de santé mentale. « Pour certaines familles, poursuit Martin Dusseault, on a été là rapidement et on a pu les aider à souffler et à faire la part des choses avec leur ado. » 

Stimuler le retour au travail scolaire

La pratique sportive peut être une source de motivation à l’école et un levier important pour mobiliser les jeunes. Mais en l’absence de pratiques régulières de basket, plusieurs entraîneurs ont dû mettre les bouchées doubles au mois de mai pour convaincre certains de leurs joueurs de se remettre au travail afin de sauver leur année scolaire. Ils ont alors réalisé que certaines familles n’avaient tout simplement pas accès à un ordinateur. Bien dans mes baskets a alors contacté le Fonds 1804 et le Sommet socio-économique pour le développement des jeunes des communautés noires, qui ont mis sur pied un projet visant à réduire la fracture numérique. Ce partenariat a permis de remettre à 18 familles de Dragons un ordinateur avec accès Internet illimité. De quoi retrouver le goût, sinon le moyen, d’étudier et de mener à bien ses travaux académiques !

Croire à l’avenir après la COVID

L’engagement et l’implication des entraîneurs bénévoles sont loin de s’arrêter avec le déconfinement ! En effet, comment redonner espoir à ces jeunes qui ont tout misé sur le basket s’ils ne peuvent plus partager le ballon ? Comme le précise Erica Godinho, « la plus grande inquiétude de mes joueuses, c’est de ne pas retrouver le basket à la rentrée. Je ne sais pas comment je réagirais à leur place. C’est tellement important dans leur vie ! » Aussi plus que jamais l’équipe de Bien dans mes baskets est à pied d’œuvre pour s’assurer que tous les joueurs puissent entrevoir positivement leur avenir immédiat et à long terme.

« Pour les jeunes, qui n’ont jamais été aussi longtemps loin de l’école, c’est une période critique. On va les accompagner tout l’été et on réfléchit à comment on va adapter nos pratiques pour la rentrée. Le sport, c’est notre outil, mais Bien dans mes baskets, c’est beaucoup plus que du basket. On est là justement pour ces moments-là. La pandémie est une crise de santé, mais aussi une crise sociale. »

Actuellement, les projets sur la table sont nombreux : organisation d’un gala annuel virtuel, élaboration d’une trousse de déconfinement à l’emblème des Dragons avec tout le nécessaire pour s’entraîner en solo cet été, mise au point de programmes d’entraînement sur Zoom et maintien du contact hebdomadaire avec les jeunes et leur famille. Alors que la distanciation sociale oblige à repenser les sports d’équipe, plusieurs coachs se sont également regroupés en comité pour planifier la rentrée et voir ensemble comment ils peuvent adapter leurs pratiques afin de poursuivre leur mission et continuer de rassembler les jeunes Dragons, en misant sur le sport comme source de motivation à l’école et dans la vie.

« Les entraîneurs bénévoles sont probablement les personnes les plus importantes dans la vie de nos jeunes. Sans eux, on n’aurait jamais été capables de joindre nos 108 jeunes et de garder contact avec eux. Le rôle qu’ils jouent depuis le début de la crise fait ressortir toute l’importance du sport, non pas pour gagner des compétitions, mais comme levier pour mobiliser les jeunes, stimuler leur persévérance scolaire et leur permettre de croire en eux malgré les défis et les difficultés. » – Martin Dusseault