Agroalimentaire

Favoriser l’achat local d’aliments bons pour la santé de l’économie et de la population…

Le 23 septembre 2020

Dans un contexte de relance économique, le gouvernement du Québec invite la population à favoriser l’achat local. C’est un appel à la solidarité qui peut certes contribuer à la santé de notre économie, mais qui ne garantit pas toujours au consommateur l’achat de produits alimentaires bons pour sa propre santé. Car l’estampille « Produit du Québec » ne dit rien sur la valeur nutritive des aliments.

À l’occasion de la rentrée scolaire, avez-vous feuilleté les circulaires de nos grandes bannières de l’alimentation ou de nos pharmacies ? Les promotions sont époustouflantes ! Boissons sucrées et énergisantes, grignotines, gâteaux, craquelins et sucreries rivalisent de bas prix et multiplient les 2 pour 1. Encore une fois, tous les prétextes sont bons pour mettre en vedette des aliments de piètre qualité nutritionnelle. Certains vont même oser les définir comme vos aliments « préférés » et vous inviter à faire le plein !

À ces stratégies de marketing classique, les publicitaires ajoutent désormais la possibilité pour les consommateurs de poser un geste vertueux en achetant local. C’est ainsi qu’on exploite davantage les mentions comme « Produits d’ici », « Super Québec » et qu’on appose allègrement des fleurs de lys ou des logos « Aliment Québec ». Or si personne n’est contre la vertu, trop souvent ces sceaux d’authenticité mettent en valeur des aliments hautement transformés et donc de faible valeur nutritive.

Appellation contrôlée

Actuellement, la province n’est pas un chef de file en ce qui concerne la qualité nutritive de la grande majorité de ses aliments transformés. Parmi les cinq catégories de produits étudiées par l’ Observatoire de la qualité de l’offre alimentaire, soit les céréales à déjeuner, les viandes, les pains tranchés, les soupes prêtes à servir et les barres granolas, il s’avère que ceux du Québec sont considérablement plus nombreux à être trop riches en sucre et en sel que leurs équivalents provenant de l’extérieur du Québec. Ainsi, plus de la moitié des produits transformés d’ici dépassent les 15 % de la valeur quotidienne en sucre par portion. Alors, avant de pouvoir offrir des aliments sains et nutritifs aux Québécois, beaucoup de chemin reste encore à parcourir ! Et puisque les maladies liées à l’alimentation nous coûtent des milliards de dollars, il est essentiel de redoubler d’efforts pour parvenir à des reformulations plus saines.

Le ministère de l’Économie travaille, à l’heure actuelle, sur un grand chantier visant à développer l’économie locale et régionale. À ce chapitre, des consultations publiques sont en cours. Le gouvernement caquiste souhaite ainsi favoriser l’achat et la production au Québec. Dans un article publié par La Presse, on mentionne que l’intention du gouvernement est : « d’identifier les secteurs dans lesquels on va être très généreux avec les entreprises qui ont des projets pour produire plus au Québec ».

circuit court

Un panier local

Promouvoir les aliments du Québec est excellent pour l’économie locale, la planète et, dans le cas des produits maraîchers, pour la santé physique, mentale et financière de nos agriculteurs. Toutefois, l’appellation « locale » n’est pas toujours synonyme de saine alimentation ! Et tous les « Aliments Québec » n’étant pas égaux, ils ne méritent pas la même promotion ni le même soutien.

Il est important de rappeler que les aliments ne peuvent pas être considérés comme de simples marchandises. Et que, à cet égard, les décisions du gouvernement auront des impacts sur nos environnements alimentaires et donc sur la santé de la population.

Les Québécois méritent une offre alimentaire saine et nutritive. Ils méritent aussi que leur argent soit investi intelligemment. C’est pourquoi la Coalition Poids déposera un mémoire dans le cadre des consultations sur le développement économique local et régional afin d’assurer une relance qui favorise un système alimentaire sain et durable. Nous recommanderons notamment une plus grande cohérence afin que les entreprises qui bénéficient, ou bénéficieront, d’argent public soient celles qui proposent les aliments que l’on veut voir au quotidien dans l’assiette des Québécois et non pas celles proposant des produits transformés qui nuisent à notre santé.

Et au risque de nous répéter : la mobilisation de l’ensemble des acteurs en saine alimentation demeure essentielle à la santé de notre économie ainsi qu’à celle de tous les Québécois.