Nouvelle étude

Gaspillage alimentaire au Québec: il est plus que temps d’agir!

Le 18 novembre 2019

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Une analyse du gaspillage alimentaire, basée sur les résultats de 4 études cas menées à Montréal vient d’être publiée. Constats (accablants) et pistes de solutions d’un rapport incontournable.

Intitulé Analyse du gaspillage alimentaire à Montréal : études de cas dans les secteurs commercial et industriel, le rapport signé par Éric Ménard, fondateur et coordonnateur du Réseau contre le gaspillage à Montréal (RÉGAL), fait plusieurs constats qui révèlent pourquoi cet enjeu majeur demeure largement ignoré par les différentes parties prenantes.

Définir le gaspillage alimentaire

Faute d’une définition commune de ce qu’est le gaspillage alimentaire, il est bien difficile de s’y attaquer de façon efficace. Éric Ménard définit ainsi les pertes et le gaspillage alimentaires (PGA) : « Toutes les parties comestibles d’un aliment destiné à la consommation humaine qui sont perdues, jetées ou détournées de l’alimentation humaine à un moment où l’autre de la chaîne alimentaire. »

Mesurer le gaspillage alimentaire : à quand une norme et une reddition de comptes ?

« Le manque de données et d’informations sur les pertes et gaspillages alimentaires représente un réel problème qui freine la mise en place de solutions adéquates », lit-on dans ce rapport. En regard de la difficulté à mesurer les PGA de façon uniforme et de la confidentialité des données des entreprises privées, l’auteur recommande la création et la mise en place d’une norme de comptabilisation et de reddition de compte applicable à l’ensemble d’un territoire.

Pour Éric Ménard, il est en outre très important de mesurer les PGA en tonnes plutôt qu’en dollars, pour avoir un portrait plus juste de la répartition du gaspillage du champ à l’assiette. C’est notamment le choix qu’avaient fait les auteurs d’un vaste rapport publié en janvier 2019 sur le gaspillage alimentaire au Canada.

Des chiffres ahurissants

En attendant que les divers acteurs du système alimentaire de Montréal mesurent leurs PGA de façon uniforme et systématique, Éric Ménard est allé sur le terrain pour collecter des données. Deux des quatre organisations les ont partagées de façon confidentielle.

Dans un supermarché : 116 tonnes de PGA générés et 57 tonnes de PGA par année évités grâce à des dons à des organismes de charité.

Chez un gros distributeur de fruits et légumes : 3200 tonnes de PGA sont générées chaque année chez Courchesne Larose et 1845 tonnes de PGA sont évités, grâce à des dons et la récupération effectuée par l’entreprise d’économie circulaire LOOP Mission. Ce tonnage détourné de la vente représente 2 % du tonnage transitant dans cette entreprise.

Dans une boulangerie industrielle : des 4893 tonnes d’aliments détournées de la vente pour consommation humaine, 4599 tonnes ont été redirigées vers l’alimentation animale et 293 tonnes ont été données à des organismes (PGA évités) en 2018.

  Les dons et la récupération cachent une grande quantité d’aliments jetés

Moisson Montréal : cet organisme redistribue environ 15 000 tonnes d’aliments par année. En 2018, 12 000 tonnes provenaient d’entreprises des secteurs industriel et commercial de la région de Montréal. Comme le montre le graphique ci-dessus, Éric Ménard fait l’hypothèse que « malgré les énormes quantités récupérées par Moisson Montréal, celles-ci ne seraient qu’une part possiblement minoritaire des aliments potentiellement récupérables actuellement jetés par ses fournisseurs. »

Des causes bien ancrées dans le système alimentaire actuel

Le coordonnateur du RÉGAL identifie, en plus de l’absence d’une norme et d’une reddition de comptes, trois autres causes profondes du gaspillage alimentaire.

L’aversion aux ruptures de stock. Les ruptures de stock sont perçues comme un risque à éviter, car le fait de manquer d’un produit spécifique amènerait le client à acheter ailleurs. Cette « culture » entraîne de la surproduction, des surplus invendus et ultimement des PGA.

« Les commerçants doivent […] miser sur d’autres pratiques que la surabondance pour fidéliser leur clientèle. »

Comme piste de solution, Éric Ménard recommande un changement de la culture commerciale et de consommation. Il souligne que la tolérance aux ruptures de stock sera longue à prendre racine, mais que les épiceries zéro-déchet la mettent déjà en pratique. Et il ne manque pas, au passage, d’inviter les consommateurs à reconnaître les effets néfastes que peuvent avoir leurs attentes et leurs comportements.

Les standards commerciaux. Les standards de perfection en matière d’apparence et d’emballage, ainsi que les mentions « meilleur avant » entraînent le rejet de grandes quantités d’aliments tout à fait comestibles et salubres, souligne Éric Ménard. Pour remédier à cette situation, il propose deux pistes de solutions :

  • Développer et soutenir les initiatives d’économie circulaire qui redirigent les aliments déclassés vers d’autres débouchés alimentaires.
  • Remettre en question certains standards commerciaux. Les fruits et légumes imparfaits vendus chez Maxi en sont un bon exemple.

La croissance à tout prix : plus on jette, plus on produit ! Le système alimentaire canadien engendre des millions de tonnes de nourriture excédant les besoins alimentaires de la population, parce qu’il repose sur un système économique basé sur une croissance infinie.

Face à ce constat, le coordonnateur du RÉGAL propose une « transition vers une décroissance conviviale ». Tout comme d’autres d’experts, il considère que la transformation du système économique actuel est incontournable si l’on veut réduire significativement les PGA générés par nos systèmes alimentaires et leurs multiples conséquences néfastes.

« Tous les secteurs de la société doivent être mobilisés pour faire en sorte que les aliments de notre système servent bel et bien à nourrir les humains et non pas les poubelles. »

Gaspillage et gaz à effet de serre : un enjeu majeur

Ce rapport, tout comme d’autres qui s’accumulent depuis plusieurs années (voir l’encadré ci-dessous), est un appel urgent à l’action, dans un contexte où les changements climatiques sont à l’ordre du jour. Comme le souligne Éric Ménard, un rapport de la FAO estimait déjà en 2013 que si le gaspillage alimentaire était un pays, il serait le troisième plus grand émetteur de gaz à effet de serre (GES) après la Chine et les États-Unis !

Source : Éric Ménard (2019). Analyse du gaspillage alimentaire à Montréal : études de cas dans les secteurs commercial et industriel.

Ce projet a été financé dans le cadre du Plan d’action régional 2017-2019 de Montréal – Métropole en santé.



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Visionnez également la conférence 100° donnée par Éric Ménard en décembre 2017.

 

Des rapports qui s’accumulent

De nombreux organismes régionaux, nationaux et internationaux ont tiré la sonnette d’alarme depuis quelques-années. En voici quelques-uns :