Haute-Mauricie

Niska en Action: une aventure sportive et valorisante pour les jeunes Autochtones

Le 25 avril 2019

À l’été 2018, six jeunes Atikamekws et deux intervenants jeunesse d’Opitciwan, en Haute-Mauricie, ont relevé un défi hors du commun : parcourir la distance entre La Tuque et Québec en canot, à la course et à vélo en moins de 50 heures, non-stop ! L’objectif : miser sur l’expérience du groupe pour se dépasser et développer de saines habitudes de vie. Ce projet pilote, développé par le Laboratoire DesÉquilibres de l’organisme Pour 3 Points en partenariat avec la communauté Atikamekw d’Opitciwan, a donné naissance à Niska en Action…

Fondateur et coordonnateur du Laboratoire DesÉquilibres, Luc Parlavecchio s’investit depuis plus de 15 ans dans le déploiement de programmes pour aider les jeunes vulnérables à développer leur plein potentiel par le sport et le plein air. Au début 2018, lorsque l’occasion de travailler avec le milieu autochtone s’est présentée, il n’a pas hésité un instant. « Le projet allait tout à fait dans le sens de la mission du laboratoire, raconte Luc Parlavecchio. Pour nous, c’était un beau défi de transférer notre expertise dans une autre culture. »

De Alter-Action à Niska en Action

Au départ, le projet Niska s’inspire du programme Alter-Action offert aux jeunes Québécois non autochtones. Ce programme, qui se déroule généralement sur 12 semaines, comprend une phase d’entraînement et la réalisation de défis collectifs d’envergure qui visent à rendre les jeunes plus confiants en leurs possibilités. Chaque projet Alter-Action inclut un volet de formation qui s’adresse aux intervenants sociaux, responsables d’encadrer l’aventure sportive, et un volet recherche qui assure l’émergence de nouveaux savoirs.

« En allant à Opitciwan, précise Luc Parlavecchio, je voulais mettre de côté le programme existant et repartir de zéro avec les membres de la communauté Atikamekw pour adapter les contenus et la philosophie à leur culture. » Jolène Chachai, intervenante en toxicomanie au Centre de santé d’Opitciwan, et Jonas-Élie Dubé, coordonnateur en sport et loisirs à la Maison des jeunes, accueillent le projet avec enthousiasme. « J’ai fait partie de l’équipe dès le commencement, précise Jolène Chachai. Quand j’ai vu que j’allais travailler avec des jeunes, j’ai tout de suite embarqué. »

Premier défi : une nuit en canot sur le réservoir Gouin

Le projet Niska est bientôt présenté aux jeunes de l’école secondaire Mikisiw. Six jeunes Atikamekws, entre 14 et 19 ans, s’engagent volontairement dans l’aventure sportive qui leur est proposée. Le programme prévoit huit semaines d’entraînement et la réalisation de deux défis mettant le canot à l’honneur. « On voulait faire vivre l’Atikamekw en nous, précise Jonas-Élie Dubé, en se déplaçant par les lacs et les rivières comme nos ancêtres. »

Niska en action

Dès le mois de mai, les jeunes commencent à s’entrainer avec leurs animateurs, Jolène Chachai et Jonas-Élie Dubé. « L’entrainement est essentiellement basé sur des jeux sportifs, commente Luc Parlavecchio. Ce sont des jeux inventés pour éliminer toute notion de comparaison ou de compétition. »  Que les jeunes jouent au soccer attachés par des cordes deux par deux ou à la patate chaude, le but de l’entraînement est de leur donner le goût de bouger tout en privilégiant des situations où ils doivent s’entraider et interagir pour développer le sentiment d’appartenance au groupe.

« On se tient en forme sans s’en rendre compte. L’objectif n’est pas tant d’entraîner les jeunes que de les convaincre qu’ils sont capables de le faire. » – Luc Parlavecchio

À la fin des quatre premières semaines de préparation physique, les jeunes Atikamekws relèvent leur premier défi : une nuit en canot sur le réservoir Gouin. « On voulait voir comment les jeunes allaient réagir, raconte Jonas-Élie Dubé. C’était la première fois qu’ils faisaient autant d’efforts physiques et ils avaient des petits moments de découragement. Mais une fois l’excursion terminée, nos jeunes étaient prêts pour la suite de l’aventure. »

Deuxième défi : 250 kilomètres en canot, à la course et à vélo

Au bout des huit semaines d’entrainement, les jeunes Atikamekws se lancent dans le grand défi final. Après une descente de la rivière Saint-Maurice de La Tuque à Trois-Rivières, ils se rendent jusqu’à l’Assemblée nationale, à Québec, à la course ou à vélo, toujours à relais. Un parcours de 250 kilomètres franchi en 50 heures, jour et nuit !  « Le relais, poursuit Luc Parlavecchio, rassemble les valeurs de coopération, de solidarité et de persévérance que nous prônons. Tout seul, aucun des jeunes n’aurait imaginé parcourir une telle distance. Mais en se partageant la tâche, ils arrivent à relever des défis qui leur semblaient impossibles. »

niska en action

« L’aventure sportive permet aux jeunes de réaliser qu’avec de la persévérance et en étant solidaires, ils peuvent accomplir de grandes choses. Le but est de former des êtres autonomes, fiers et confiants dans l’avenir. » – Luc Parlavecchio

Sur la route du retour par autobus, les jeunes se sont arrêtés au Rassemblement des jeunes et des aînés des Premières Nations, à Saint-Léonard-de Portneuf, où ils ont reçu les félicitations de Ghislain Picard, chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, et de Constant Awashish, grand chef du Conseil de la Nation Atikamekw. Un événement tout à fait en lien avec la philosophie de Niska en Action !

De gauche à droite: Luc Parlavecchio, Jonas-Élie Dubé et Jolène Chachai

Le parcours « Éductraineur »

Parallèlement à l’aventure sportive, Jolène Chachai et Jonas-Élie Dubé ont suivi le parcours « Éductraineur » de Pour 3 Points, un volet de formation sur le sport comme outil de développement psychosocial. « On suivait la formation en même temps qu’on faisait l’entrainement avec les jeunes, explique Jonas-Élie Dubé. Ce qu’on apprenait, on le mettait tout de suite en application sur le terrain. » En plus d’outiller concrètement les intervenants avec des techniques d’animation, ce programme vise à développer leurs habiletés à utiliser le sport et le plein air pour favoriser le développement humain et devenir des agents de changement dans leur communauté.

« Après l’entrainement, on revenait sur l’activité avec les jeunes et on faisait des liens avec ce qu’ils vivent pour les faire réfléchir à comment ils peuvent s’en sortir quand ils vivent des difficultés. C’est quelque chose que je veux mettre en pratique dans mon travail. » – Jolène Chachai

En plus du volet sportif et du volet formation, le projet Niska comprend également une recherche-action partenariale visant à identifier les éléments qui facilitent le transfert d’expertise d’une culture à une autre. Pour Luc Parlavecchio, le partage des connaissances et des savoirs est primordial pour que les intervenants puissent s’approprier le programme et développer d’autres projets dans leur communauté.

Le défi de croire en soi

Tant pour les jeunes participants que pour les intervenants, les effets du projet Niska sont super positifs. « Ici, on a beaucoup de problèmes d’alcool et de drogue, précise Jolène Chachai. Ça va beaucoup aider la communauté de faire du sport de cette façon-là. » Jonas-Élie Dubé ajoute que plusieurs jeunes participants se sont mis à s’entrainer régulièrement et ont adopté de saines habitudes de vie. L’un d’eux a même repris confiance au point de retourner sur les bancs d’école.

Les résultats de plusieurs recherches-actions ont déjà permis de constater que le programme Alter-Action développe les habiletés de vie des jeunes en augmentant leur estime de soi, leur sentiment d’appartenance, leur motivation et leur persévérance. Autant de bénéfices dont témoignent également les jeunes qui ont participé au défi Niska.

« Ça a beaucoup apporté à nos jeunes d’aller jusqu’au bout, même si ce n’était pas toujours facile. Ils ont cru en eux et aujourd’hui ils en sont fiers ! » – Jolène Chachai

Un projet dédié aux Autochtones

Le projet-pilote développé à Opitciwan n’a pas tardé à rayonner. En mars 2019, le Centre d’amitié autochtone de Lanaudière a développé son propre projet Niska en Action. Après un entrainement de huit semaines, dont une marche nocturne de 13 kilomètres en raquettes, six jeunes et six intervenants ont effectué une course à relais de 24 heures entre Montréal et Ottawa.

À Opitciwan, Jolène Chachai et Jonas-Élie Dubé sont déjà à organiser le prochain défi sportif. Monsieur Dubé songe même à une grande cyclo-aventure entre Opitciwan, Wemotaci et Manawan qui regrouperait les trois communautés de la Nation Atikamekw. « Si j’ai un rêve, conclut Luc Parlavecchio, c’est que les Autochtones s’approprient totalement le programme et que chaque communauté développe son propre projet Niska en Action. »

« Tous les jeunes, quelle que soit leur vulnérabilité, doivent avoir la possibilité de développer leur plein potentiel pour devenir des adultes épanouis, résilients, en bonne santé et engagés dans leur communauté. » – Luc Parlavecchio



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Vous travaillez auprès des jeunes et vous souhaitez enrichir votre pratique dans les secteurs du développement social, du sport et du plein air ? Renseignez-vous sur la formation Éductraineur de Pour 3 Points, conçue à l’intention des intervenants sociaux.

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