Changer les règles

Sport amateur : 3 idées radicales pour favoriser le développement des jeunes

Le 26 février 2018

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La participation au sport implique parfois des agressions, des violations de règles et du dopage. Et si le sport était plutôt reconnu comme modèle de développement humain ? Quelles règles pourrait-on changer pour contrer la sacro-sainte culture de la victoire, et au contraire encourager l’émulation personnelle ?

Cette année, dans la ligue où je suis entraîneur de basket de jeunes de 13 et 14 ans, un entraîneur a tenté de motiver ses jeunes en criant que ceux de mon équipe étaient mauvais. Au tout début de la saison, un autre a déjà adopté une stratégie défensive qui augmentait ses chances de victoire, mais qui brûlait toutes les étapes d’enseignement des bases de la défensive. Moi-même, je me sens parfois coupable de limiter un peu trop à mon goût le temps de jeu de jeunes moins habiles en faveur de jeunes plus talentueux.

La culture de la victoire comme mesure du succès est l’une des causes principales des comportements inappropriés en sport. Quels changements pouvons-nous envisager ? Je me suis permis de rêver à trois idées pour que l’expérience en sport favorise des apprentissages plus sains pour nos jeunes.

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Crédit photo : Karjessy

1- Éliminer les tableaux de pointage et les classements

L’entraîneur John Wooden définissait le succès comme « la paix d’esprit résultant de la satisfaction d’avoir fait de son mieux pour devenir la meilleure version de soi-même ». Selon cette définition, qui se résume par la notion de dépassement de soi, les tableaux de pointage et les classements ne sont pas nécessaires, surtout chez les très jeunes joueurs.

D’ailleurs, le généticien et philosophe Albert Jacquard s’opposait à la compétition. Selon lui, la compétition « transforme des êtres humains en une nouvelle espèce, intermédiaire entre les humains et les monstres ». Farfelu ? Pas du tout. Qu’est-ce qui entraîne la tricherie et les agressions ? Principalement la volonté de vaincre l’autre. Oui, se comparer à l’autre peut permettre de se dépasser, mais il ne s’agit pas là de compétition, mais d’émulation. Ce concept implique qu’on se compare aux autres non pas pour les battre, mais pour évaluer notre propre progression. Nuance. Dans un tel contexte, on se réjouit de rencontrer un individu meilleur que nous parce qu’il nous aide à nous améliorer.

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Crédit photo: Alain Wong

L’idée d’éliminer les pointages est inusitée parce qu’elle confronte, au-delà du sport, la valeur qu’on accorde à la performance au sein de la société. Et même ceux qui prônent une philosophie de développement diraient que les pointages et les classements constituent des facteurs qui favorisent le dépassement de soi. Or, il est encore plus exigeant de se dépasser sans ces facteurs de motivation. C’est ce que démontre notamment la pratique du yoga qui, sans compétition, demande un degré élevé de conscience et de mobilisation sur les plans physique, émotionnel, mental et même spirituel.

Au fait, le plaisir n’est-il pas la première raison de pratiquer le sport ? La Norvège a fait l’actualité récemment en raison de ses résultats impressionnants à Pyeongchang. Un ingrédient de son succès ? Aucun pointage avant l’âge de 13 ans, l’idée étant de faire du sport une partie intégrante du développement social des jeunes, de manière à ce que la motivation à la participation sportive soit le plaisir et non la victoire. Qu’attendons-nous au Canada ?

2- Bannir les arbitres

L’arbitrage représente une mesure de contrôle assurant le respect des règles. Si les sportifs s’engagent de bonne foi à respecter les règles et à éviter de recourir à des moyens illégaux, l’arbitrage devient dès lors inutile. D’ailleurs, le sport se joue sans arbitre dans les cours de récréation et ruelles. Ce n’est qu’en sport fédéré qu’on nous conditionne dès le plus jeune âge à l’arbitrage. Curieux, non ?

Pourtant, des sports comme l’Ultimate Frisbee font la démonstration que l’arbitrage n’est pas nécessaire. Ce sport tient pour acquis qu’aucun joueur ne violera les règles intentionnellement. De plus, les joueurs savent que l’intégrité du Ultimate Frisbee repose sur la responsabilité de chaque joueur de respecter la philosophie du jeu.

L’autoarbitrage est difficile à imaginer, surtout aux niveaux de compétition les plus élevés, puisqu’il augmente significativement le risque de conflits. Or, c’est justement ce qui fait de l’autoarbitrage un vecteur d’éducation important pour les jeunes : apprendre à argumenter pour faire valoir son point de vue et favoriser l’échange dans le respect, même en situation de stress. Et si l’arbitre devenait plutôt un modérateur des discussions lors des matchs autoarbitrés par les jeunes ? Complexe, j’en conviens, mais permettons-nous de rêver !

volleyball feminin

3- Créer la Ligue professionnelle des pratiques

Les matchs des équipes sportives professionnelles attirent les foules et nous intéressent aux résultats des matchs, alors que les pratiques, elles, sont désertes. « We talkin’ about practice ! » est d’ailleurs une expression célèbre de la légende de la NBA Allen Iverson afin de signifier le peu d’importance des pratiques.

Sur le plan du divertissement, les pratiques des sportifs professionnels sont de peu d’intérêt. Or, au niveau éducatif, ces pratiques représentent d’excellents modèles pour illustrer aux jeunes qu’on ne devient pas habile en criant ciseau. Que l’entraînement implique de fournir des efforts et de se concentrer méthodiquement sur son processus de progression.

Bien sûr, les équipes sportives professionnelles offrent de façon ponctuelle accès à leurs entraînements, mais pourrions-nous rêver à la Ligue des pratiques, qui permettrait d’acheter des billets pour voir régulièrement les équipes à l’entraînement ? Je serais preneur.

Crédit photo: Karjessy

Nous sommes chacun responsables du changement

La modification des règles de financement offert par nos gouvernements aux fédérations sportives représente certainement un autre levier pour s’éloigner de la culture de la victoire. De nouvelles règles pourraient inciter les fédérations à être dans une plus grande mesure imputables de l’éthique sportive, de la réussite éducative des jeunes et de l’adoption de saines habitudes de vie. Mais en attente que ce changement se produise au niveau gouvernemental, j’invite chacun à cogiter mes idées proposées ci-dessus, aussi radicales peuvent-elles sembler. Entraîneurs, parents, professeurs, directeurs d’école, intervenants… Nous avons tous un rôle à jouer, même à petite échelle, dans la qualité du milieu sportif que nous offrons à nos jeunes !



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Crédits photos : Manny Fortin – Republik et Karljessy photographe