Jardinage pédagogique

Favoriser l’intégration des jeunes immigrants par le contact avec les plantes et la nature

Le 26 novembre 2018

Professeure titulaire au Département de psychopédagogie et d’andragogie de l’Université de Montréal, Jrène Rahm s’intéresse à l’apprentissage des sciences particulièrement dans des environnements informels, comme les jardins botaniques ou les clubs de sciences. Dans une récente étude publiée dans la revue Environmental Education Research, elle met de l’avant l’importance de la relation avec la nature pour favoriser l’intégration sociale des jeunes immigrants de milieux défavorisés.

Dans le cadre de projets de recherches, Jrène Rahm a suivi deux groupes de jeunes majoritairement composés d’immigrants de première génération. Le premier groupe, formé d’enfants de 8 à 12 ans, participait à un club d’art et de sciences organisé en collaboration avec l’organisme PROMIS qui vient en aide aux immigrants et aux réfugiés. Le second regroupait de jeunes adolescents de 12 à 14 ans au sein d’un club scientifique parascolaire mis sur pied dans une école secondaire de Montréal. La professeure, qui a accompagné ces jeunes pendant plus de deux ans, a pu constater à quel point leur participation à ces activités a contribué au développement de leur identité et favorisé leur intégration à leur nouveau milieu de vie.

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Miser sur les arts et les sciences

« Nous voulions que les jeunes s’intéressent aux sciences sur le plan personnel, explique Jrène Rahm. Nous les avons donc mis en relation avec les sciences de façon créative et ludique. » Alors que les plus jeunes devaient prendre des photos de plantes avec une caméra prêtée et en tirer une œuvre, les adolescents du secondaire ont entrepris un documentaire vidéo sur le thème de la biodiversité dans l’espace urbain. Tous les jeunes étaient appelés à exprimer leurs idées et à collaborer. Une fois terminées, leurs productions ont été présentées à l’ensemble de la communauté lors d’une exposition au centre culturel.

« Les projets de co-création contribuent grandement à l’inclusion des jeunes immigrants, car chacun a son propre regard sur la nature et son expérience. C’est aussi l’occasion de faire quelque chose de beau qui les valorise et qu’ils peuvent partager. » – Jrène Rahm

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La visite au Jardin botanique

Jrène Rahm s’intéresse principalement à la relation des jeunes avec la nature. Dès le démarrage des projets, elle a donc proposé une sortie au Jardin botanique de Montréal pour permettre aux participants d’interagir avec les plantes en contexte réel. En entrant dans la serre tropicale, un jeune d’origine jamaïcaine s’est mis spontanément à raconter des souvenirs et des histoires à partir des plantes de son pays d’origine. « Les plantes leur permettent de renouer avec la nature et de se sentir bien, observe Jrène Rahm. Elles favorisent un développement identitaire ancré dans le respect de la terre et de soi-même, en même temps que la construction d’un équilibre entre le corps et l’esprit. »

La professeure, qui a mené plusieurs projets de recherches en collaboration avec le Jardin botanique de Montréal, a pu constater de visu à quel point les jeunes montrent un intérêt réel pour les plantes. Elle émet d’ailleurs le souhait que les écoles et les organismes communautaires qui agissent auprès des jeunes immigrants de milieux défavorisés organisent davantage de visites au Jardin botanique. « Il faut multiplier ce genre de projets, précise-t-elle, car les jeunes immigrants ont souvent peu d’occasions de sortir de leur quartier. Or, le Jardin botanique de Montréal leur offre un potentiel d’expériences positives formidable. »

« Les jardins botaniques devraient être vus à la fois comme des espaces d’éducation non formelle et comme des sanctuaires de développement des jeunes. » – Jrène Rahm

Favoriser les partenariats écoles-communautés

Au cours du projet de recherche, les activités du club scientifique étaient supervisées par des étudiants du programme de formation des maîtres. « Dans mes cours, précise la professeure Rahm, c’est très important pour moi d’encourager mes étudiants à travailler avec les organismes communautaires. » En tant qu’enseignante à la Faculté des sciences de l’Éducation, Jrène Rahm croit en effet que l’école ne peut plus, à elle seule, répondre aux différents besoins des jeunes d’aujourd’hui.

« Dans les facultés d’éducation, on reste encore très ancrés dans le scolaire, poursuit-elle, mais les écoles auraient avantage à créer des partenariats avec les programmes communautaires et les institutions comme le Jardin botanique pour augmenter la richesse des occasions d’apprentissage des jeunes. »

Tout en reconnaissant que les ressources financières font trop souvent défaut, elle considère que c’est uniquement par l’établissement de réseaux incluant les ressources d’apprentissages scolaires et hors scolaires, que nous arriverons à améliorer la réussite des jeunes. Tout particulièrement celle des enfants des milieux défavorisés ou d’origine immigrante qui ont moins d’occasions de participer aux différents clubs scientifiques, aux activités scientifiques parascolaires ou aux camps de sciences.

Une approche éducative plus holistique des sciences

L’étude de Jrène Rahm propose également d’adopter une approche plus relationnelle et expérientielle de la transmission du savoir relatif aux plantes. « On est trop souvent dans la seule transmission des connaissances, précise-t-elle. Je m’inspire davantage de l’approche holistique, dans laquelle l’être humain fait partie de la nature. » En insistant sur l’importance de laisser les jeunes découvrir la nature à leur rythme, elle déplore que les visites scolaires au Jardin botanique soient souvent trop brèves et casées dans un horaire trop serré pour permettre aux jeunes de vraiment explorer et vivre une interaction plus étroite avec les plantes.

Jrène Rahm, qui a œuvré comme professeure à l’Université du Northern Colorado jusqu’à son arrivée en 2002 à l’Université de Montréal, a collaboré à plusieurs projets avec des organismes tels que Croquarium et Les Scientifines. Son grand rêve est que chaque jeune ait la possibilité de développer ses compétences en sciences, son goût d’apprendre et une vision positive de lui-même, en étant stimulé de façon favorable dans ses projets de vie. Permettre à tous les jeunes de bâtir une véritable relation avec la nature est, selon elle, la meilleure façon de leur donner toutes les chances de réaliser leur plein potentiel.