Milieu scolaire / Éducation

Actif au quotidien: une triade pour soutenir le développement moteur des élèves

Actif au quotidien: une triade pour soutenir le développement moteur des élèves

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Parmi les initiatives qui encouragent les jeunes à bouger dans les écoles du Québec, Actif au quotidien propose une formule unique qui consiste à faire collaborer l’enseignant·e, l’éducatrice du service de garde et l’enseignant·e en éducation physique. Entrevue avec Marie Claude Lemieux, une des co-conceptrices du projet, et Valérie B. Pelletier, qui accompagne les écoles des régions de Québec et de Chaudière-Appalaches.

Françoise Ruby

Françoise Ruby

JOURNALISTE | 100º

Un peu de contexte. Lancé en 2013, et actuellement implanté dans 130 écoles de Québec et de Chaudière-Appalaches, Actif au quotidien est un projet du RSEQ Québec–Chaudière-Appalaches (RSEQ-QCA) qui a été développé en collaboration avec le Centre de services scolaire de la Capitale.  En 2020, son déploiement a commencé dans huit autres régions, sous l’égide du RSEQ provincial.

Actif au quotidien repose sur un principe simple : la concertation a bien meilleur goût quand il s’agit de favoriser le développement moteur d’un enfant qui entre à l’école. « Bien des petits arrivent en maternelle avec un décalage moteur qu’il est important de rattraper », souligne Marie-Claude Lemieux, agente de développement en activité physique à l’URLS de la région de la Chaudière-Appalaches.

L'union fait la force

Le tonus musculaire et la coordination constituent en effet des habiletés importantes dans le développement global de l’enfant, mais aussi dans son parcours scolaire, car l’enfant a besoin de maîtriser des mouvements complexes pour faciliter ses apprentissages. « Attraper un ballon fait travailler la coordination œil-main, ce qui facilite l'apprentissage de l'écriture où il faut retenir l'information visuellement et la transposer à l'écrit », explique Marie-Claude Lemieux.

La « triade » à la base d’Actif au quotidien inclut l’enseignant·e du préscolaire ou du 1er cycle, l’éducatrice du service de garde et l’enseignant·e en éducation physique. « Souvent, ces trois personnes se parlent très peu ou pas, faute de temps, indique Valérie B. Pelletier, coordonnatrice pour le secteur mode de vie physiquement actif du RSEQ-QCA et formatrice pour Actif au quotidien. Or, elles ont toutes un rôle à jouer dans le développement moteur des enfants. Nous sommes là pour leur montrer comment augmenter les opportunités de bouger au quotidien et pour les outiller afin que leurs actions soient complémentaires et cohérentes. »

Marie-Claude Lemieux

Une implantation sur deux ans

Ce sont les centres de services scolaires qui proposent la démarche Actif au quotidien aux directions d’écoles, à travers leurs services éducatifs ou par l’entremise de leurs conseillers pédagogiques. Pour faciliter l’implantation de la démarche dans les écoles, le RSEQ-QCA offre un accompagnement sur deux ans.

Une première rencontre d’une demi-journée permet à la triade de bien comprendre la démarche et la convergence de leurs rôles respectifs. Une seconde rencontre d’une demi-journée est consacrée à l’élaboration d’un plan d’action concerté. « Je soutiens les membres de la triade dans l'élaboration de ce plan en leur donnant des exemples de projets possibles, indique Valérie B. Pelletier. Et je les guide selon leurs choix vers les ressources appropriées. On gagne ainsi beaucoup de temps et on évite le syndrome de la page blanche. »

La formatrice rencontre par la suite les membres de la triade individuellement, soit quatre fois au cours de la première année et deux fois au cours de la deuxième année, tout en restant disponible par courriel ou par téléphone au besoin.

La formation permet également aux intervenants de s’approprier un argumentaire afin de bien expliquer aux parents l’essence de la démarche. De plus, la triade a accès à un site internet très complet que Valérie B. Pelletier bonifie de façon mensuelle. Ce site inclut des outils, des banques d’activités, des articles, ainsi que les documents de formation.

Valérie Boulay-Pelletier

Reconnaître et valoriser le rôle de chacun·e

Au cours de la formation, chaque intervenant·e prend conscience de l’importance de son rôle auprès des enfants, tout en comprenant mieux le travail de ses collègues.

Cette collaboration valorise les enseignant·e·s d’éducation physique et les éducatrices du service de garde, dont le rôle est sous-estimé dans les apprentissages scolaires. « J’entends trop souvent dire que la première ne fait que jouer avec les enfants ou que le second n’est qu’un pousseux de ballon, déplore Valérie B. Pelletier. La co-construction du plan d’action, ainsi que la planification annuelle commune permettent de mettre les compétences et les forces de chacun à profit. Ça devient un travail d’équipe motivant ! »

Développement moteur: une étape à la fois

« Jouer à la tague avec des enfants de maternelle en début d’année est une étape trop hâtive, qui risque de provoquer bien des collisions, précise la formatrice. Ils ne savent pas encore comment s’arrêter ou changer de direction. Donc, avant de se courir après, ils doivent apprendre à maîtriser leur corps, grâce à des jeux plus simples. Ensuite, ils pourront se déplacer en tenant compte de ce qu’il y a autour d’eux. »

« Faire jouer des enfants de 4 ou 5 ans, au soccer avec un ballon et deux buts, risque d’en décourager plus d’un, faute d’occasions de toucher le ballon ou de marquer, parce qu’il court moins vite que le meneur, poursuit Valérie B. Pelletier. Ce dont on a besoin à cet âge, c’est de 15 ballons pour 15 enfants et de plusieurs buts, pour que chacun ait l’occasion d’essayer quelque chose, de marquer et de devenir compétent à force de répétitions, ajoute Valérie B. Pelletier. Sinon, ceux qui ont le plus besoin de bouger risquent d’être aussi ceux qui trouvent les sports d’équipe très démoralisants… »

Parlant de moral, Marie-Claude Lemieux ajoute que si le développement moteur joue un rôle fondamental pour préparer l’enfant à l'apprentissage scolaire, il est également indispensable à la socialisation. « Quand tu n’es pas bon, on ne te prend pas dans l’équipe, quand tu n’es pas habile on ne te choisit pas. L’acquisition d’habiletés motrices facilite l’intégration au groupe, un point vraiment très important pour les enfants. »

Des interventions et des changements simples

Bien accompagner les enfants dans leur développement passe très souvent par des gestes simples. « Je ne suis pas là pour ajouter aux tâches des enseignant·e·s et de l’éducatrice ni pour mettre de côté tout ce qu’ils font déjà, spécifie Valérie B. Pelletier. Mon travail consiste plutôt à leur montrer comment intégrer certaines activités quotidiennes et à leur faire comprendre l’importance de la cohérence de leurs interventions. »

« Ça peut être aussi simple que de convenir d’une séquence commune d’habillage et de déshabillage en hiver, poursuit-elle. S’habiller est une belle occasion de prendre conscience de son corps et de bien coordonner ses mouvements. Si les deux enseignant·e·s et l’éducatrice donnent les mêmes consignes aux enfants, ceux-ci vont maîtriser ces gestes beaucoup plus rapidement. »

L’arrivée au gymnase est un autre moment qui peut faire l’objet d’une décision commune. Plutôt que d’avoir chacun leur routine, qui bouscule les repères des enfants, les membres de la triade s’entendent pour donner la même consigne, par exemple de s’asseoir sur la ligne rouge en arrivant. Cette transition est alors plus ordonnée et agréable pour tout le monde !

« Quand les enfants sont prêts à jouer à la tague, ce jeu peut également être adapté de façon à ce que tous les enfants restent actifs, même ceux qui ont été touchés, mentionne Marie-Claude Lemieux. Plutôt que de rester sans bouger, les enfants ont un défi à relever, comme sauter dans trois cerceaux, lancer une poche de sable dans une boîte ou se tenir sur un pied pendant deux respirations. »

Cette « élimination active » présente deux avantages. D’une part, l’enfant touché, qui est souvent celui qui a le plus besoin de bouger, continue à s’amuser tout en restant actif. D’autre part, l’éducatrice a moins de gestion de comportements à faire parce que c’est difficile de rester fâché en respirant !

Même les dessins des enfants donnent des indications précieuses sur leur développement moteur, comme l’explique Marie-Claude Lemieux. « Si on fournit seulement aux enfants des feuilles avec les éléments principaux déjà dessinés, on risque de passer à côté d’une information importante. Mais si la feuille est vierge, l’endroit où l’enfant dessine son arbre sur la feuille peut donner une bonne indication sur comment il se perçoit dans l'espace, par rapport à lui-même, aux autres ou aux objets qui l’entourent. »

Sortir de sa zone de confort

S’engager dans la démarche Actif au quotidien demande de la souplesse puisque l’objectif est de donner plus d’occasions de bouger aux enfants, en modifiant certaines pratiques. « C’est sûr qu’on va essayer des choses nouvelles qui vont peut-être sortir les enseignant·e·s, les éducatrices et la direction de l’école de leur zone de confort, reconnaît Valérie B. Pelletier. Notre force, c’est que nous sommes toujours en mesure de bien expliquer les avantages de nos propositions. »

Marie-Claude Lemieux donne l’exemple de l’organisation des groupes au service de garde, qui fait partie des propositions suggérées lors du plan d’action. « Si une des éducatrices aime particulièrement aller dehors avec les enfants et qu’une autre excelle dans les projets d’arts, pourquoi ne pas fonctionner par activité plutôt que par éducatrice ? Si la personne responsable du service de garde accepte la proposition, le changement se fait de façon graduelle afin que tout le monde ait le temps de s’adapter. »

Des freins et des solutions

L’obstacle partagé le plus fréquemment par les enseignant·e·s est la crainte de la surcharge de travail. « Sachant que chacun a déjà beaucoup à faire, mon objectif est d’être "un plus" et non pas "en plus", indique Valérie B. Pelletier. L’idée est de partir de ce qu’ils font déjà et d’y ajouter une touche différente. Par exemple, en demandant quelques fois par semaine aux enfants de lire ou dessiner dans la position du sphinx, ce qui travaille le tonus des épaules. »

« Il faut y aller pas à pas, ajoute Marie-Claude Lemieux. Si la personne préfère ne pas aller au gymnase, elle peut commencer par travailler les postures d’équilibre, de yoga ou des jeux stationnaires dans sa classe. L’accompagnement individuel permet de tenir compte des forces et des préférences de chaque intervenant plutôt que d’imposer une façon de faire. »

La formation Actif au quotidien consiste à aider les membres de la triade à changer de lunettes et à voir le potentiel de bouger un peu partout, même dans un petit local ou avec peu de matériel, deux objections souvent soulevées. « Nous connaissons bien l’environnement scolaire et nous avons mis au point des façons de répondre à la plupart des scénarios », souligne Valérie B. Pelletier.

Chaque année, la formatrice offre d’accompagner le nouveau personnel qui arrive dans les écoles où Actif au quotidien est implanté. « Les nouveaux ont besoin d’information et de soutien pour comprendre pourquoi et comment modifier leurs pratiques, afin de se joindre de façon fluide à la démarche, explique-t-elle. Nous laissons des traces tangibles qui vont au-delà des individus. Les corridors actifs ne passent pas inaperçus, bien sûr, ni les affiches de postures actives dans les classes. Et plusieurs pratiques sont décrites dans la planification de certains services de garde, comme les pauses et les éliminations actives ou les suggestions de postures de jeu différentes. »

Déploiement provincial en cours

Dans les régions de Québec et Chaudière-Appalaches, 130 écoles, réparties dans neuf conseils de services scolaires, ont mis Actif au quotidien en place. « Ça représente 1200 personnes formées ! » se réjouit Marie-Claude Lemieux.

La pertinence et le succès d’Actif au quotidien n’ont pas manqué d’attirer l’attention du ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, qui a confié le déploiement du programme dans l’ensemble du Québec au RSEQ provincial.

Valérie B. Pelletier et Marie-Claude ont formé en profondeur une équipe qui déploie le programme depuis 2020 dans d’autres régions, mais dont le travail est ralenti par la pandémie. Tous les enfants qui entrent à l’école au Québec méritent en effet de tirer profit d’un projet aussi bien ficelé, qui a vu le jour grâce à l’expertise et au dynamisme du centre de services scolaire de la Capitale et du RSEQ-QCA.

Pour en savoir plus: Actif au quotidien

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