Milieu scolaire / Éducation

Polices de boîtes à lunch à l’école: une pratique contre-productive

Polices de boîtes à lunch à l’école: une pratique contre-productive

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Depuis le lancement de la Politique-cadre Pour un virage santé à l’école, en 2007, de nombreuses écoles ont répondu à l’appel du ministère de l’Éducation et mettent en œuvre des initiatives qui visent à développer de saines habitudes alimentaires des élèves . Des initiatives louables, mais qui entraînent parfois quelques dérives, comme des interventions visant à restreindre certains aliments jugés « non santé » dans la boîte à lunch des élèves.

Lucie Laurin, Dt.P.

Lucie Laurin, Dt.P.

Chargée de projet et formatrice, Association québécoise de la garde scolaire

Ces actions laissent place à une multitude d’interventions de contrôle auprès des élèves et de leurs parents. On constate, entre autres, le retrait d’aliments ou de boissons, des réprimandes et des avis aux parents. Pourtant, ce type d’interventions obtient des résultats mitigés, génère des plaintes de nombreux parents et n’est pas recommandé dans la politique-cadre Pour un virage santé à l’école. 

 

repas à l'école

Jusqu’où va le rôle de l’école dans le contenu de la boîte à lunch?

Les critères de la politique-cadre qui régissent l’offre d’aliments et de boissons offerts par l’école sont parfois mal interprétés et appliqués à tort aux aliments apportés par l’enfant. L’intention d’encourager les élèves à s’alimenter sainement est louable, mais le moyen utilisé peut entraîner des effets négatifs sur la stigmatisation et sur le développement de comportements alimentaires sains.

Selon la politique-cadre Pour un virage santé à l’école, le rôle de l’école est de :

  • aider l’élève à bien manger en lui accordant suffisamment de temps et une ambiance agréable à la période des repas et des collations ;
  • encourager l’élève à manger à sa faim et à son rythme, car il est le meilleur juge de son appétit ;
  • donner l’exemple en offrant des aliments nourrissants lors des activités et des occasions spéciales. Limiter les aliments moins nutritifs qu’à quelques occasions durant l’année scolaire.
  • adopter des stratégies éducatives favorables au développement de saines habitudes alimentaires, d’une image corporelle positive et d’une relation saine avec la nourriture.
  • faire découvrir une variété d’aliments en suscitant la réflexion quant à leur couleur, forme, texture, odeur et saveur ;
  • avoir un discours positif sur les aliments et axé sur le plaisir de manger et de cuisiner des aliments nutritifs ;
  • parler des aliments en termes de carburant pour que le corps fonctionne bien ;

Le rôle du parent, quant à lui, est de déterminer le contenu de la boîte à lunch de son enfant.
 
L’école peut l’encourager à y intégrer une variété d’aliments nutritifs et y placer les aliments moins nutritifs en plus petite quantité, mais elle doit laisser le choix au parent.

L’enfant, pour sa part, déterminera les aliments qu’il veut consommer en fonction de sa faim et de ses goûts.

L’école peut accompagner l’enfant à développer son autonomie à bien se nourrir par la mise en place d’un contexte de repas convivial et par l’adoption de stratégies éducatives. 

boîte à lunch

Adopter une vision positive de la saine alimentation

Selon la vision de la saine alimentation pour la création d’environnement favorable à la saine alimentation, une saine alimentation est constituée d’aliments diversifiés et donne priorité aux aliments de valeur nutritive élevée sur le plan de la fréquence et de la quantité. En plus de leur valeur nutritive, les aliments véhiculent une valeur gastronomique, culturelle ou affective. Ce faisant, il est normal que les aliments et boissons de faible valeur nutritive se retrouvent parfois dans la boîte à lunch des enfants. Ainsi, l’équipe-école doit éviter de porter des jugements de valeur en ce qui concerne le contenu de la boîte à lunch préparée par les parents. De même, elle ne peut juger de la qualité de l’alimentation d’un élève simplement en analysant quelques repas pris à l’école.

Il peut toutefois arriver que le personnel scolaire constate que la boîte à lunch d’un élève contienne une grande proportion d’aliments de faible qualité sur plusieurs semaines. Il est alors de mise d’être préoccupé quant à la qualité de l’alimentation de cet élève. L’intervenant qui encadre les repas peut partager sa préoccupation et mettre en place des stratégies avec l’équipe-école pour échanger avec le parent et lui offrir du soutien au besoin. Pour éviter que l’élève se sente pointé du doigt, un échange de sensibilisation sur l’importance de consommer des aliments nutritifs pour avoir de l’énergie pourra aussi être animé avec tous les élèves du groupe. L’animation de ce type d’activité de promotion de saine alimentation fait d’ailleurs partie du rôle du personnel en garde scolaire qui encadre les repas à l’école.

repas à l'école

Le renforcement positif est plus efficace que l’interdiction ou la réprimande

Si on interdit le chocolat dans la boîte à lunch, est-ce logique que les muffins au gruau, banane et chocolat (faits maison) soient refusés, alors que les gâteaux industriels sont acceptés ? Également, est-ce logique que les boissons gazeuses soient refusées alors que les punchs sucrés sont acceptés ? Il devient difficile pour le personnel scolaire et pour les parents de faire la part des choses. De plus, les enfants qui se font dire qu’un aliment est interdit à l’école sous prétexte qu’il n’est pas santé risquent de se sentir coupables lorsqu’ils en consomment, ce qui risque d’entraîner une relation conflictuelle avec les aliments à long terme.

Il faut avoir en tête que nous sommes bombardés de messages publicitaires vantant les délices des aliments de faible valeur nutritive. Ce marketing alimentaire constant influence les choix et les habitudes alimentaires des familles, bien malgré elles ! En parlant de façon positive des aliments à privilégier plutôt qu’en pointant du doigt ceux à éviter, on élimine les tensions et on obtient de meilleurs résultats à long terme[1]. Il est davantage éducatif de mettre de l’avant les concepts de variété, d’équilibre et de modération ; et de développer l’esprit critique des jeunes face à l’influence du marketing alimentaire. À cet effet, l’AQGS a développé l’activité l’attraction alimentaire qui est incluse dans le recueil d’activités Dîners animés – Je goûte, j’apprends ! L’AQGS a aussi rassemblé l’essentiel de ses outils sur l’encadrement éducatif des repas dans une formation autoportante. Pour visionner cette formation gratuite à votre rythme, cliquer ici.

 

[1] Miser sur les messages positifs en milieu scolaire, conférence de Marie-Pierre Gagnon-Girouard, Ph. D. Psychologue, Université du Québec à Trois-Rivières.

repas à l'école

Exclusif! Un outil bientôt disponible pour engager les écoles!

Un partage concerté et bien défini des responsabilités de chacun, en plus de contribuer à créer des liens positifs entre les intervenants scolaires et les parents, permet d’établir une relation plus saine avec la nourriture pour l’enfant. C’est pourquoi l’Association québécoise de la garde scolaire (AQGS) et la Coalition québécoise sur la problématique du poids (CQPP) ont conçu un outil destiné au conseil d’établissement pour engager les écoles afin qu’elles changent leur pratique.

Ne manquez pas notre webinaire (gratuit!) de lancement qui aura lieu le 18 janvier 2022 à 10 h. Pour vous inscrire : cqpp.qc.ca/conferences