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C’est bientôt le retour du printemps. Ce qui rime avec tenues vestimentaires plus légères. Une perspective qui engendre aussi son lot d’appréhensions pour bon nombre de personnes, convaincues de ne pas répondre aux standards de beauté véhiculés dans la société. En effet, 59 % des Québécois·es ressentent de la pression en lien avec leur apparence physique, qu’il s’agisse de perdre du poids ou prendre du muscle.
Pour la cinquième année consécutive, l’organisme ÉquiLibre a dévoilé les résultats d’un sondage, mené par Léger auprès de 1 811 Québécois·es âgé·es de 14 ans et plus. Intitulée Image corporelle, alimentation, activité physique : portrait des préoccupations des Québécois·es 2025, cette enquête révèle que nombreuses (40 %) sont les personnes influencées par l’industrie de l’amaigrissement et du fitness dans le but de changer leur corps.
Andrée-Ann Dufour Bouchard, nutritionniste et cheffe de projets chez ÉquiLibre, explique que, en cinq ans, ces perceptions n’ont pas significativement changé au sein de la population. Et qu’elles sont d’ailleurs aussi présentes chez les hommes, bien qu’à un moindre degré. « Quand on examine les statistiques en général, les femmes se disent toujours un peu plus préoccupées, un peu plus anxieuses, un peu plus stressées. Mais la proportion d’hommes qui se soucient de leur apparence demeure importante. »
« Donc, c’est important aussi de ne pas les oublier dans nos interventions, explique-t-elle. Parce qu’effectivement, les hommes aussi souhaitent perdre du poids ou s’inquiètent de leur musculature. Ce que l’on constate aussi chez les jeunes ados masculins. Eux aussi subissent une pression, notamment sur les réseaux sociaux. Le Centre pour l’intelligence émotionnelle en ligne (CIEL) travaille d’ailleurs à outiller les jeunes pour développer leur esprit critique à cet égard. ÉquiLibre propose également différents ateliers pour aborder l’image corporelle avec les jeunes. »
Le leurre des produits, services et moyens amaigrissants
Il existe toute une industrie qui, en véhiculant un véritable culte de la minceur, tente de profiter de la vulnérabilité des personnes pour leur vendre des produits miracles afin de perdre du poids rapidement et sans effort. Or, si à court terme certaines personnes obtiennent des résultats notables, à long terme, et les faits le prouvent, les diètes ne fonctionnent pas.
« Ce qui est paradoxal, souligne Andrée-Ann Dufour Bouchard, c’est que les gens ont tellement tendance à penser que c’est facile de contrôler leur poids, qu’ils vont se culpabiliser eux-mêmes, au lieu de blâmer l’industrie, lorsqu’ils réalisent, après un certain temps, avoir regagné tout le poids qu’ils avaient perdu. Non seulement les PSMA posent des risques pour la santé physique, mais ils peuvent aussi être néfastes à la santé mentale. »
Une image corporelle positive
Il est difficile pour la santé publique et les professionnels de la santé de faire compétition aux promesses de l’industrie de la minceur. Car leur approche scientifique et nuancée repose sur les petits changements progressifs dans les habitudes de vie, sans pouvoir garantir qu’ils se traduiront par une perte de poids. « Même si vous améliorez votre alimentation ou que vous augmentez votre niveau d’activité physique, explique Andrée-Ann Dufour Bouchard, on ne pourra jamais garantir l’impact que ça peut avoir sur votre poids. Et ce n’est pas une question de volonté. Chaque personne est différente et il n’existe pas de recette miracle pouvant fonctionner de la même façon pour tout le monde. »
Ce culte de la minceur, souvent hors d’atteinte, alimente également la grossophobie. Les personnes grosses doivent ainsi affronter de nombreux préjugés et vivre de la discrimination dans les différentes sphères de leur vie. Ce qui engendre souvent un sentiment d’insatisfaction corporelle, la peur de prendre du poids et donc conduire à des comportements, parfois risqués, pour contrôler son poids.
« Chez ÉquiLibre, ainsi que chez plusieurs organisations et professionnels de la santé, on cherche plutôt à prôner une image corporelle positive, rappelle Andrée-Ann Dufour Bouchard. En cessant de détester son corps, en l’acceptant ou même en l’appréciant, on peut mieux en prendre soin. Se dire : “Mon corps me permet d’accomplir toutes sortes de choses. Je n’ai pas à le valoriser juste pour l’image qu’il projette chez les autres”. Quand on cultive une image corporelle positive, ça permet de demeurer critique à l’égard des modèles de beauté, de résister à cette pression-là et aux messages de l’industrie. »
« Notre message, enchaîne-t-elle, c’est qu’en essayant de s’accepter soi-même, on est mieux en mesure de prendre soin de son corps et d’adopter de saines habitudes de vie dans une perspective de plaisir et de bien-être sans que l’objectif soit de perdre du poids à tout prix. Après tout, notre corps, c’est un peu notre véhicule pour faire les choses que l’on aime. Alors, il faut le traiter avec bienveillance et être moins exigeant envers lui : ne pas le forcer à épouser une silhouette en particulier. »
« Et l’acceptation de soi est tout à fait compatible avec la santé. Quand on fait des changements plus graduels, plus bienveillants, on court plus de chance de les maintenir dans le temps, ce qui sera bon pour notre santé physique et notre santé mentale. »
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En gros, parlons-en différemment!