Milieu scolaire / Éducation

La Cantine dans les écoles: des repas sains, savoureux et abordables

La Cantine dans les écoles: des repas sains, savoureux et abordables

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Depuis le lancement d'un projet pilote dans trois écoles en 2019, l'organisme La Cantine dans les écoles a connu tout un essor puisque son programme est maintenant implanté dans 26 écoles du Québec ! L’application d’une tarification sociale et le recours à des traiteurs communautaires font partie des caractéristiques uniques de cette initiative conçue et coordonnée par l’équipe de La Cantine pour tous. Entrevue avec Anne Charest, responsable de ce programme mené et évalué avec rigueur.

Françoise Ruby

Françoise Ruby

JOURNALISTE | 100º

Un peu de contexte. Le Canada est actuellement le seul pays du G7 et l’un des rares pays membres de l’OCDE à ne pas financer un programme d’alimentation scolaire universel. En 2019, le gouvernement fédéral a toutefois annoncé sa volonté d’aller de l’avant sur ce point. En septembre 2021, à l’occasion de la campagne électorale, le parti libéral s’est engagé à collaborer « avec ses partenaires provinciaux, territoriaux, municipaux et autochtones, ainsi qu’avec divers intervenants », pour élaborer un programme national de repas nutritifs dans les écoles grâce à un investissement d’un milliard de dollars sur cinq ans.

C’est une bonne nouvelle pour la Coalition pour une saine alimentation scolaire, qui, depuis 2014, milite activement pour l’implantation d’un programme à frais partagés entre le gouvernement fédéral, les provinces et les municipalités. Selon les quelques 170 organismes membres de cette coalition, un tel programme a non seulement le potentiel d’améliorer la sécurité alimentaire, la santé et la réussite scolaire des jeunes, mais aussi de renforcer les communautés et les systèmes alimentaires. 

Repas scolaire

En 2020-2021, les 7 traiteurs de La Cantine dans les écoles ont servi plus de 97 000 repas à 1862 élèves. Cette année, l’initiative rejoint plus de 10 000 enfants dans 26 écoles primaires défavorisées. Elle est déployée dans 5 régions, dans le but d’adapter le service à toutes les réalités du terrain. À terme, La Cantine dans les écoles pourrait s’implanter dans tous les établissements scolaires du Québec.

100°: Comment fonctionne le principe de « tarification sociale » de La Cantine dans les écoles ? 

Anne Charest: Le prix suggéré d’un repas est de 5,50 $, mais les parents peuvent débourser aussi peu que 1 $. Grâce à une plateforme transactionnelle partagée, ceux-ci commandent en ligne et le montant payé reste confidentiel. Lorsqu’on leur présente cette forme de contribution volontaire, les acteurs des milieux scolaires et de santé publique sont sceptiques, car ils craignent que les parents ne paient pas à la hauteur de leurs moyens. Mais nos chiffres défont ce préjugé, puisque dans les faits, près de 43 % des parents paient plus de 5 $, alors que toutes les écoles desservies avaient un indice de défavorisation de 9 ou 10/10. 

Qui paie la différence entre le prix payé et le prix réel ?

C’est la Cantine pour tous qui absorbe la différence, grâce à un financement du ministère de l’Éducation et des dons privés. Notre budget 2021-2022 nous permet de financer le programme dans 26 écoles cette année, mais nous avons dû mettre 16 établissements sur une liste d’attente.

Il y a donc un réel besoin dans le milieu scolaire ?

Tout à fait. Les directions d’écoles et le personnel des services de garde apprécient beaucoup le programme, et les parents sont enchantés de savoir que leurs enfants mangent un bon repas chaud à l’école. Notre sondage 2020-2021 auprès de parents participants indique que deux aspects principaux motivent le recours au service : le gain de temps et le fait d’encourager un traiteur de leur communauté. Ils nous ont attribué une note de satisfaction de 4,4 sur 5 !

traiteur scolaire
Crédit photo: Cantine pour tous

Qui peut devenir traiteur pour La Cantine dans les écoles ?

Cette année, 10 traiteurs produisent des repas pour les écoles. Ce sont tous des organismes à but non lucratif, des entreprises d’insertion ou d’économie sociale, ou des coopératives. Ces traiteurs « sociaux » sont aussi locaux afin de bien répondre aux besoins et préférences spécifiques de leur milieu. Les traiteurs doivent donc offrir un menu  diversifié, ainsi que des plats populaires auprès des enfants. 

En plus d’être certifiés en matière d’hygiène et de salubrité, nos traiteurs doivent également se conformer à notre cadre de référence. Celui-ci précise notamment que le menu quotidien doit comprendre au moins deux choix de repas chauds, soit un plat du jour et un plat végétarien, ainsi qu’un dessert ou une collation. Le traiteur s’engage à livrer les repas tous les jours, peu importe le nombre commandé et nous l’encourageons à prioriser un approvisionnement local. Actuellement, 10 traiteurs produisent des repas pour les 26 écoles participantes. 

Quel genre de soutien La Cantine dans les écoles offre-t-elle aux traiteurs ?

Nous fournissons aux traiteurs les outils et l’accompagnement nécessaire à l’atteinte des standards nutritionnels. Nous assurons aussi le service à la clientèle auprès des parents et nous sommes le point de contact principal du service de garde et de la direction. Nous coordonnons également les actions de promotion, recrutement et fidélisation des parents.

Cette année, nous avons mis en place un programme d’accompagnement que les nouveaux traiteurs doivent suivre durant l’année précédant leur participation au programme. Notre nutritionniste les guide dans la création de menus sains et la production de repas de haute qualité. 

Notre nutritionniste anime également une communauté de pratique qui a lieu toutes les huit semaines, ce qui permet aux traiteurs d’échanger sur leurs enjeux et la façon d’y répondre, ainsi que sur les pistes d’amélioration. Cette communauté de pratique est ouverte à tous nos traiteurs membres, ainsi qu’à ceux qui envisagent de se joindre au réseau.

traiteur scolaire
Crédit photo: Cantine pour tous

Comment se fait le contact entre La Cantine dans les écoles, le milieu scolaire et les traiteurs ?

C’est variable. Plus le projet grossit, plus la notoriété du programme augmente, plus les écoles viennent à nous. Nos traiteurs nous réfèrent parfois à une école dans laquelle ils travaillent déjà, mais qui n’a pas recours à la tarification sociale. Les centres de services scolaires ou le milieu de la santé publique nous proposent également des écoles. En fait, tout l’écosystème autour des écoles fait des propositions. 
Du côté des traiteurs, certains viennent directement à nous, ou sont référés par leur milieu. Parfois, nous faisons du démarchage plus ciblé lorsque nous cherchons à implanter le programme dans une nouvelle région. 

La Cantine dans les écoles a établi un partenariat avec le Club des petits déjeuners. Quelle forme prend-il ? 

Un projet pilote a permis de tester un partenariat avec le Club des petits déjeuners dans deux écoles en 2019-2020. En 2021-2022, l’initiative est en place dans 7 écoles, ce qui permet à près de 4100 enfants de profiter d’un petit déjeuner « maison » préparé par nos traiteurs membres. Les objectifs sont les mêmes que dans le cas du service de repas du midi : améliorer l’offre alimentaire et encourager des traiteurs sociaux de proximité. 

Nous avons également déposé avec le Club des petits déjeuners, le Collectif Québécois pour une saine alimentation scolaire et la Coalition pour une saine alimentation scolaire une demande conjointe de financement auprès du ministère de l’Éducation du Québec. L’objectif principal est d’évaluer les coûts opérationnels liés à la création d’un programme d’alimentation intégré au Québec, qui inclurait le petit déjeuner, le dîner et l’éducation alimentaire.

Repas à l'école

Vous êtes actuellement présents dans cinq régions. Visez-vous un déploiement dans tout le Québec ?

Oui. C’est dans cette optique que nous avons mis en place un comité aviseur provincial. Ce comité inclut des représentants du MAPAQ, du ministère de la Santé, du ministère de l’Éducation, ainsi que des directions régionales de santé publique, des centres de service scolaires, le collectif des Tables intersectorielles régionales en saines habitudes de vie et des traiteurs partenaires.  

Tout comme nous, ces acteurs ont besoin de données d’évaluation sur la validité et la viabilité du programme. Voilà pourquoi un chercheur de l’École de santé publique de l’Université de Montréal travaille à créer et valider des outils pour l’évaluation de nos processus. 

Nous collaborons également à la mise en œuvre d’une recherche-action qui sera menée par une chercheuse de l’Université du Québec à Chicoutimi, afin de déterminer comment adapter le programme pour faciliter son déploiement en dehors des grands centres. Nous ne pouvons pas appliquer le même modèle dans une école du Lac-Saint-Jean qui compte de 100 enfants, et dans une autre qui accueille 1000 élèves en milieu urbain.

 

Pour en savoir plus sur La Cantine pour tous et son projet La Cantine dans les écoles