LANAUDIÈRE

Passeport-vélo : l’idée géniale de deux enseignants d’éducation physique

Le 4 février 2020

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À Rawdon, les élèves de quatre écoles roulent hiver comme été dans les sentiers de La tournée des Cantons grâce à une flotte de vélos à pneus surdimensionnés (fatbikes). Et dès ce printemps, une formation leur permettra d’utiliser gratuitement ces vélos en dehors des heures de classe ! Histoire d’un projet original né grâce à un partenariat inspirant.

« En 2017, nous avons participé à la création du Programme des écoles en plein air* (PEPA), dont l’objectif est de soutenir et bonifier des projets de plein air en milieu scolaire pour en faire des initiatives durables et structurantes », explique Alexandre Fréchette, agent de développement plein air pour Loisir et Sport Lanaudière. C’est dans ce cadre que nous avons soutenu un projet pilote. »

Et pourquoi pas des fatbikes ?

Nicolas Joly et Benoit Allard, respectivement enseignants en éducation physique et à la santé à l’école secondaire des Chutes et à l’école primaire des Cascades ont présenté un projet original : acheter et mettre à la disposition de plusieurs écoles une flotte de vélos à pneus surdimensionnés. « Le fatbike a deux avantages, précise Benoit Allard. Non seulement il permet de diversifier les activités de plein air offertes aux élèves, mais il se pratique aussi en toutes saisons. »

3000 $ qui génèrent 24 000 $   

Loisir et Sport Lanaudière a fourni un financement de 3148 $ qui a fait bien du chemin ! « Je m’en suis servi comme levier pour impliquer plusieurs partenaires, en commençant par la Caisse populaire Desjardins de Montcalm et de la Ouareau, qui a versé 12 000 $ », explique Benoit Allard.

« Le financement de Sport et Loisir Lanaudière a été une véritable bougie d’allumage ! » Benoit Allard, enseignant en éducation physique et à la santé l’école des Chutes

Benoit Allard a ensuite invité deux écoles anglophones à se joindre au projet. « Les enseignants d’éducation physique et la direction de la Rawdon Elementary School et de la Joliette High n’ont pas été difficiles à convaincre », indique l’enseignant. Et comme les quatre établissements scolaires ont chacun déboursé 3000 $, 12 000 $ se sont ajoutés au financement de Desjardins et à celui de Loisir et sport Lanaudière. Avec une cagnotte de 27 000 $, le projet pilote passeport-vélo était sur les rails !

Mais où faire du fatbike ?

Des vélos à pneus surdimensionnés neufs, c’est bien beau, mais ces deux-roues ne sont pas conçus pour rouler dans la rue… Pas plus que la vingtaine de vélos de montagne dont disposait déjà Nicolas Joly à l’école primaire des Cascades.

« La pratique du fatbike sort les élèves de leur zone de confort et stimule leur persévérance. Lorsque le fond est mou en hiver, les montées sont plus difficiles ! » Benoit Allard.

« L’idée des vélos à pneus surdimensionnés,  vient du fait qu’il y a un très beau réseau de sentiers de vélo de montagne et de vélo d’hiver à Rawdon », explique Benoit Allard. Ce réseau, aménagé et entretenu par l’organisme sans but lucratif la Tournée des Cantons, est gratuit. Il compte 32 km de sentiers de vélo de montagne et 15 km de sentiers d’hiver pour vélos à pneus surdimensionnés : de quoi muscler les mollets de bien des élèves !

Et où entreposer les vélos ?

Le dernier maillon du projet pour mettre les vélos à la disposition des quatre écoles et à proximité des sentiers : le Club de golf de Rawdon. Non seulement c’est un des points d’accès aux sentiers, mais les vélos y sont entreposés gratuitement. Bref, tout a coulé de source à Rawdon !

« C’est effectivement un projet très bien arrimé au milieu, puisqu’il utilise des infrastructures et des ressources humaines déjà existantes, souligne Alexandre Fréchette. C’est un modèle de synergie entre les milieux scolaire, municipal, communautaire et privé ou chacun des partenaires trouve son compte, en tout premier lieu les écoles. »

« Je n’avais jamais fait de fatbike ni de vélo de montagne. J’adore ça, c’est très cardio ! » William, élève de secondaire 1 à l’École des Chutes

Concrètement, le Club de golf couvre les frais d’entretien des vélos grâce à la location, et la Tournée des Cantons assure l’entretien des sentiers, qui sont uniquement réservés à des sports non motorisés. Mais le projet comporte un autre bonus, qui plaît beaucoup à Alexandre Fréchette, puisque son mandat de promotion du plein air ne se limite pas au milieu scolaire…

Et si on y allait en famille ?

Ce bonus, c’est la possibilité pour les jeunes d’utiliser gratuitement les vélos en dehors des activités scolaires. Ce printemps, les élèves auront l’occasion d’être formés et évalués par leurs enseignants, afin qu’ils puissent pratiquer le vélo de montagne de façon sécuritaire en dehors des heures de classe. « Contrairement au vélo d’hiver pratiqué dans des sentiers recouverts de neige, le vélo de montagne demande des habiletés techniques qui permettent d’éviter les roches et les racines », précise Benoit Allard.

Conçue par les enseignants, la formation comporte trois niveaux. « Lorsqu’un élève atteint le niveau 1, il reçoit un passeport-vélo qui lui permet de circuler dans les sentiers faciles et intermédiaires du golf, accompagné d’un adulte, qui ne paye que 5 $ pour la location », explique l’enseignant.

« Les usagers des sentiers de la Tournée des Cantons sont enchantés de voir les élèves faire du fatbike. » Benoit Allard

Au niveau 2, l’élève contrôle sa vitesse et sa conduite dans les descentes expertes, mais il doit être accompagné par un adulte en tout temps. « Au niveau 3, l’élève est autonome, mais il doit circuler avec un autre élève de niveau 3, précise Benoît Allard. Il connaît les sentiers et il sait comment utiliser l’application Avenza maps pour se repérer. »

« Offrir un tarif à 5 $ aux accompagnateurs et la location gratuite aux élèves est une belle façon d’inciter les proches des élèves à découvrir les plaisirs du fatbike et du vélo de montagne, se réjouit Alexandre Fréchette. Ça favorise le plein air de proximité et contribue à implanter une culture du plein air : ça tombe en plein dans la mission de Loisir et sport Lanaudière et de toutes les unités régionales de loisir et sport ! »

Et on y va comment, au Club de golf ?

La question du transport des élèves vers le Club de golf reste un problème qui, pour le moment, n’a pas de solution optimale. « De mon côté, mes collègues prennent du temps sur leurs périodes libres pour faire des aller-retour entre l’école et le golf, qui est à 10 minutes d’auto, explique Benoit Allard. Je sais qu’au primaire, les parents sont un peu plus disponibles, mais pour la  Joliette High School, le défi est de taille. »

Alexandre Fréchette espère trouver une solution du côté des MRC. « Les MRC se sont dotées de stratégies de réussite éducative et nous comptons bien arrimer le plein air à leurs plan d’action, explique-t-il. Ça permettrait d’explorer la possibilité d’avoir recours à leur service de transport à une fraction du coût d’un autobus scolaire. »

Initiation de 300 jeunes

En 2018-2019, environ 175 jeunes du primaire ont été initiés au fatbike, ainsi que 100 jeunes du secondaire. Parmi ces derniers, on compte ceux qui étaient inscrits à la concentration plein air de l’école des Chutes, mais aussi des élèves en difficulté de comportement. De plus, 30 jeunes du secondaire ont participé à l’activité parascolaire hebdomadaire.

Le projet n’a pas besoin d’argent pour fonctionner, mais la flotte de vélo a besoin de renforts. « Il nous manque 8 fatbikes, car il nous faut deux formats de vélos pour que les élèves puissent en faire de la fin du primaire jusqu’à la fin du secondaire, souligne Benoit Allard. Nous sommes donc à la recherche d’un financement supplémentaire de 8000 $. » L’argent pourrait venir en partie du programme PAFILR qui permet aux unités régionales de loisir et de sport de financer, entre autres choses, l’achat de matériel de plein air.

« Le plein air en milieu scolaire connaît en ce moment un véritable momentum au Québec, conclut Alexandre Fréchette. D’une part, de plus en plus d’écoles veulent offrir des activités en plein air à leurs élèves, et d’autre part le déploiement du PÉPA permet de soutenir leurs initiatives. Dans le cadre de notre appel de projets PÉPA 2109-2020, lancé en collaboration avec Loisir Laurentides, nous avons pu constater cet engouement, car 25 écoles ont levé la main dans notre région ! »

* Les Unités régionales de loisir et de sport de Lanaudière, de Montréal, des Laurentides et de la Montérégie ont participé à la création du Programme des écoles en plein air (PÉPA) en partenariat avec la Fédération des éducateurs et éducatrices physiques enseignants du Québec. Ce programme, qui  est maintenant déployé dans tout le Québec, soutient le développement d’initiatives de plein air scolaire dans le but de développer les compétences en plein air des jeunes et de lutter contre le déficit nature.



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