Santé environnementale

COVID-19 : les précieuses leçons d’une catastrophe annoncée

Le 17 août 2020

Les épidémiologistes nous avaient prévenus de l’imminence d’une pandémie, mais nous n’étions pas préparés à l’affronter. Et en frappant plus durement les plus vulnérables d’entre nous, elle a mis en lumière de cruelles iniquités dans nos sociétés. La leçon est brutale, certes, mais à nous maintenant d’en tirer les enseignements utiles afin de surmonter efficacement la prochaine pandémie, voire de l’éviter…

L’anecdote pourra faire sourire, mais un certain Bill Gates, à l’occasion d’une conférence TED Talks en 2015, avait lancé un cri du cœur : nous ne sommes pas préparés à affronter une inévitable pandémie. Loin de crier au loup, le célèbre philanthrope avait fait ses devoirs et n’utilisait sa notoriété que pour attirer l’attention des médias et des politiciens sur les mises en garde répétées des épidémiologistes. Pari perdu, comme le démontre l’actuelle pandémie.

Bien sûr, les épidémiologistes n’étaient pas en mesure de prédire à quel moment se déclarerait la pandémie anticipée, mais ils savaient que depuis des décennies toutes les conditions étaient réunies pour qu’elle survienne. Et l’un des premiers facteurs en cause, c’est la destruction accélérée des écosystèmes, notamment celle des forêts tropicales souvent effectuée de manière clandestine. Ce qui occasionne la multiplication des contacts entre humains et animaux sauvages, entre autres par le biais du braconnage, et donc les chances pour un virus de se propager dans les populations humaines.

Un symptôme de l’anthropocène

Perte de biodiversité, réchauffement climatique, pollution atmosphérique, océanique et terrestre… On le sait, l’empreinte écologique de l’humanité entraîne des bouleversements à l’échelle planétaire qui se produisent à un rythme effréné, inédit depuis l’apparition de la vie sur Terre. Et l’actuelle pandémie n’est qu’une autre démonstration des rapports malsains que nous entretenons avec la nature. Puisque ce sont nos propres excès qui l’ont déclenchée.

Or, si nous ne retenons rien de nos erreurs, alors la prochaine pandémie risque d’être bien pire. Un rapport récent du World Wild Fund presse les gouvernements de passer dès maintenant à l’action, car les risques d’une future pandémie sont plus élevés que jamais et ses impacts seront catastrophiques sur la santé, l’économie et la sécurité mondiale.

La directrice du Programme pour l’environnement de l’Organisation des Nations Unies, Inger Anderson, quant à elle, déclare que la COVID-19 est un signal d’alarme pour l’entreprise humaine. À la source du problème, elle dénonce un discours économique artificiel qui ignore tout du fonctionnement du monde naturel. Et qui, étant incapable de chiffrer la valeur des ressources naturelles, n’est surtout pas en mesure d’estimer la richesse réelle d’un pays, ni non plus de prédire son appauvrissement en raison de l’extractivisme.

Coûts et bénéfices

Cet appât du gain, cette quête insatiable du profit à court terme, qui caractérisent le capitalisme prédateur, sont ruineux à long terme. Et la pandémie vient d’en faire une spectaculaire démonstration. Selon une récente étude, et si l’on exclut le nombre de victimes, la COVID-19 aurait coûté, jusqu’à présent, plus de 2,6 millions de milliards de dollars à l’économie mondiale. Une somme qui pourrait doubler d’ici la fin de l’année. En contrepartie, cette même étude évalue que des investissements de 30 milliards de dollars par année pourraient prévenir l’émergence d’un nouveau virus.

En effet, outre l’appât du gain, un autre grand responsable de la perte de biodiversité et des émissions de gaz à effet de serre, c’est notre appétit pour la viande. À l’heure actuelle, plus de 80 % des surfaces cultivables sont consacrées à l’élevage. Or, toute cette viande ne fournit que 18 % des calories et 37 % des protéines que nous ingérons. En outre, 100 grammes de protéines de bœuf génèrent 105 kg de gaz à effet de serre contre 3,5 kg pour l’équivalent en tofu. Bref, si nous étions capables de nous priver de viande et de produits laitiers, nous pourrions nourrir la population mondiale tout en réduisant de 75 % les actuelles surfaces cultivées, lesquelles seraient ainsi restituées à la nature.

À ce chapitre, l’année 2019 a marqué une importante prise de conscience collective. Avant même la COVID-19, il est devenu clair que notre alimentation est désormais indissociable de la santé de la planète. En effet, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a lancé un appel pour que les guides alimentaires tiennent désormais compte, dans leurs recommandations, des impacts environnementaux de la production, la transformation et la distribution des aliments. Recommandations qui ont par la suite été réaffirmées dans le volumineux rapport EAT-Lancet ainsi que par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Autrement dit, une saine alimentation est garante d’une planète en santé !

Le retour à l’anormal?

Si la destruction de la nature est responsable de l’émergence d’une zoonose comme la COVID-19, ce n’est pas la mise au point d’un vaccin qui va régler le problème de fond. À ce propos, certains pensent même que le coronavirus ne disparaîtra pas et qu’il va continuer de circuler à travers la planète. Une chose est certaine, la relance économique devra être verte, ou elle ne le sera pas. Le nouveau normal ne pourra plus s’accommoder de l’ancien.

Signe encourageant, la Commission européenne semble avoir compris le message. Bruxelles annonce vouloir moderniser le système alimentaire européen pour qu’il devienne plus équitable, sain et respectueux de l’environnement. La Commission, qui s’appuie d’ailleurs sur l’ambitieux Pacte vert pour l’Europe, souhaite la mise en place d’un système de production, transformation, distribution et consommation alimentaire durable qui garantisse : « un approvisionnement suffisant et diversifié en denrées alimentaires sûres, nutritives, abordables et durables à toute personne en tout temps, notamment en temps de crise ».

Équité et résilience

C’est la dernière leçon que l’on doit tirer de cette pandémie qui a cruellement mis en lumière les iniquités de nos sociétés. Car, non seulement la COVID-19 a-t-elle frappé plus durement certains individus et touché des quartiers plus particulièrement que d’autres, peu importe leur densité, mais, en plus, même le confinement a été vécu différemment, notamment par ceux qui bénéficiaient du privilège, voire du luxe de pratiquer la distanciation sociale.

Non seulement la relance économique doit-elle être verte, mais il lui faut surtout garantir la qualité de vie de l’ensemble de la population. Car, face aux défis de l’avenir, la résilience d’une société repose sur la santé de l’entièreté de ses membres. Ce qui signifie un meilleur accès, pour tous, aux logements, aux aliments frais, aux transports collectifs, aux parcs et aux espaces verts, ainsi qu’à un filet social tissé serré. Il en va de la santé humaine et de la planète !