Quelles solutions pour garantir une réelle égalité des chances en éducation?

Quelles solutions pour garantir une réelle égalité des chances en éducation?

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Malgré les progrès réalisés en un siècle, l’origine sociale continue d’influer sur les parcours éducatifs et la réussite scolaire au Québec. Les données du Bulletin de l’égalité des chances en éducation mettent en lumière ces inégalités scolaires et pointent vers des pistes prometteuses pour les réduire.

Récemment, le député Gabriel Nadeau-Dubois publiait un livre blanc dans lequel il accuse l’école « à trois vitesses » de nuire en particulier à la réussite des garçons. De plus en plus de voix s’élèvent pour dénoncer ce modèle, qui divise le système scolaire en trois catégories : les classes dites régulières au public, les programmes particuliers du même réseau et les écoles privées. Pour plusieurs, cette division nuit à l’égalité des chances en éducation. De plus, selon la plus récente enquête nationale sur le bien-être des familles québécoises, les élèves du public régulier affichent des niveaux de bien-être moins élevés que ceux du public enrichi et du réseau privé.

Quand l’école creuse des inégalités qui persistent toute une vie

Viser l’égalité des chances en éducation, c’est permettre à chaque individu, quelles que soient ses origines sociales, culturelles et géographiques, d’accéder à des études et de réaliser son plein potentiel. D’après la littérature scientifique, il est bien établi que le niveau de scolarité atteint influence les opportunités, la qualité de vie et même la santé à l’âge adulte. Par exemple, les personnes peu scolarisées sont plus à risque d’être au chômage ou d’occuper un emploi précaire. On note aussi une espérance de vie réduite chez les personnes les moins instruites par rapport à celles ayant atteint un niveau de scolarité élevé.

Au Québec, le système d’éducation public et gratuit, de la maternelle au cégep, est l’un des legs de la Révolution tranquille. Cette démocratisation de l’éducation a permis à une grande partie de la population d’accéder aux études jusqu’alors réservées à une certaine élite.

Mais malgré ces progrès spectaculaires, des inégalités persistent. En effet, les parcours scolaires des enfants issus de familles vulnérables, autant au primaire qu’au secondaire, demeurent plus difficiles que ceux des enfants qui grandissent dans des milieux plus favorisés. L’inégalité des chances est également bien visible dans l’accès aux études postsecondaires. Plus le revenu et le niveau de scolarisation des parents sont élevés, plus les taux d’accès et de diplomation aux études postsecondaires augmentent.

ados en classe

Comment rendre notre système scolaire plus équitable?

Piloté par l’Observatoire québécois des inégalités, le projet du Bulletin de l’égalité des chances en éducation réunit plusieurs chercheurs et chercheuses en éducation afin de brosser un portrait des inégalités dans le système éducatif québécois, en se basant sur différents indicateurs, mais aussi d’identifier des pistes de solution pour les réduire. Depuis 2023, trois éditions du Bulletin ont été publiées et ont mis en lumière différentes problématiques.

Plusieurs avenues de solution sont mises de l’avant pour atteindre une réelle égalité des chances en éducation. Du côté du ministère de l’Éducation, on préconise des mesures ciblées, dont l’utilisation de l’intelligence artificielle pour identifier plus tôt les élèves à risque de décrochage scolaire, ou encore un accès élargi aux programmes à projets particuliers afin de rendre l’école publique régulière plus attrayante.

Des groupes de la société civile suggèrent pour leur part une transformation plus profonde du système scolaire pour qu’il soit plus équitable. D’un côté, École ensemble propose la création d’un réseau scolaire commun qui regrouperait les écoles publiques et les écoles privées conventionnées. Aucune sélection ou frais de scolarité ne s’appliqueraient dans ces écoles, qui seraient financées à 100 % par l’État. Dans cette configuration, les écoles privées non conventionnées ne recevraient plus de subventions publiques. Pour assurer la mixité sociale, une carte scolaire serait créée, déterminant l’école de l’élève en fonction de son lieu de résidence. L’organisme Debout pour l’école, pour sa part, appuie également la création d’un réseau commun et propose la tenue d’États généraux sur l’éducation, 30 ans après les derniers.

groupe enfants

Un centre de services scolaire en mode solution

Le Centre de services scolaire des Chênes (CSSDC), à Drummondville, n’a pas attendu des changements structurels pour passer à l’action. En 2019, le projet de construction d’une cinquième école secondaire a été accepté. L’administration y voyait alors une occasion de repenser l’offre scolaire sur l’ensemble du territoire. À l’époque, 13 programmes particuliers étaient offerts dans les quatre écoles secondaires. « 80 % des élèves de 6e année voulaient intégrer ces programmes, or la moitié était refusée. Cette situation amenait beaucoup de déception, de démotivation et une baisse de l’estime de soi », relate Maude Trépanier, directrice par intérim du CSSDC.

Des écarts de réussite (jusqu’à 40 % certaines années) étaient aussi observés entre les élèves du régulier et ceux des programmes particuliers, sans compter que les membres du personnel enseignant les plus expérimentés avaient tendance à choisir les classes de programmes particuliers, laissant aux plus novices les classes du régulier, parfois plus difficiles à gérer. Face à ces problématiques, « le statu quo n’était plus possible », affirme Mme Trépanier.

Un long processus s’est alors entamé, incluant des rencontres mensuelles avec les directions d’établissement, des suivis avec les comités de parents et la consultation des élèves, les principaux concernés, souligne Maude Trépanier. Cinq ans plus tard, à l’automne 2024, tous les élèves étaient intégrés dans des programmes particuliers. À ce jour, 28 programmes au total sont offerts dans les cinq écoles secondaires du territoire.

Ados

Des résultats prometteurs… et un mouvement qui s’étend

Il est encore tôt pour mesurer en profondeur les effets de ce changement de paradigme. Cependant, les résultats d’un sondage mené par le CSSDC auprès des parents et des élèves sont concluants : plus de 80 % d’entre eux se disent satisfaits de l’offre de leur école de quartier. « Ce n’est pas un modèle parfait, mais après un an, on est quand même en mesure de dire que c’est une réussite », se réjouit Maude Trépanier. Bien sûr, il reste des défis. Par exemple, certains élèves qui étaient auparavant dans les programmes enrichis se plaignent du fait que les groupes soient aujourd’hui plus hétérogènes, « mais [cette mixité] c’est ce qu’on veut, soutient Mme Trépanier, et la recherche nous dit que ceux qui ont des facilités à l’école tirent vers le haut ceux qui en ont moins. »

Le modèle est-il réplicable dans d’autres centres de services scolaires ? Difficile à dire. Dans le cas du CSSDC, la construction d’une nouvelle école a été un levier important. Néanmoins, cette expérience suscite la curiosité du milieu éducatif. Maude Trépanier a fait plusieurs présentations à la Fédération des centres de services scolaires, en plus d’être régulièrement sollicitée par des collègues désirant en savoir plus sur cette expérience. Certaines directions d’écoles prennent également l’initiative de ne plus offrir de concentration sélective, au profit de cheminements offerts à tous et à toutes. C’est notamment le cas de l’école secondaire la Croisée, à Laval.

Entre les mobilisations citoyennes, la recherche pour mieux documenter les inégalités scolaires et la volonté du milieu éducatif, une petite révolution semble en marche. Le chemin vers une réelle égalité des chances en éducation reste long et semé d'obstacles, mais les expériences comme celle du CSSDC montrent qu'agir concrètement, dès aujourd'hui, est non seulement possible, mais nécessaire.

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