Milieu scolaire / Éducation

Alimentation et agriculture scolaires au Lab-école : entrevue exclusive avec Ricardo

Alimentation et agriculture scolaires au Lab-école : entrevue exclusive avec Ricardo

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Alors que la prochaine publication du Lab-École portera sur l’alimentation et l’agriculture scolaires, Ricardo Larrivée invite les écoles primaires du Québec à lui faire part de leurs plus belles initiatives en matière de saine alimentation. 100° a saisi l’occasion pour le rencontrer. Entrevue nourrissante avec un homme engagé.

Marie-Josée Cardinal

Marie-Josée Cardinal

JOURNALISTE | 100º

100°. Tout d’abord, comment a commencé votre implication dans le Lab-École ?

C’est Pierre Lavoie qui m’a appelé. À l’époque, on parlait beaucoup dans les médias des écoles qui tombaient en ruines. Son idée, c’était qu’on se rencontre tous les trois, Pierre Thibault à l’architecture, lui à l’activité physique et moi à l’alimentation, pour réfléchir ensemble à ce qu’on pourrait faire pour nos enfants. On est devenus instantanément amis et on a décidé de créer un organisme à but non lucratif pour imaginer ce que pourrait être l’école de demain. Le gouvernement nous a accordé une subvention et c’est comme ça que notre rêve est aujourd’hui partagé par des milliers de personnes. Pour nous, notre rôle a toujours été très clair : on voulait être une dynamo pour contribuer au changement et mobiliser la communauté.

Crédit photo: Lab-école

Si on parle plus précisément du volet alimentation, qu’est-ce qui vous motivait alors à embarquer dans cette aventure ?

J’ai toujours eu à cœur de rendre la cuisine accessible à tous et de transmettre le plaisir de partager de bons repas. Depuis 15 ans, je suis également porte-parole de la Tablée des Chefs, qui s’est donné pour mission de nourrir les personnes dans le besoin et de développer l’éducation culinaire des jeunes. Savoir planter un pommier, cueillir ses fruits et faire de la compote est très valorisant pour un enfant. Je crois très fort à ces valeurs-là et c’est important pour moi de les partager. On sait par ailleurs qu’un enfant qui mange bien va mieux réussir à l’école. On sait également qu’un jeune qui comprend l’alimentation va développer une meilleure estime de lui-même et avoir une plus belle qualité de vie.

Finale des Brigades culinaires 2017 | Crédit photo: 100°

L’alimentation est un vaste domaine. Au départ, à quoi vous êtes-vous intéressé ?

Si on pense alimentation, on va d’abord penser au petit-déjeuner, aux collations, aux repas ; ces moments essentiels où on prend le temps de se nourrir. Alors la première chose qu’on a faite, c’est d’aller dans les écoles pour constater l’état de lieux. Les enfants mangent quand, comment, dans quel espace ? Or, nous avons découvert que ces moments sont souvent très courts et qu’il n’y a pas de lieu propice pour manger. Il y a donc eu beaucoup de réflexion pour voir comment on peut créer des espaces agréables et confortables, où les enfants peuvent profiter des repas pris à l’école pour se ressourcer, socialiser et développer de saines habitudes de vie. Au-delà de la prise de repas, le matin et le midi, certaines écoles ont complètement réinventé avec les enfants la période de la collation.

Crédit photo: Lab-École

En tant que chef, vous avez sûrement également le souci de ce qu’il y a dans l’assiette des enfants?

Bien sûr, mais je pense qu’on doit aller plus loin que simplement nourrir les enfants. La plus grande richesse est de leur transmettre le plaisir de cuisiner et de développer leur autonomie alimentaire. Plusieurs écoles ont mis sur pied de belles initiatives entourant la transformation des aliments. La préparation d’un repas ou d’une simple collation peut devenir une merveilleuse occasion d’organiser un atelier d’éducation alimentaire ou une activité de dégustation. Et pourquoi ne pas créer, dans les écoles, des cuisines collectives ouvertes à la communauté où les enfants et les parents peuvent venir suivre des ateliers de saine alimentation ou cuisiner ensemble ? Des enfants qui cuisinent, c’est bénéfique pour l’ensemble de la famille.

Crédit photo: École Louis-de-France

Est-ce que les enfants doivent aller jusqu’à mettre les mains dans la terre?

Quand les enfants comprennent d’où viennent les fruits et les légumes, ils s’alimentent mieux et évitent le gaspillage. L’école de demain, c’est la cuisine, mais c’est aussi la serre, le potager, tous ces nouveaux espaces d’apprentissage intérieurs et extérieurs. Pourquoi ne pas imaginer des clôtures d’école pleines de haricots, de concombres ou de tomates ? Toutes les villes ont des jardins collectifs ou des potagers communautaires qui pourraient être intégrés dans les cours de récréation ou autour de l’école. Des citoyens passionnés pourraient transférer leurs connaissances aux enfants ou organiser des récoltes communautaires. Plusieurs centres de services scolaires font déjà des trucs formidables et ont réalisé l’impact positif du jardinage sur le sentiment d’appartenance des élèves, sans compter qu’il y a moins de vandalisme quand la cour d’école est habitée pendant l’été. Lorsque toute une communauté s’y met, l’école peut devenir un lieu d’échanges et de vie extraordinaire.

Sommet 2017 de l’alimentation | Crédit photo: MAPAQ

Vous êtes un fervent défenseur des produits locaux. Est-ce que les écoles peuvent contribuer à favoriser une alimentation de proximité?

L’action locale concerne bien sûr l’alimentation, mais on doit aller au-delà. Pour nous, ça ne fait aucun sens que les écoles soient toutes identiques. Chaque région du Québec a ses particularités environnementales, sociales, culturelles. L’architecture doit en tenir compte, tout comme les activités physiques qui sont pratiquées à l’école. Si on parle d’alimentation, la personnalité d’une région s’exprime dans son agriculture et sa cuisine. Le projet de Lab-École tente d’établir des points communs, mais dans la liberté. C’est aux communautés de créer des écoles différentes, dans lesquelles on joue et on mange différemment et où les enfants sont fiers de leur unicité et de leur appartenance.

Quel est l’objectif de cet appel aux écoles à présenter leurs initiatives en alimentation et en agriculture scolaires?

Le Lab-École s’est donné comme mission de rassembler une expertise multidisciplinaire pour concevoir les écoles de demain. On l’a souvent dit : l’école parfaite existe au Québec, elle est juste en pièces détachées. Notre premier objectif est donc d’aller débusquer les projets existants les plus trippants et les plus susceptibles d’offrir un environnement scolaire favorable à la saine alimentation et au développement de l’autonomie culinaire des jeunes.

On a vu des projets fantastiques et motivants qui font vraiment plaisir aux enfants. C’est important d’offrir du rayonnement à ces projets, pour créer un effet d’entraînement et outiller les écoles primaires qui souhaitent mettre l’alimentation et l’agriculture au cœur de leur projet éducatif. C’est le but des publications du Lab-École. On invite donc tous les acteurs de l’éducation et les communautés à se les procurer. Ce sont des ouvrages qui nous appartiennent collectivement. Ils colligent les expériences et l’expertise de milliers de personnes qui ont créé des initiatives innovantes et inspirantes pour l’école de demain. Plus on sera copié et imité, plus on aura le sentiment du devoir accompli !

Crédit photo: Pavillon Au Millénaire, La Baie

Vous êtes optimiste sur le succès du projet de Lab-École?

Comment ne pas l’être ? C’est très concret. La première Lab-école, celle du quartier de Limoilou à Québec, va ouvrir ses portes à la rentrée 2022. Les chantiers des cinq autres Lab-écoles sont en pleine activité. Au début, il y en a qui ont eu des réserves. En ce moment, ce qui est le plus beau et le plus touchant à voir, ce sont tous ces comités de direction, ces enseignants et ces communautés qui travaillent ensemble pour concevoir les écoles de demain au Québec.

Nous, les trois fondateurs, on a fait ça bénévolement parce qu’on y croit. On voulait montrer que c’est possible, qu’une communauté qui se met ensemble peut vraiment changer la qualité de vie de ses jeunes. Mais pour assurer la continuité, il faut que chaque projet de Lab-École soit pris en charge par le milieu. Il faut également que ces écoles modèles inspirent de futurs projets pour repenser et améliorer les écoles québécoises. Ensemble, on peut changer la vie des enfants, un geste et un repas à la fois.

* Vous travaillez dans une école primaire et vous avez une belle initiative en alimentation ou en agriculture à partager ? Le Lab-école veut vous connaître ! Vous avez jusqu’au 15 mars pour acheminer votre histoire. Les écoles retenues recevront la visite d’une équipe du Lab-École, et possiblement de Ricardo en personne, en vue de documenter leur initiative. Pour en savoir plus, visitez le site du Lab-école.

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