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Planifier une sortie en plein air: 10 conseils pour les profs du secondaire

Le 21 juin 2019

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Notre journaliste s’est entretenue avec deux mordus de plein air qui ont partagé leurs conseils et leurs trucs pour organiser une première sortie en plein air avec des élèves du secondaire. Grâce à leur expérience, et en misant comme eux sur la collaboration de votre équipe-école, vous serez bien outillé pour faire de votre première sortie une réussite.

Guillaume D’Amours est enseignant d’éducation physique et à la santé à l’École secondaire du Versant depuis 11 ans. Cette école, située à Gatineau, offre une concentration Santé – Plein air depuis sa fondation en 2002. Grâce à un horaire adapté, cet enseignant passe plus de 80 journées dehors avec des élèves de différents niveaux. Et l’année prochaine, il sera en plein air plus de 105 jours ! « J’ai tellement de plaisir à transmettre ma passion du plein air aux jeunes et à les voir progresser dans leurs compétences en nature et dans leurs relations interpersonnelles ! » déclare-t-il.

Guillaume D’Amours – Crédit photo : Dominique Larocque

Charles Antoine Rioux est gestionnaire de projets – plein air pour Loisir sport Outaouais. Il a notamment monté une banque d’équipement de camping en 2018 et prépare un « Camp de profs » qui fera vivre une aventure à une vingtaine d’enseignants qui souhaitent s’initier au plein air dans le but de faire des sorties avec leurs élèves par la suite. « Notre objectif est de leur faire vivre une première expérience qui leur donnera la piqûre et les outils nécessaires pour bien accompagner leurs élèves », explique-t-il.

Charles Antoine Rioux

Charles Antoine Rioux

1 – Trouver un mentor

Charles Antoine Rioux : « Les enseignants mordus de sorties scolaires en plein air ne demandent qu’à partager leur passion et leurs compétences. Leurs connaissances et leurs outils vous permettront de commencer du bon pied. Généralement, il y en a au moins un dans chaque commission scolaire et aller prendre un café avec lui, ou elle, est une excellente façon de se familiariser avec la richesse de l’expérience du plein air avec des élèves. »

sortie scolaire en plein air

2 – Commencer « petit »

Charles Antoine Rioux : « La meilleure façon de se préparer pour une excursion d’une journée, c’est d’y aller progressivement. Je recommande de commencer par de courtes sorties à proximité de l’école, peut-être même dans la cour, pour apprivoiser la gestion de vos élèves en dehors de la classe et observer la dynamique du groupe. Ensuite, vous pouvez aller un peu plus loin et organiser une activité plus complexe dans un parc local, puis dans un parc régional où vous camperez une nuit, etc. Tant pour les élèves que pour vous, une première expérience qui se déroule bien est la meilleure façon de vous donner envie de retourner dehors et d’avoir de bons arguments à présenter à la direction de l’école pour la prochaine sortie. »

Guillaume D’Amours : « Aller reconnaître le terrain avant l’excursion en facilitera le déroulement, qu’elle ait lieu au parc municipal ou plus loin. Si vous avez la possibilité, par exemple, de faire la randonnée prévue seul, avant de la faire avec vos élèves, c’est encore mieux ! »

3 – Obtenir l’appui de la direction

Guillaume D’Amours : « C’est la base indispensable pour se lancer dans une première expérience. Et il faut s’attendre à devoir négocier certains points. Assurez-vous que vous connaissez bien les objectifs et les valeurs de l’équipe-école, afin de présenter un projet qui cadre avec sa vision. Le soutien de la direction est également indispensable lorsque vous faites une demande de formation. »

« Si la direction dit non à la sortie que vous proposez, ne baissez pas les bras tout de suite. Assurez-vous de bien comprendre le motif de ce refus et faites appel à votre mentor. En échangeant avec lui vous trouverez probablement une solution créative pour que la sortie ait lieu à la satisfaction de tout le monde », renchérit Guillaume D’Amours, qui aime bien citer son père à ce sujet : « Dans la vie, on n’a pas ce qu’on mérite, on a ce qu’on négocie ! »

Réunion de travail

4 – Aller chercher l’appui de l’équipe-école

Guillaume D’Amours : « C’est tellement important de s’assurer, par exemple, que vos collègues comprennent bien les effets bénéfiques que le plein air apporte à leurs étudiants, afin de les mettre dans votre camp. Ainsi, ils sont prêts à vous donner un coup de main occasionnel, par exemple, dans la gestion des horaires. À l’école du Versant, c’est toute une équipe de profs passionnés qui mettent la main à la pâte pour rendre le programme possible ! Et vous pouvez aussi inviter l’un d’entre eux à faire l’excursion avec vous, en lui expliquant qu’il aura l’occasion de voir ses élèves sous un jour différent et de créer des liens significatifs avec eux, particulièrement lors d’une expédition de deux jours. Parions que votre collègue en redemandera l’année suivante. Pour ma part, j’ai eu la chance de faire plusieurs sorties avec l’enseignante de mathématiques et de sciences, Mélanie Lauzon. C’était à la fois un plus pour nos élèves et pour nous puisque notre duo était bien rodé. »

« Vous aurez besoin d’un ange gardien qui est à l’école durant la sortie et qui assure la liaison avec la direction et les parents en cas de problème sur le terrain, ajoute Guillaume D’Amours. Cette personne sait quoi faire et qui contacter en cas d’urgence, ce qui me permet de faire un seul appel qui déclenche les actions appropriées pour gérer la situation. À l’École secondaire du Versant, c’est la secrétaire, Annick Trépanier, qui assume cette importante responsabilité, avec le soutien de l’équipe de direction. »

reunion de parents à l'école

5 – Recruter des parents

Guillaume D’Amours : « Les parents qui ont de l’expérience en scoutisme et en plein air sont souvent de bons accompagnateurs. Si un parent manifeste de l’intérêt, mais n’a pas d’expérience, prenez soin de le rencontrer et de lui donner toutes les informations pertinentes afin qu’il soit bien préparé. Dans tous les cas, il est très important de distinguer clairement quels seront les rôles et responsabilités de l’enseignant et du ou des accompagnateurs durant l’excursion. »

« Il est aussi important de soigner vos relations avec tous les parents, notamment en leur fournissant toutes les informations sur la sortie que vous préparez, ajoute l’enseignant. Le courriel est un bon outil pour les informations techniques (horaire, équipement, etc.), le téléphone est préférable lorsqu’on veut rassurer un parent qui se pose beaucoup de questions. »

colloque plein air FEEPEQ

6 – Aller au colloque plein air de la FÉÉPEQ

Guillaume D’Amours : « La Fédération des éducatrices et des éducateurs physiques enseignants du Québec organise chaque année un colloque consacré au plein air. Les ateliers, les présentations et les échanges avec des habitués du plein air scolaire sont une mine d’or pour se familiariser avec les défis, les conditions gagnantes et les réussites de l’enseignement en contexte de plein air. Rien de mieux pour s’attendre à tout, que de savoir comment vos collègues expérimentés ont géré des situations délicates. Particulièrement avec le plein air, il faut savoir profiter des erreurs des autres, parce vous n’aurez jamais le temps de toutes les faire vous-même ! »

7 – Connaître vos alliés à l’extérieur de l’école

Charles Antoine Rioux : « Les agents de plein air des Unités régionales de sport et loisir sont de précieux alliés si vous ne savez pas trop par où commencer. Les enseignants sont moins seuls qu’ils peuvent le penser dans la réalisation d’une excursion en plein air. Nous pouvons les aiguiller vers les bonnes ressources, non seulement pour organiser la sortie, mais aussi pour la financer, car il existe des budgets. »

« De plus, chaque année, nous présentons nos projets reliés au plein air aux directeurs des écoles de chacune des commissions scolaires de la région. Nous les sensibilisons aux nombreux effets positifs du plein air sur les jeunes et nous les encourageons à soutenir les enseignants qui le font ou veulent le faire. Nous mettons nos réalisations en évidence, comme la banque de matériel de camping que nous mettons gratuitement à la disposition des écoles. Les équipes de direction comprennent ainsi que le coût d’une sortie peut être abordable et sont alors plus susceptibles de voir d’un bon œil les demandes de formations faites par les enseignants. »

8- Utiliser les ressources existantes

L’Association des camps du Québec, la Sépaq, les Unités régionales de sport et de loisir, Aventure Écotourisme Québec, l’Association des parcs régionaux et Rando Québec sont autant de sources d’informations précieuses. Consultez l’article de 100° pour en savoir plus : Sorties scolaires en plein air : des ressources pour vous aider.

sortie scolaire en plein air

9 – Suivre une formation

Charles Antoine Rioux : « Si vous n’êtes pas un enseignant d’éducation physique, ne sous-estimez surtout pas la différence entre la gestion d’un groupe d’élèves dans une salle de classe et à l’extérieur. Rando Québec offre par exemple une formation d’accompagnateur de niveau 1 qui permet d’acquérir les compétences nécessaires à l’encadrement d’un groupe pour des randonnées d’une journée, sur des sentiers balisés. Il existe aussi des cours de secourisme en milieu sauvage et éloigné de 20 heures qui permettent de s’outiller pour prévenir les blessures et avoir les connaissances de base pour poser les bons gestes en cas d’incident en sortie de plein air. »

En matière de gestion des risques, nos deux pros recommandent fortement de lire le Référentiel en gestion de risques en enseignement en contexte de plein air produit par la FÉÉPEQ. Cet outil très bien fait permet, entre autres, de limiter énormément le risque de blessure et de bien cerner les responsabilités et les rôles de l’enseignant et des accompagnateurs. Il s’adresse aussi aux administrateurs et aux employés de soutien.

sortie scolaire en plein air

10 – Réserver suffisamment à l’avance et bien planifier

Guillaume D’Amours et Charles Antoine Rioux : « Il faut s’y prendre très à l’avance pour trouver une date et un endroit adéquats, ainsi que pour réserver le transport. Et il faut être conscient que les autres étapes de préparation de l’excursion demandent du temps, surtout s’il s’agit de votre première expérience : dépôt du projet, rédaction d’un plan de sortie, d’un plan de gestion des risques et d’un plan d’urgence, sans oublier d’avoir des plans B, C et même D, en cas d’imprévu. Le plan de sortie consiste à bien évaluer et gérer le temps, notamment en prévoyant des pauses (collations, repas) ainsi que des moments de récupération et d’enseignement. »

sortie scolaire en plein air

Dormir dans le bois et ralentir le rythme : un must selon Guillaume d’Amours

« Les séjours avec nuitée sont fondamentaux dans l’enseignement du plein air. Ces expéditions offrent une reconnexion au rythme naturel des journées et des saisons qui pulvérise la vision habituelle de l’agenda à la minute près dont souffrent les jeunes aujourd’hui. Ce sont aussi des occasions d’embrasser le territoire et notre nordicité. À mon avis, tous les élèves du secondaire doivent vivre cette expérience avant la fin de leur parcours scolaire. »



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Les conseils de Guillaume D’Amours

  • J’ai appris avec le temps qu’il n’y a pas de réponses absolues ni de solution « bonne à tous les coups » en plein air. Être bien préparé (plan B, plan C, D…) et prêt à s’adapter (changer l’itinéraire, réduire la longueur du trajet, etc.) facilite grandement le déroulement et l’ambiance d’une excursion en nature, qui, par essence, comporte des imprévus.
  • Je fais un suivi auprès des élèves après chaque sortie afin de recueillir leurs commentaires sur les points forts et faibles de l’activité.
  • J’ai suivi la formation de moniteur du programme Sans trace Canada, mais je conseille vivement d’intégrer ces principes de façon très progressive et diplomatique durant les excursions, car ils ne font pas encore partie de la norme sociale. Il ne faut pas « brûler » ce sujet si important par excès d’enthousiasme.
  • Le téléphone cellulaire est un bon outil de communication, mais il a ses limites en plein air. On utilise des codes visuels qui permettent de communiquer à distance, mais, particulièrement pour les sorties de vélo, le walkie-talkie est un outil très pratique.
  • Faites un peu de marketing créatif ! Je maintiens l’intérêt de mes élèves de différentes façons, notamment en donnant des noms originaux à certaines activités. La « Randonnée sans prof » se déroule avec un enseignant/accompagnateur loin en avant du groupe et un autre loin en arrière. Il y a aussi la « Parade de mud », une excursion de vélo de montagne qu’ils finissent couverts de boue et tellement heureux !

Vous souhaitez organiser une sortie scolaire en plein air, mais vous travaillez au niveau primaire ? Consultez notre article avec les conseils de Marc Beaulé, enseignant en éducation physique et à la santé et ambassadeur 100°.

À lire également : Sorties scolaires en plein air: des ressources pour vous aider

* Cet article a été publié en partenariat avec le groupe de travail sur la promotion du plein air au Québec, qui relève d’un comité de la Table sur le mode de vie physiquement actif.