Saine alimentation

Dossier des gras trans: il n’est plus temps de prendre son temps !

Le 10 mai 2019

Le gouvernement fédéral tarde à mettre en application les éléments clés de sa Stratégie canadienne en matière de saine alimentation, notamment en ce qui concerne les gras trans, et ce, au détriment de la santé de la population et de notre économie.

Dois-je le rappeler, mais les maladies liées à la mauvaise alimentation coûtent 27 milliards de dollars par an aux Canadiens. Il est plus que temps d’agir. Or, depuis l’annonce de la Stratégie, en octobre 2016, peu de progrès ont été accomplis si l’on considère que :

  • Les entreprises qui ont appliqué les normes d’étiquetage nutritionnel de 2016 visant à faciliter les choix alimentaires demeurent l’exception. Non seulement on leur a initialement offert cinq ans pour s’ajuster aux modifications sur l’affichage de la liste des ingrédients et du tableau de valeur nutritive, mais l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) envisage maintenant de leur accorder une année supplémentaire pour s’y conformer, jusqu’au 14 décembre 2022.
  • Quinze mois après la publication du règlement sur les symboles nutritionnels sur le devant de l’emballage, dans la Gazette 1, on attend toujours impatiemment son adoption.
  • Le Sénat n’a toujours pas fixé un moment pour le vote final du projet de loi S-228, visant à interdire la publicité qui cible les enfants.
  • Bien que, depuis le 17 septembre 2018, l’industrie ne puisse plus fabriquer de nouveaux produits contenant des huiles partiellement hydrogénées (HPH) riches en gras trans industriels, l’interdiction de vendre de tels produits déjà existants ne sera appliquée qu’en septembre 2020.

Pendant que les mois et les années s’écoulent et que les délais s’accumulent, les maladies non transmissibles augmentent. Elles occasionnent des souffrances inutiles et coûtent des dizaines de milliards de dollars en soin de santé et en perte de productivité. Le gouvernement se doit d’accélérer la cadence !

Un délai incompréhensible et difficile à avaler

Voilà une saga qui a commencé en 2004 et qui devait se terminer le 17 septembre 2018, date à laquelle les produits contenant des gras trans devaient disparaître. Car ces derniers représentent une menace pour la santé : ils font notamment grimper le taux de mauvais cholestérol et augmentent le risque de maladies cardiovasculaires, le deuxième tueur au pays. En 2013, les gras trans étaient ainsi responsables de plus de 2000 décès au Canada. Mais voilà que, au moment de l’entrée en vigueur du règlement, l’ACIA a choisi de partiellement l’appliquer et d’allonger de deux ans le délai d’exécution du retrait du marché de ces produits nocifs pour la santé.

Le 28 février dernier, une pétition réclamant que l’ACIA revienne sur sa décision a été présentée à la Chambre des communes par la voix du député Alexandre Boulerice. La réponse du gouvernement est pour le moins décevante. L’ACIA persiste et signe. Elle entend laisser à l’industrie « du temps pour une grande partie du stock existant fabriqué avant la mise en place de l’interdiction de pouvoir être distribué ». Encore du temps… Comme si le gouvernement choisissait de défendre des intérêts privés au détriment de la santé publique…

Sagesse ou insouciance de l’ACIA 

L’un des premiers arguments de l’ACIA, pour permettre à l’industrie d’écouler ses « stocks » déjà produits, c’est-à-dire… de vous les faire manger, repose sur l’enjeu du gaspillage alimentaire. Bien qu’il s’agisse d’une préoccupation importante, la protection de votre santé devrait avoir priorité sur tout ! En ce qui concerne la consommation des huiles partiellement hydrogénées (HPH), il n’y a aucune dose sécuritaire et le risque à la santé croît avec l’usage. En autorisant la vente, et donc, la consommation des produits déjà fabriqués, l’ACIA ferme les yeux sur un risque reconnu. Pourtant, les HPH font désormais partie de la « Liste des contaminants et des autres substances adultérantes dans les aliments ». Avouez, avec moi, que c’est loin d’être appétissant !

D’ailleurs, l’industrie n’aurait jamais dû mettre sur le marché ces produits néfastes puisque leur nocivité est connue depuis plus d’une décennie. En 2007, le gouvernement fédéral lui avait même demandé de progressivement les retirer des tablettes. Autrement dit, la menace d’un règlement plane depuis longtemps au-dessus des gros joueurs de l’industrie. C’est pourquoi il est d’autant plus frustrant de voir que le délai accordé par l’ACIA semble récompenser les membres récalcitrants de l’industrie : ceux qui ont refusé de participer à l’approche volontaire lancée par le gouvernement fédéral, et ce, au détriment de votre santé.

Un autre argument douteux !

On doit considérer les « réalités liées à la disponibilité d’aliments abordables à l’échelle nationale et mondiale ». Tel est le motif invoqué par l’ACIA pour maintenir le cap. Et je trouve que c’est très troublant. Bien sûr, l’importance d’offrir des aliments sains abordables est indéniable et j’ajoute que plus d’actions devraient être menées pour assurer la sécurité alimentaire de tous. Par contre, on parle ici de produits nuisibles à la santé ! De les garder sciemment en circulation, le plus longtemps possible, pour qu’ils demeurent accessibles au sein des communautés défavorisées, sachant qu’elles sont souvent déjà vulnérables sur le plan de la santé, pose, à mon avis, de très sérieuses questions éthiques.

La santé d’abord 

Ces délais, qui se multiplient, semblent davantage protéger les industries que les intérêts des citoyens. Les entreprises les plus négligentes, qui ne se sont pas engagées sur une base volontaire et qui tardent ensuite à appliquer les règles, sont celles qui en profitent le plus. Cette situation est inacceptable.

À quelques mois des élections, le gouvernement fédéral n’a plus une minute à perdre. Il est temps pour lui de démontrer que la santé des électeurs est plus importante que les profits de l’industrie de la malbouffe !