Agroalimentaire

Étiquetage des aliments: des modifications aigres-douces

Le 27 février 2017

Vous le savez toutes et tous, comme moi, qu’en matière de saine alimentation il n’est pas toujours facile de résister à la tentation. Car, quand vient le temps de choisir nos aliments, il est préférable que la raison prime sur nos émotions. Mais encore faut-il avoir accès aux bonnes informations!

Et je ne parle pas ici des prétentions des fabricants affichées en grosses lettres sur les emballages et qui vantent à grand renfort de slogans publicitaires les mérites supposés de leurs produits. Malheureusement, les règles d’étiquetages en vigueur ont tendance à rendre les informations nutritionnelles plus confondantes qu’éclairantes. C’est dans cette optique que l’honorable Jane Philpott, ministre de la Santé, annonçait, en décembre dernier, des modifications au tableau de la valeur nutritive et à la liste des ingrédients sur les aliments emballés[1] afin d’aider les consommateurs à faire des choix plus éclairés.

Les sucres regroupés

De tous les changements proposés par la ministre, je retiens en particulier celui de placer entre parenthèses les ingrédients à base de sucre pour ainsi les regrouper à la suite du mot « Sucres ». Cette modification est fondamentale, car, jusqu’à maintenant, l’industrie avait beau jeu de distribuer les différents sucres dans la liste des ingrédients en fonction de leur quantité. Pris isolément, ils se retrouvaient parfois au milieu de la liste, voire à la fin. Maintenant qu’ils sont regroupés, il va être plus facile d’estimer leur poids réel comparé aux autres ingrédients de la liste. Ce qui risque de vous causer quelques surprises…

Les portions uniformisées

Quand je vous dis que les informations à notre disposition sont plus souvent confondantes qu’éclairantes, essayez donc de comparer deux marques de yogourt en épicerie sans être armé de votre calculette. Pourquoi ? Parce que très souvent les portions de référence diffèrent d’une marque à l’autre. Pour les comparer, il faut donc utiliser la règle de trois. Ce que, calculette ou pas, peu de gens prennent la peine de faire. Mais avec les nouvelles règles, les portions de référence seront uniformisées de manière à faciliter la comparaison entre les aliments semblables.



Les proportions de la valeur quotidienne

Jusqu’à présent, l’industrie était tenue d’indiquer le pourcentage de la valeur quotidienne recommandée de certains nutriments, comme les lipides, le sodium et les glucides. Désormais, la liste des minéraux sera actualisée pour prendre en compte les recommandations en santé publique. C’est ainsi que l’on verra apparaître le potassium, naturellement présent en grande quantité dans les fruits et légumes, et qui joue un rôle essentiel pour la santé cardiovasculaire. De plus, le tableau de la valeur nutritive va désormais s’accompagner d’une petite mise en garde rappelant au consommateur qu’un pourcentage de 5 % pour un ingrédient, c’est peu, alors qu’au-delà de 15 % c’est beaucoup. Toutefois, je trouve que cet avertissement, que l’on retrouve tout en bas du tableau, est écrit avec de bien petits caractères… Et tant qu’à y être, j’aurais préféré que l’on utilise un code de couleur[2] pour mieux attirer l’attention du consommateur.

Encore trop sucré-salé

Bien sûr, comme en toutes choses, on peut s’attendre à ce que de telles modifications ne fassent pas l’unanimité. Et bien que je ne doute pas des bonnes intentions de la ministre Jane Philpott, j’avoue que sur certains points, je demeure perplexe. Et je ne suis pas la seule. Le Center for Health Science and Law n’a pas tardé à déplorer[3] que les seuils des apports quotidiens fixés par Santé Canada soient encore beaucoup trop élevés.

En août dernier l’American Heart Association (AHA)[4] s’alarmait du fait que les enfants de 2 à 18 ans absorbaient en moyenne 80 g de sucres ajoutés par jour. Ceci dépassait largement leur recommandation qui se situe à moins de 25 g par jour, soit l’équivalent de 6 cuillérées à thé. Bon, j’avoue que l’AHA est un peu sévère dans la mesure où l’Organisation mondiale de la Santé, elle fixe le seuil à 29 g par jour. Alors, comment expliquer que pour Santé Canada, il soit de 100 g par jour ? C’est d’autant plus étonnant que l’un des objectifs de ces modifications est de, et je cite : « réviser le % de la valeur nutritive basée sur des données scientifiques mises à jour ».

Autre incongruité : les apports quotidiens en sel n’ont pas été révisés. Ainsi, en dépit des modifications proposées, le seuil demeure de 2 300 mg par jour. Or, selon Santé Canada[5], et je cite : « L’apport quotidien recommandé en sodium pour les personnes âgées de plus d’un an s’échelonne de 1 000 à 1 500 mg ».

 

Au-delà de l’étiquette

Bien que l’étiquetage nutritionnel soit un outil important pour guider les choix des consommateurs, ce n’est qu’un des facteurs, parmi plusieurs autres, susceptibles de favoriser l’adoption de meilleures habitudes alimentaires. Et, tout comme vous assurément, j’ai bien hâte de voir comment se traduiront les intentions du gouvernement lorsque paraîtra le nouveau Guide alimentaire canadien. Soyez certains que je vais suivre avec beaucoup d’attention les consultations menant à sa révision.

Enfin, je crois qu’il est bon de se rappeler que parmi les meilleurs aliments pour notre santé figurent les légumes et les fruits frais, même si, bien sûr, aucune étiquette n’atteste leurs grandes valeurs nutritionnelles. Et donc, augmenter leur consommation quotidienne, en lieu et place des aliments transformés, demeure la plus simple des solutions pour s’assurer de bien manger. Encore faut-il que ces produits frais soient partout accessibles et pour toutes les bourses. À ce chapitre, il va sans dire que nous devrons collectivement intensifier nos efforts et consentir les investissements nécessaires afin de garantir une offre alimentaire toujours plus saine.