Qualité de l'alimentation

Les aliments ultra-transformés occupent la moitié de notre assiette !

Le 3 avril 2016

Mon collègue Malek Batal du Département de nutrition de l’Université de Montréal et moi venons de publier un rapport qui dévoile des données extrêmement troublantes sur la qualité de l’alimentation des Québécois, et tout spécialement sur leur consommation d’aliments ultra-transformés.

Réalisé à la demande du Ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), ce rapport révèle que la moitié des calories consommées quotidiennement par les Québécois proviennent d’aliments ultra-transformés — une catégorie qui regroupe une grande variété d’aliments tels que les boissons sucrées, les friandises, les grignotines, les desserts, les sauces et les plats prêts à consommer. Quant à eux, les aliments frais ou minimalement transformés fournissaient à peine 38 % des calories (voir la figure 1). La consommation des aliments ultra-transformés est particulièrement élevée chez les enfants et les adolescents (57 % chez les garçons et 55 % chez les filles de 14-18 ans), ce qui est encore plus préoccupant.

Permettez-moi ici une petite précision méthodologique qui me semble importante : il s’agit de la première évaluation des apports alimentaires et nutritionnels des Québécois qui tient compte de la transformation des aliments. Mais ces données proviennent de l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes réalisée par Statistique Canada… en 2004 ! Pourquoi remonter si loin ? Parce qu’il s’agit de la plus récente enquête alimentaire dont le Québec dispose. Imaginez le retard que nous avons ! D’autres études réalisées au Canada ou ailleurs nous autorisent toutefois à croire que la situation est à tout le moins semblable aujourd’hui, si elle n’est pas pire.

La qualité nutritionnelle des aliments transformés

Notre rapport démontre aussi, et pour la première fois en contexte québécois, que les aliments ultra-transformés ont généralement une faible qualité nutritionnelle, lorsqu’on les compare aux autres aliments. En effet, les aliments ultra-transformés sont plus riches en sucres libres, en sodium et en gras, et ils ont une densité énergétique plus élevée que leur équivalent cuisiné à la maison à partir d’aliments frais ou minimalement transformés. Les aliments ultra-transformés contiennent également moins de fibres alimentaires, de protéines, de vitamines et de minéraux, que les plats cuisinés de nos propres mains. En somme, la qualité nutritionnelle globale de l’alimentation des Québécois se détériore avec l’augmentation de l’apport calorique relatif des aliments ultra-transformés.

Quelle est la solution ?

Notre étude démontre que les Québécois qui mangent le mieux sont ceux qui cuisinent davantage et consomment le moins d’aliments ultra-transformés. Le même phénomène s’observe pour le Canada, les États-Unis, le Brésil, le Chili, le Royaume-Uni et la Nouvelle-Zélande. C’est donc un fait établi : au-delà des particularités culturelles, cuisiner à partir d’aliments frais ou peu transformés représente le gage d’une saine alimentation ! Réduire sa consommation d’aliments ultra-transformés est aussi le meilleur moyen de réduire l’apport en sucres libres, car 75 % des sucres libres consommés au Québec proviennent de ces aliments !

En somme, notre recherche démontre clairement que la proportion des aliments ultra-transformés que l’on retrouve dans le panier d’épicerie des Québécois pose de nombreux problèmes. Il est urgent de faire revenir les vrais aliments et la cuisine au cœur de notre alimentation et de la santé publique. Cela implique la mise en place de politiques publiques qui, d’une part, valorisent et encouragent la pratique de la cuisine tant dans les foyers que dans les milieux institutionnels, et qui, d’autre part, incitent le marché privé à offrir des plats fraîchement cuisinés à partir d’aliments de base. Partout sur la planète, les gouvernements doivent poursuivre leur réflexion sur ces importants enjeux de santé publique.