Crise sanitaire

Marchés publics et espaces collectifs: comment sauver la saison estivale?

Le 9 avril 2020

Difficile de prévoir l’avenir avec précision, mais jusqu’ici, tout indique que des marchés publics et des espaces collectifs pourraient connaître malgré tout une saison opérationnelle cet été. Avec de nouvelles mesures et de nouvelles façons de faire, le milieu redouble d’ingéniosité et de solidarité. Voici comment il s’y prépare. 

Crédit photo: Dominic Bérubé

Les marchés publics : un service essentiel

L’Association des marchés publics du Québec (AMPQ) positionne déjà ses membres comme un service essentiel. « On est là pour nourrir le Québec. Il reste à voir comment on peut y arriver dans ce nouveau contexte. Plusieurs intervenants travaillent ensemble, et on travaille fort », lance son directeur général Jean-Nick Trudel.

Ce travail de concertation se fait aussi avec le gouvernement, entre autres avec le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ). L’AMPQ espère recevoir des consignes et des mesures officielles bientôt, pour que chacun de ses membres soit en mesure d’évaluer s’ils iront de l’avant, ou pas, avec leurs activités estivales.

« Il va sûrement y avoir des choix déchirants à faire. Par exemple, les marchés publics qui sont liés à d’autres événements qui sont annulés n’auront peut-être pas les ressources pour se réorganiser. Une fois les mesures connues, communauté par communauté, les marchés pourront prendre leur décision », explique Jean-Nick Trudel. Toutefois, il faut déjà s’attendre à ce que les volets d’animation, comme des ateliers de chefs ou la présence d’artistes au marché, soient annulés en début de saison. Au lieu de fréquenter le marché, les clients seraient plutôt invités à simplement faire leurs achats auprès des producteurs. La façon de procéder pour les marchés publics pourrait s’apparenter à celle en place pour les épiceries, afin de donner accès aux différents produits alimentaires locaux

marché public

Crédit photo: Dominic Bérubé

Annulation des marchés de Pâques et l’exception rimouskoise

Sans surprise, la majorité des marchés de Pâques prévus n’ont finalement pas eu lieu. L’AMPQ négocie d’ailleurs avec le gouvernement pour obtenir des dédommagements pour ses membres et pour les producteurs touchés par l’annulation des événements printaniers.

Le Marché public de Rimouski fait cependant l’exception. Le marché de Pâques a été transformé en service à l’auto. La première journée de livraison a eu lieu le 4 avril, où 11 entreprises ont servi plus de 200 voitures. « C’est un défi logistique de taille, mais ça a été au-delà de nos espérances. L’engouement pour les produits locaux et surtout pour les produits frais ne se dément pas », se réjouit Maude-Alex St-Denis-Monfils, coordonnatrice du marché. Les commandes ont été faites en ligne auprès des producteurs, puis les clients avaient une plage horaire désignée par le marché pour les cueillir. Les voitures étaient identifiées avec un numéro de client pour faciliter la livraison. « On espère accueillir encore plus de clients lors de notre prochaine journée, le 18 avril ! »

Le commerce en ligne en appui aux marchés

L’AMPQ compte bientôt outiller ses membres avec une plateforme de commande en ligne. « Le projet était déjà dans nos cartons, mais c’est vite devenu une priorité, explique Jean-Nick Trudel. Nous allons utiliser une technologie existante ; on est en train de développer une entente d’utilisation. C’est essentiel pour nous que le commerce en ligne soit possible pour tous nos membres. Nous voulons que les mêmes outils soient disponibles pour les grands et les petits marchés. »

L’AMPQ sait que la solution est développée à la hâte, mais compte analyser l’activité en ligne cet été pour ensuite optimiser ce service. « On souhaite profiter des commandes en ligne pour créer de nouvelles habitudes de consommation locale, auprès de clients qui n’auraient peut-être pas fréquenté le marché autrement », précise Jean-Nick Trudel.



ESPACES ÉPHÉMÈRES

Exit l’événementiel, bonjour la vie de quartier

Et qu’adviendra-t-il des espaces collectifs ou éphémères, ces lieux de rassemblement qui étaient prévus dans différentes villes tout au long de la belle saison ? Difficile pour l’instant de prévoir l’avenir, même ce qui se passera dans quelques semaines, mais selon le codirecteur général et cofondateur de  l’organisme La Pépinière, Jérôme Glad, le retour graduel à la normale sera une occasion de renouer avec la vie de quartier. « Dans les 20 dernières années, tout a été pensé en grand. Gros festivals, grands aménagements. On a négligé le quartier et le quotidien. C’est l’occasion de les mettre de l’avant. »

Pour l’été à venir, La Pépinière annule donc la mise en place de ses espaces basés sur l’événementiel, dont le Village au Pied-du-Courant, à Montréal. L’organisme prévoit plutôt consacrer ses efforts au développement d’espaces du quotidien à faible affluence, comme des places de quartier. « Nous avons trois ou quatre nouveaux projets prévus pour cet été, dont un projet pilote à Pointe-aux-Trembles, qui pourra servir à un déploiement partout au Québec l’été suivant», ajoute-t-il.

Les projets de La Pépinière sont conçus d’une façon modulaire très flexible, ainsi l’équipe peut facilement ajouter ou annuler des paramètres en fonction des mesures qui seront dictées par les autorités d’ici la fin du confinement.