Engagement citoyen

Je mange donc je vote: faire de l’alimentation un enjeu électoral

Le 26 août 2019

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Le Réseau pour une alimentation durable (RAD) a lancé en début août la campagne, Je mange donc je vote en prévision des prochaines élections fédérales cet automne. Une belle initiative qui rappelle aux consommateurs que leurs choix alimentaires ont un poids non seulement politique, mais aussi économique.

je mange donc je vote

Voter pour quoi, pour qui ?

Il s’agit de la 2e édition de cette campagne. Lors des élections fédérales de 2015, les organisateurs avaient misé sur quatre enjeux spécifiques : en finir avec la faim au Canada, implanter un programme de saine alimentation scolaire fédéral, encourager les mesures de saine alimentation dans le nord du Canada et apporter plus de soutien aux nouveaux agriculteurs. À cette liste s’ajoutait une demande plus générale, appelant au déploiement d’une politique alimentaire nationale. Plaidoyer qui a certainement contribué au lancement de la Politique alimentaire canadienne en juin dernier.

Avec cette nouvelle campagne, le RAD adopte toutefois une nouvelle approche. « Il faut d’abord s’assurer que la Politique alimentaire canadienne restera en place, peu importe le gouvernement élu, et que plus de ressources financières seront dégagées pour agir sur les enjeux qu’elle cible », explique Rachel Cheng, directrice de la campagne Je mange donc je vote au RAD. La présente campagne vise à rassembler les communautés des quatre coins du pays afin de placer les enjeux alimentaires au cœur de la campagne électorale. « Pour ce faire, elle mise sur l’organisation d’évènements dans différents milieux, comme une ferme, une école, ou un organisme communautaire par exemple, au cours desquels les citoyens identifieront les problématiques de leur communauté et formuleront leurs demandes directement aux candidats », ajoute-t-elle. Et puisque la campagne est non partisane, tous les partis sont invités à entendre les électeurs et à partager les solutions mises de l’avant par leur programme électoral.

panier de légumes

Petits gestes, grands changements

Il est certain qu’en tant que simples citoyens/consommateurs, nous pouvons facilement nous sentir bien petits et impuissants devant la grande machine parlementaire. Pourtant, bien souvent sans nous en rendre compte, nous votons plusieurs fois par jour, en achetant (ou en n’achetant pas) certains aliments. Des petits gestes qui peuvent mener à de grands changements, comme en témoigne notamment le Réseau d’agriculture soutenu par la communauté, lancé par Équiterre il y a maintenant près de 25 ans.

Aujourd’hui bien connu, ce réseau de distribution de paniers de légumes biologiques a vu le jour en 1995 et s’est déployé de manière fulgurante. À l’époque, une seule ferme de Montérégie ne desservait que quelques familles de MontréalAujourd’hui, le réseau approvisionne 20 000 familles non seulement au Québec, mais aussi au Nouveau-Brunswick et à Ottawa. « Depuis 25 ans, les produits locaux et biologiques ont été grandement démocratisés et les formules de paniers se sont multipliées, précise Gaëlle Zwicky, chargée de projets pour le Réseau des fermiers de famille d’Équiterre. Avec le temps, ces produits ont mis en valeur avec l’apparition du programme de reconnaissance Aliments du Québec et l’augmentation du volume d’aliments biologiques vendus dans les supermarchés, par exemple. » Et lorsqu’un petit mouvement de niche influence les grands distributeurs alimentaires, force est de constater que petit à petit, l’oiseau fait son nid. « Équiterre travaille aussi auprès des institutions comme les hôpitaux et les écoles pour les inciter à s’approvisionner directement auprès des fermiers », ajoute-t-elle. Visiblement, l’oiseau a déployé ses ailes et il est sur le point de prendre son envol !

Nos comportements d’achat ont assurément une grande influence sur les pratiques des petits et grands joueurs du monde agroalimentaire. Auteure du livre, Acheter, c’est voter, paru en 2005, Laure Waridel a été l’une des premières à attirer l’attention du public sur ce pouvoir économique des consommateurs. Elle se réjouit aujourd’hui de constater le chemin accompli :

« Les gens cherchent de plus en plus de façons concrètes d’agir par rapport aux changements climatiques, notamment par la réduction de la consommation de viande, du gaspillage alimentaire et en privilégiant les produits bio et équitables. Et manger est justement une belle occasion d’agir et de créer des liens avec l’environnement et ceux qui nous nourrissent. » — Laure Waridel

Près de quinze ans après la parution de son livre, force est de constater que le message de Laure Waridel a porté fruit : on trouve maintenant du café équitable un peu partout, même dans les grandes chaînes de cafés et les supermarchés. Idem pour d’autres produits équitables, comme le thé et les bananes. La loi de l’offre et la demande a bien fait son œuvre : plus les consommateurs ont cherché à se procurer des produits équitables, plus les commerçants ont compris l’intérêt d’en offrir.

Ensemble, c’est mieux

En plus de prendre part à la campagne, Je mange donc je vote, Laure Waridel encourage les citoyens à partager leurs préoccupations à l’égard des divers enjeux alimentaires à leurs candidats. « Ils sont beaucoup plus à l’écoute en période électorale, soutient-elle. Et faites connaître vos gestes sur les médias sociaux, afin de créer un effet boule de neige. Après tout, les victoires qui se gagnent sont celles qu’on n’abandonne pas. » Bien dit ! Maintenant, à nous tous de jouer !



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