Sommet sur l'alimentation

Un moment clé pour la future Politique bioalimentaire du Québec

Le 22 novembre 2017

Le Sommet sur l’alimentation, qui a eu lieu le 17 novembre à Québec, s’est terminé par une ovation debout. Qu’est-ce qui a autant emballé les 200 participants à cet évènement ? Nous avons posé la question à Corinne Voyer, directrice de la Coalition poids et à Hélène Laurendeau, nutritionniste.

Corinne Voyer et Hélène Laurendeau sont toutes les deux revenues très enthousiastes de cette journée. Elles perçoivent cet évènement comme un moment clé pour l’avenir de l’alimentation saine et durable au Québec, notamment en raison de la présence de M. Philippe Couillard durant tout le sommet.

MM. Laurent Lessard et Philippe Couillard – © Clément Allard et Éric Labonté, MAPAQ

« La présence du premier ministre a envoyé un message très fort, tout comme celle de M. Laurent Lessard, ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, se réjouit Hélène Laurendeau. Et dans la salle, j’ai senti une grande cohérence, un réel appui de tous pour mettre l’accès à des aliments sains et abordables produits de façon durable au cœur de la prochaine Politique bioalimentaire du Québec. »

Corinne voyer, directrice de la Coalition poids – © Clément Allard et Éric Labonté, MAPAQ

Une approche transversale

« Cette cohérence faisait grand plaisir à entendre et il est clair que ces priorités vont teinter la politique à venir, renchérit Corinne Voyer. L’intersectorialité a aussi été mise de l’avant de façon explicite, notamment son arrimage avec la Politique gouvernementale de prévention en santé. Ça fait longtemps que nous attendons une approche transversale en matière d’alimentation et nous y sommes, c’est un grand progrès! », poursuit-elle en précisant que les municipalités, ainsi que les ministères de l’Environnement et de la Santé ont tous un rôle clé à jouer dans la mise en œuvre d’une politique alimentaire.

Hélène Laurendeau, nutritionniste – © Clément Allard et Éric Labonté, MAPAQ

Une norme sociale qui change

« M. Lessard a déclaré que la mer et la terre avaient besoin d’aide, relate Hélène Laurendeau. L’importance des circuits courts, des aliments locaux, de la santé des agriculteurs, du bien-être animal et de la réduction du gaspillage alimentaire a été maintes fois mentionnée, alors qu’il y a 10 ans, ces sujets étaient loin d’être prioritaires. La norme sociale change et elle change pour le mieux ! »

« Les arguments économiques n’ont pas écrasé les autres enjeux, reconnaît également Corinne Voyer. Les messages étaient complémentaires, tant du point de vue de la santé que de la protection de l’environnement et de l’accessibilité économique. »

Au centre : Sylvie Bernier, présidente de la Table québécoise pour une saine alimentation –    © Clément Allard et Éric Labonté, MAPAQ

Ainsi, M. Lessard a indiqué que le gouvernement compte, d’ici 2025, doubler les superficies en production biologique au Québec et amener de 52 % à 70 % la part des produits québécois de la mer certifiés « Pêche durable » (Marine Stewardship Council – MSC).

Un cadre financier et un suivi

Comme le souligne Hélène Laurendeau, il y a également eu un message clair sur le plan économique: « M. Couillard a publiquement demandé au ministre des Finances de délier les cordons de la bourse afin de mettre en place un cadre financier rigoureux. De plus, le premier ministre a insisté sur la pérennité de la politique à venir, au-delà des changements de gouvernement. Un dialogue permanent avec les partenaires et des bilans réguliers sont prévus, afin d’ajuster le tir au besoin. »

Au centre : Jean-François Archambault, directeur général de la Tablée des chefs – © Clément Allard et Éric Labonté, MAPAQ

Au chapitre financier, Pascale Tremblay, coanimatrice du sommet, a également mentionné dans sa synthèse de la journée les propositions concernant des réglementations et mesures fiscales visant à encourager la saine alimentation. La taxe sur les boissons sucrées figure parmi les mesures fiscales mentionnées par plusieurs participants.

L’éducation à l’alimentation : une priorité

Dans son allocution finale, M. Couillard a souligné qu’il avait entendu le message de la Tablée des chefs au sujet de retour des cuisines dans les écoles. Il a également mentionné le reportage de l’émission L’épicerie sur l’alimentation dans les écoles et les établissements de santé au Danemark. « Il y a plein de choses qu’on est capables de faire ici », a-t-il dit, après avoir insisté sur le fait que l’éducation alimentaire est essentielle dès le plus jeune âge.

« J’ai applaudi comme les autres participants, mais, pour l’ovation debout, je vais attendre de voir le contenu de la politique au printemps prochain, nuance Corinne Voyer. Les trois rencontres préparatoires et le sommet ont permis à tous les participants de bien mûrir leurs positions. Ils se sont aussi rencontrés à l’occasion de la préparation de la Stratégie de Santé Canada en matière de saine alimentation. La Politique alimentaire pour le Canada, la première du genre, est aussi en préparation, c’est clair qu’il y a un « momentum » autour du droit à la saine alimentation. »

« Le gouvernement du Québec a une occasion extraordinaire de tirer la norme vers le haut, d’être au diapason, plutôt qu’à la remorque des tendances de fond en matière d’alimentation saine, durable et accessible à tous, conclut Hélène Laurendeau. Si la future politique se rallie à ces enjeux, le Québec sera à l’avant-garde, tout comme le Danemark. »

Notes
– Les 200 participants à cet évènement représentaient la production agricole, les pêches, la transformation alimentaire, la distribution, la restauration, les consommateurs et des organisations citoyennes, ainsi que la société civile.
– Les trois rencontres préparatoires et le sommet ont été enregistrés et peuvent être visionnés ici, ce qui a permis à notre journaliste de regarder des extraits, dont l’allocution finale de M. Couillard.
– Communiqué de presse du 17 novembre : Sommet sur l’alimentation Notre secteur bioalimentaire : une priorité économique à développer, un engagement social à soutenir et l’occasion d’améliorer la santé de tous.