En rafale

Coup d’œil sur la recherche: 14 juin 2017

Le 15 juin 2017

Cette semaine: les milliards de dollars qui seraient économisés grâce à des politiques audacieuses favorisant les saines habitudes de vie, des statistiques mondiales sur le surpoids malheureusement milliardaires, ainsi qu’une « entourloupette » créative pour inciter les gens à choisir un plat de légumes. Sans oublier un rapport international qui met en vedette la politique alimentaire de la région du Golden Horseshoe, en Ontario.

Activité physique

Des enfants plus actifs = des milliards en moins en dépenses directes de santé. Actuellement, aux États-Unis, seulement 32 % des enfants de 8 à 11 ans font 25 minutes d’activité physique intense par jour, ce qui entraîne des frais de santé de 1,5 billions $ par an. Selon cette étude de simulation, si cette proportion passait à 50 %, le nombre d’enfants obèses diminuerait de 4 %, ce qui éviterait des dépenses de santé de 8 milliards $ par an. Si 75 % des enfants de 8 à 11 ans atteignaient cette cible de 25 minutes d’activité intense 3 fois par semaine, c’est 17 milliards $ de frais directs de santé qui seraient évités chaque année. Ces chiffres astronomiques confirment qu’investir pour faire augmenter l’activité physique serait extrêmement rentable soulignent les auteurs. Et d’autant plus lorsqu’on inclut dans le calcul global les coûts indirects calculés par les chercheurs : perte de productivité au travail à l’âge adulte et nombre d’années de vie en bonne santé.

Lee BY et collab. Modeling The Economic And Health Impact Of Increasing Children’s Physical Activity In The United States. Health Aff (Millwood). 2017 May 1;36(5):902-908.

Politiques alimentaires 

Subventionner les fruits et les légumes pour sauver des vies. Selon cette étude de modélisation, si le gouvernement américain instaurait une subvention diminuant de 10 % le prix des fruits et légumes, 150 000 décès causés par les maladies cardiovasculaires seraient évités ou retardés d’ici 2030. Par ailleurs, une subvention à hauteur de 30 % ciblant les citoyens bénéficiant du Programme d’aide supplémentaire à la nutrition (Supplemental Nutrition Assistance Program – SNAP) réduirait les disparités socio-économiques au chapitre des maladies cardiovasculaires. Fait intéressant : cette subvention de 10 % serait nettement plus efficace qu’une taxe de 10 % sur les boissons sucrées pour réduire le nombre de décès (31 000 décès évités ou retardés) ou qu’une campagne nationale d’un an visant à augmenter la consommation des fruits et légumes (25 000 décès évités ou retardés).

Pearson-Stuttard J et collab. Reducing US cardiovascular disease burden and disparities through national and targeted dietary policies: A modelling study. PLoS Med. 2017 Jun 6;14(6):e1002311.

Texte complémentaire : Taxer les aliments pour encourager une saine alimentation : une mesure efficace ?

Villes et systèmes alimentaires : 5 études de cas détaillées. Au cours des 20 dernières années, des centaines de villes sont passées à l’action pour transformer leur système alimentaire afin que leurs citoyens aient accès à des aliments sains, produits de façon durable. Ce rapport étoffé se penche sur 5 initiatives urbaines et périurbaines, dont celle de la région fortement urbanisée du Golden Horseshoe en Ontario (The Golden Horseshoe Food and Farm­ing Plan), celle de Détroit (Urban Agriculture Ordinance), et celle d’Amsterdam, qui vise à réduire l’obésité des enfants de façon structurelle. Pour chaque étude de cas, le rapport présente les facteurs facilitants, les obstacles et les leçons apprises. Un document incontournable.

What makes urban food policy happen? Insights from five case studies. International Panel of Experts on Sustainable Food Systems (IPES-Food), June 2017. Résumé

Marketing alimentaire ciblant les jeunes

Pubs de malbouffe à la télévision américaine : constat mitigé. Aux États-Unis, l’exposition des enfants et des adolescents à des annonces télévisées d’aliments malsains diminue progressivement depuis 2013. Toutefois, ce type d’annonces représente encore plus de 75 % des pubs alimentaires vues par les jeunes. Et même si les fruits, les légumes et les produits laitiers sont proportionnellement plus en vedette qu’en 2007, les produits les plus sains ne constituent que 9 % des publicités vues par les enfants et les adolescents. Jointe par courriel, Jennifer L. Harris, coauteure de ce document, nous a confirmé que cette diminution du marketing de la malbouffe au petit écran cache le fait que l’industrie a désormais plus souvent recours au marketing numérique (applications, médias sociaux, etc.). Elle a ajouté que cette baisse tient aussi au fait que les jeunes, particulièrement les adolescents, regardent moins la télévision qu’avant.

Trends in Television Food Advertising to Young People: 2016 Update. Rudd Center for Food Policy & Obesity, University of Connecticut, June 2017.

Alimentation

Légumes à la cafétéria : quand le vocabulaire change tout! Dans une cafétéria de l’université de Stanford, pendant 46 jours, un plat de légumes, par exemple une salade de betteraves, a été mis en vedette de 4 façons différentes (traduction libre) :

  • étiquetage de base : salade de betteraves;
  • étiquetage lié à une restriction alimentaire : salade de betteraves avec vinaigrette faible en gras;
  • étiquetage lié à la santé : les betteraves sont très riches an antioxydants;
  • étiquetage lié à la saveur, à la gratification : betteraves délicieusement assaisonnées à la lime acidulée.

Le plat lui-même était rigoureusement identique, mais son étiquetage a eu un effet important sur le choix des étudiants et du personnel : la mention liée à la saveur a incité 25 % plus de dîneurs à choisir le plat que celle indiquant simplement le nom du plat, 41 % de plus que la mention restrictive et 35 % de plus que la mention liée à la santé. Les chercheurs concluent donc que la créativité à bien meilleur goût, d’autant plus que l’industrie alimentaire l’utilise déjà pour vendre des aliments malsains.

Bradley P. et collab. Association Between Indulgent Descriptions and Vegetable Consumption: Twisted Carrots and Dynamite Beets. JAMA Intern Med. Published online June 12, 2017.

Surpoids et obésité

Plus de 710 millions de personnes obèses en 2015, dont près de 107 millions d’enfants. Financée par la Bill and Melinda Gates Foundation, cette étude de très grande envergure (25 ans, 195 pays et territoires) dévoile des données qui confirment que l’épidémie de surpoids et d’obésité est mondiale. Voici quelques-unes des données présentées :

  • En 2015, 2,2 milliards de personnes étaient en surpoids ou obèses.
  • De 1980 à 2015, la prévalence de l’obésité chez les enfants et les adultes a doublé dans 73 pays et a augmenté de façon continue dans la plupart des autres pays.
  • Dans de nombreux pays, au cours de cette même période, le taux de croissance de l’obésité infantile a été plus élevé que celui des adultes.
  • Au sein des 20 pays les plus populeux, les États-Unis affichent le taux d’obésité le plus élevé chez les enfants et les jeunes adultes, soit 13 %. C’est l’Égypte qui détient le triste record du taux d’obésité le plus élevé chez les adultes, soit 35 %.
  • En 2015, le surpoids et l’obésité ont contribué à la perte de 120 millions d’années de vie en bonne santé.

The GBD 2015 Obesity Collaborators. Health Effects of Overweight and Obesity in 195 Countries over 25 YearsNew England Journal of Medicine. 12 Jun 2017.