En rafale

Coup d’œil sur la recherche: les tout-petits et les écoliers sous la loupe

Le 31 août 2017

Cette semaine, nous vous présentons plusieurs études récentes menées en garderie et en milieu scolaire. Principal sujet : les politiques et les interventions en saines habitudes de vie mises en place dans ces milieux sont-elles efficaces ? Un indice : il n’y en aura pas de facile!

Ontario : résultats d’une étude d’intervention en activité physique dans 9 garderies

Les chercheurs ont mesuré le taux de gras corporel, la sédentarité et l’activité physique d’enfants fréquentant 18 garderies accréditées d’Ottawa. Dans 9 d’entre elles, ils ont implanté le programme Activity Begins in Childhood (ABC). Après 6 mois, ils ont repris les mêmes mesures et n’ont pas constaté de différence significative entre les enfants du groupe témoin et ceux ayant bénéficié de l’intervention. De plus, les résultats du programme ABC ont été similaires, que les parents soient impliqués à la maison ou pas. Une des explications avancées par les auteurs est la suivante : durant cette période de croissance tous les enfants développent des habiletés motrices qui les amènent à bouger davantage Ils soulignent également que des études similaires, menées ailleurs dans le monde, sont arrivées à des résultats semblables.

Adamo KB et collab. Effects of a Preschool Intervention on Physical Activity and Body Composition. J Pediatr. 2017 Sep;188:42-49.e2. (Nous avons obtenu le texte complet de cette étude en communiquant avec l’auteur principal.)

Politiques alimentaires dans les milieux scolaires et préscolaires

Les auteurs de cette intéressante synthèse se sont penchés en détail sur les différentes réglementations, directives et politiques qui régissent la qualité des repas servis aux tout-petits et aux écoliers en Suède, au Royaume-Uni et en Australie. Leur but était de vérifier comment ces directives étaient mises en vigueur et si leur impact sur la santé des enfants avait été évalué. Les chercheurs ont constaté que les repas servis aux écoliers sont généralement mieux encadrés que les repas servis dans les garderies et que l’application des politiques alimentaires laisse à désirer, parce que celles-ci ne sont pas obligatoires. Ils concluent également que, pour être efficaces, ces politiques dans les garderies et les écoles doivent faire partie d’un ensemble de mesures politiques et de santé publique visant à améliorer l’environnement alimentaire global.

Lucas PJ et collab. Preschool and School Meal Policies: An Overview of What We Know about Regulation, Implementation, and Impact on Diet in the UK, Sweden, and AustraliaNutrients. 2017 Jul 11;9(7). pii: E736. Review.

Quel est le milieu de garde qui protège le mieux les tout-petits contre le risque de surpoids?

Cette synthèse de 24 études révèle que le gardiennage informel des tout-petits de 3 ans et moins est associé à un risque plus élevé de surpoids, surtout lorsqu’il est fait par un proche ou lorsque l’enfant est issu d’un milieu défavorisé. Par ailleurs, plus les tout-petits passent du temps à la garderie ou à se faire garder par un proche, plus ils sont à risque d’être en surpoids, tout comme ceux qui commencent à se faire garder avant l’âge d’un an. Les auteures soulignent la faible qualité méthodologique de la plupart des études analysées et insistent sur l’importance d’avoir des données plus fiables pour bien guider les interventions en prévention du surpoids chez les tout-petits. La plupart de ces études ont été menées aux États-Unis (13) et en Europe (7).

Black L, Matvienko-Sikar K, Kearney PM. The association between childcare arrangements and risk of overweight and obesity in childhood: a systematic review. Obes Rev. 2017 Jul 04. (Nous avons obtenu le texte complet de cette étude en communiquant avec l’auteure principale. )

Vélobus vers l’école à Seattle : efficace à court terme

Au cours de cette petite étude, 35 enfants de 4 écoles situées dans un secteur défavorisé de Seattle ont reçu un vélo, un casque et un cadenas, ainsi qu’une formation cycliste de 2 à 3 heures. Les chercheurs ont ensuite mis en place un vélobus dans 2 de ces écoles. Après 4 semaines, par rapport aux deux écoles témoins, le vélobus avait accru le taux de trajets actifs vers l’école de 45 %, et que le temps d’activité physique d’intensité modérée à élevée avait augmenté de 21 minutes par jour.

Mendoza JA et collab. Bicycle Trains, Cycling, and Physical Activity: A Pilot Cluster RCT. Am J Prev Med. 2017 Jun 23. pii: S0749-3797(17)30257-X. (Nous avons obtenu le texte complet de cette étude en communiquant avec l’auteur principal.)

Intervention scolaire en Nouvelle-Zélande : pas d’effet sur le poids corporel, mais sur les habitudes alimentaires, oui!

Les chercheurs ont évalué les effets d’un programme multivolets de promotion des saines habitudes de vie implanté dans 10 écoles primaires (1 426 élèves) près de Melbourne. Après 3,5 ans, les résultats indiquent que la réduction de la prévalence de l’obésité a été similaire à celle observée dans 12 écoles témoins (1 539 élèves). En revanche, dans les écoles où le programme a été implanté, les parents ont rapporté que les élèves ont consommé plus de fruits et de légumes. Ces jeunes étaient également deux fois moins susceptibles d’apporter une boisson sucrée dans leur boîte à lunch que ceux des écoles témoins. De plus, dans les écoles où ce programme a été implanté, les chercheurs ont constaté une nette augmentation de l’adoption de politiques en matière de saines habitudes de vie. Le coût annuel du programme a été de 65 $ par élève.

Waters E et collab. Cluster randomised trial of a school-community child health promotion and obesity prevention intervention: findings from the evaluation of fun ‘n healthy in Moreland! BMC Public Health. 2017 Aug 3;18(1):92.

Aliments consommés à l’école : la qualité nutritionnelle n’est pas au rendez-vous

Que mangent les jeunes Canadiens durant le temps qu’ils passent à l’école? Voilà la question qu’ont explorée des chercheuses de l’Université de Colombie-Britannique en se basant sur les données de l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes (année 2004, 4 827 sujets). Leur bilan n’est pas reluisant. Selon l’index de saine alimentation qu’elles ont mis au point, les repas des jeunes Canadiens obtiennent une note moyenne de 53 points sur 100. C’est le Québec qui arrive en tête avec un index de 57, ce qui reste tout de même très faible. Notez toutefois que 6 provinces ont banni la malbouffe des écoles depuis 2005, ce qui, espérons-le, devrait avoir amélioré le menu des jeunes.

Claire N. Tugault-Lafleur et collab. Examining school-day dietary intakes among Canadian children. Applied Physiology, Nutrition, and Metabolism, 23 August 2017.

Écoliers en surpoids = marginalisation et rejet plus fréquents

Les auteurs de cette étude ont fait une enquête auprès de 504 préadolescents néerlandais pour analyser l’impact du poids corporel sur la trame des amitiés et inimitiés tissées à l’école. Ils ont constaté que les écoliers en surpoids étaient non seulement moins susceptibles d’être considérés comme des « amis » par leurs pairs, mais aussi plus susceptibles d’être perçus comme des « ennemis ». Ces données indiquent donc que la marginalisation de ces jeunes n’est pas uniquement passive (exclusion), mais se manifeste aussi par un rejet explicite. Les auteurs soulignent que cette situation contribue à augmenter le malaise psychologique des enfants en surpoids. Ils recommandent que la sensibilisation des enfants de poids normal fasse partie des interventions destinées à prévenir l’obésité afin d’améliorer l’intégration des jeunes en surpoids et leur qualité de vie.

Kayla de la Haye et collab. The dual role of friendship and antipathy relations in the marginalization of overweight children in their peer networks: The TRAILS Study. PLOS ONE, 2017; 12 (6): e0178130.