En rafale

Coup d’œil sur la recherche: spécial Acfas

Le 12 mai 2017

Cette semaine, l’équipe de 100 degrés est allée fureter au congrès annuel de l’Association francophone pour l’avancement du savoir, qui a eu lieu à Montréal du 8 au 12 mai.

Notre journaliste Françoise Ruby a assisté à une journée thématique sur le rapport des jeunes à l’alimentation au moment de la transition vers l’adolescence. Instagram, l’influence parentale et le projet-pilote « Arts de Faire Culinaires au Collège » font partie des recherches présentées à l’occasion de cet événement.

À table avec Instagram : la norme alimentaire dans un média social hyperpopulaire

Monique Caron-Bouchard

Si l’on se fie à ce que les jeunes diffusent sur Instagram, la nourriture les intéresse. Monique Caron-Bouchard, professeure au Collège Jean-de-Brébeuf, a présenté les résultats préliminaires d’une analyse de 300 messages portant sur l’alimentation. Ces données révèlent, entre autres, les informations suivantes :

  • 61 % des photos ne présentent aucun aliment de la catégorie viandes et substituts;
  • 67 % des photos ne présentent aucun produit laitier;
  • 14 % des photos montrent la présentation de nourriture, 30 % la consommation et 50 % la présentation;
  • dans la catégorie « santé », une forte majorité des mots-clics concerne l’apparence physique.

L’influence parentale chez les jeunes Québécois de 12 à 14 ans

Marie Marquis

Crédit photo : Hombeline Dumas

Quelles sont les motivations de la consommation alimentaire des jeunes adolescents? Marie Marquis, professeure à l’Université de Montréal, a présenté les données issues de 50 entrevues individuelles, dont 30 incluaient la présentation de photos d’aliments. Réalisées en 2011 avec 28 garçons et 22 filles âgés de 12 à 14 ans, révèlent l’importance du rôle de modèle, encore majoritairement joué par la mère :

  • le principal souci des mères est d’offrir un plat qui sera mangé par toute la famille, de préférence dans le calme;
  • les jeunes observent et reproduisent les comportements alimentaires des parents;
  • les jeunes sont conscients des écarts de comportement de leurs parents, qui, par exemple, camouflent leur consommation de croustilles;
  • les jeunes reçoivent les conseils alimentaires de leur mère sans en remettre en doute les fondements;
  • les aliments sont des outils de négociation.

Marie Marquis a souligné que les mères en ont beaucoup sur les épaules en matière d’alimentation et que les messages de santé publique ne correspondent souvent pas à la réalité quotidienne des ménages. Selon elle, pour que les mères ne se ferment pas aux messages, ceux-ci doivent être axés sur ce qu’elles font déjà de bien et sur ce qu’elles peuvent réalistement faire, plutôt que sur ce qu’elles devraient faire.

Deux étudiantes ont soutenu leur mémoire de maîtrise en utilisant des données de cette étude, menée par des chercheurs de l’Université de Montréal et de l’INSPQ : Caroline Lebel (2015) et Ariane Allaire-Loiselle (2016).

Une approche alternative d’éducation nutritionnelle à l’école secondaire

Valérie-Inès De La Ville

Grâce à l’initiative et à l’implication enthousiaste de la directrice du Collège Marguerite de Valois, à Angoulême, des étudiants ont suivi pendant 3 ans (2013-2016) un programme pilote intitulé « Arts de faire culinaires au collège » (AFCC). Valérie-Inès De La Ville, chercheuse à l’Université de Poitiers, en France, a présenté  un premier bilan de l’évaluation longitudinale de ce programme innovant. Les résultats sont positifs au chapitre de l’appropriation et de l’autonomisation des participants (élèves du secondaire 1 à 4), mais varient selon plusieurs facteurs comme le style éducatif parental et la culture alimentaire familiale. On compte, parmi les autres effets de cette initiative :

  • le taux d’absentéisme des élèves a chuté de façon radicale;
  • l’AFCC a entraîné, grâce aux compétences managériales de la directrice, une mobilisation de toute la communauté scolaire;
  • les familles se sont réinvesties dans le collège.

Pour en savoir plus sur ce programme (vidéos, résultats, etc.) : Arts de faire culinaires au collège 

Guide d’implantation du programme « Arts de faire culinaires au collège »

Le succès du programme testé au Collège Marguerite de Valois (voir ci-dessus) a suscité beaucoup d’intérêt. Un financement supplémentaire a permis de produire un guide « clés en main » qui a pour but de transférer, en tout ou en partie, ce projet dans d’autres établissements scolaires ou centres sociaux. En 2016/2017, 15 établissements français ont mis en place un ou plusieurs des 5 modules du programme. Pour en savoir plus :

Silence on cuisine! Des vidéos par et pour les élèves

Depuis 4 ans, des élèves québécois de secondaire 3 réalisent en équipe, sur une période de quelques mois, 2 capsules vidéo, dont une sur la préparation d’un plat sain et facile à cuisiner. Ces vidéos sont visionnées et discutées en classe, puis partagées sur YouTube et Facebook. C’est Vincent Ouellet, professeur en sciences à l’école secondaire publique de Mont-Royal, qui a conçu ce programme intitulé « Silence on cuisine! » Selon un groupe focus mené avec 17 jeunes et une enquête par questionnaires auprès de 122 élèves, leur motivation et leur plaisir à participer à ce projet éducatif sont attribuables aux aspects suivants :

  • l’approche pédagogique par la vidéo;
  • la réalisation d’un travail en équipe et entre amis;
  • la place accordée à la créativité;
  • leur grande autonomie dans le projet;
  • une occasion de participer, et de se distinguer à l’école.

Vincent Ouellet a également parlé des défis qu’il relève chaque année pour défendre la pertinence et la viabilité de son projet éducatif. L’enquête a été réalisée par ComSanté, le Centre de recherche sur la communication et la santé de l’UQÀM.

Pour en savoir plus sur le projet « Silence on cuisine! »  : Local 211

L’innovation municipale= la possibilité de réaliser des projets ambitieux avec des budgets serrés

Notre collaboratrice Rotem Ayalon a quant à elle assisté à une table ronde intitulée « L’innovation municipale: sa pratique et ses enjeux ». Trois maires et un chercheur y ont partagé leurs réflexions et leurs réalisations. Ils ont reconnu que cette démarche présente des défis importants, mais qu’elle peut permettre de résoudre plusieurs problématiques municipales dans un contexte de ressources limitées.

  • Bernard Sévigny, maire de Sherbrooke et président de l’UMQ, a expliqué que sa ville décerne chaque année un prix qui met en évidence les solutions innovantes mises en place par le personnel municipal.
  • Peter Trent, maire sortant de Westmount, a souligné le fait que les innovateurs sont souvent inspirés par les innovations des autres. D’où l’importance de bien répertorier et faire circuler les bonnes pratiques afin de créer un effet domino. Ainsi, d’autres municipalités peuvent adapter les solutions innovantes en fonction de leurs propres problématiques.
  • Michel Angers, maire de Shawinigan, a souligné que la mise en place d’une stratégie de diversification économique audacieuse a été efficace pour dynamiser la culture entrepreneuriale de la collectivité.
  • Le chercheur Gorka Espiau a insisté sur le fait que le processus d’innovation n’est pas linéaire. Il prend plutôt la forme d’un « U » : la municipalité amorce une réflexion, puis consulte ses citoyens avant de passer à l’action. En effet, l’écoute et l’implication d’une communauté sont nécessaires pour que les projets innovants atteignent leur plein potentiel de changement.