Abandon du tabagisme

De tout cœur, arrêtez: semaine pour un Québec sans tabac

Le 21 janvier 2020

Cette année, dans le cadre de la Semaine pour un Québec sans tabac, qui se tient du 19 au 25 janvier, le Conseil québécois sur la santé et le tabac met l’accent sur les risques de maladies cardiovasculaires.

De tout cœur. Arrêtez. Voilà le slogan de la campagne de sensibilisation sur lequel mise, cette année, le Conseil québécois sur la santé et le tabac (CQST). Car, comme l’explique sa directrice, Annie Papageorgiou, si pour bien des gens, le tabagisme est associé aux maladies pulmonaires, on connaît par contre bien moins ses impacts sur la santé cardiaque.

« Or, le tabac contribue à au moins 36 maladies cardiovasculaires, enchaîne-t-elle. Il double, entre autres, les risques d’être victime d’un infarctus du myocarde aigu ou d’un accident vasculaire cérébral. Globalement, les fumeurs courent jusqu’à quatre fois plus de risques de mort cardiaque subite que les non-fumeurs. C’est bien simple :  le tabagisme, c’est la première cause de mortalité évitable. »

C’est pourquoi Annie Papageorgiou ne cesse de marteler son message : il n’est jamais trop tard pour arrêter de fumer. « Seulement après un an, explique-t-elle, les risques de maladies cardiovasculaires sont réduits de moitié. Et au bout de 15 ans, le cœur revient à la normale, comme si on n’avait jamais fumé. C’est donc réversible. Alors, ça vaut vraiment la peine ! »

J’arrête, j’y gagne !

« L’une des premières étapes, c’est de demander de l’aide thérapeutique à son médecin, conseille Annie Papageorgiou. Car il existe plusieurs produits pharmacologiques homologués par Santé Canada qui aident au sevrage. Ensuite, les personnes peuvent consulter le site jarrete.qc.ca (iquitnow.qc.ca) pour profiter de nos outils d’accompagnement. Il est aussi possible de recourir gratuitement au soutien offert par la ligne téléphonique 1 866 JARRETE (1 866 527-7383), d’utiliser le texto (smat.ca), ou de visiter l’un des centres d’abandon du tabagisme partout au Québec. »

La méthode que propose le Conseil québécois sur la santé et le tabac pour aider les fumeurs à se libérer de leur dépendance a fait ses preuves. Elle se base sur la thérapie dite d’acceptation et d’engagement[1]. « Pour le résumer, très sommairement, explique Annie Papageorgiou, plutôt que de lutter contre l’envie de fumer, il faut se dire et admettre : « J’ai envie de fumer, mais je vais penser à ce qui me motive à cesser de fumer ». Donc, la méthode suggère de miser sur les valeurs qui nous motivent plutôt que sur la lutte. C’est un important changement de paradigme, mais qui donne de bien meilleurs résultats. »

Tous pour un…

À l’heure actuelle, les fumeurs (12 ans et plus) représentent 18 % de la population, soit près de 1,3 million de personnes[2]. « Or, ce taux de tabagisme stagne depuis 4 ans, déplore Annie Papageorgiou. D’où l’importance d’intensifier les campagnes de sensibilisation et de multiplier les actions en prévention dans les établissements scolaires et communautaires. Il est crucial de prévenir le tabagisme chez les jeunes et d’encourager les fumeurs à abandonner le tabac. »

« La semaine sans tabac sert bien sûr à interpeller les fumeurs, explique-t-elle. Mais on veut aussi s’adresser aux non-fumeurs, car ils peuvent avoir un impact, jouer un rôle important. D’abord en faisant de la prévention auprès de leurs enfants. Mais aussi en discutant de la question avec les fumeurs. En les encourageant. Parce que savoir que nous ne sommes pas seuls pour mener cette démarche, c’est rassurant. Autrement dit, nous sommes tous concernés par le tabac. »

Et le vapotage ?

C’est une question tout aussi préoccupante que délicate à traiter, confie Annie Papageorgiou. « D’abord parce que, selon une vaste enquête pancanadienne, le vapotage est toujours en hausse chez les jeunes. Mais, d’autre part, parce que la cigarette électronique est aussi considérée par certains médecins comme un outil d’aide à la cessation du tabac. »

Voici donc un sujet complexe qui exige d’être minutieusement examiné. Et de fait, la ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann, s’est engagée à mettre en place de nouvelles mesures pour lutter contre le tabagisme et le vapotage. Elle a confié à M. Horacio Arruda, directeur national de santé publique, le mandat de piloter un groupe spécial pour se pencher, entre autres, sur l’encadrement des saveurs, les taux de nicotine permis et l’accessibilité des produits de vapotage.

« Le CQST siège justement sur l’un des groupes d’intervention, précise Annie Papageorgiou. D’ici le mois d’avril, nous devrions être en mesure de préciser des règles d’encadrement et des outils appropriés pour prendre la mesure de ce phénomène. Car, la cigarette électronique est un sujet controversé, en raison de ses bienfaits potentiels. Mais, d’autre part, nous trouvons déplorables les stratégies de marketing qui ciblent les jeunes afin d’en faire des consommateurs des produits du vapotage. »

« À cet égard, notre position demeure la même que celle exprimée par la ministre Danielle McCann dans sa mise en garde du 25 novembre 2019 : les jeunes, les femmes enceintes, les non-fumeurs, incluant les anciens fumeurs, devraient carrément s’abstenir de vapoter. Et c’est au nom de ce même principe de précaution que nous conseillons à ceux qui veulent cesser le tabac de privilégier, d’abord et avant tout, les aides pharmacologiques reconnues par Santé Canada, ce qui n’est pas encore le cas de la vapoteuse. »

[1] L’approche que préconise jarrete.qc.ca a été réalisée en étroite collaboration avec le Dr Jonathan Bricker qui a conçu la thérapie d’acceptation et d’engagement (Acceptance and Commitment Therapy– ACT) au Fred Hutchinson Cancer Research Center à Seattle.
[2] Soulignons que le Canada vise un taux de tabagisme de 5 % d’ici 2035, alors que le Québec souhaite, pour sa part, atteindre un taux de 10 % d’ici 2025.