TOPO 2017

Enquête sur la santé et la réussite éducative des jeunes montréalais: quelles leçons à tirer?

Le 14 mai 2018

Le 10 mai dernier, j’ai pris part au Grand rendez-vous montréalais : comment vont nos jeunes ? Nous étions près de 300 participants (décideurs, professionnels et intervenants) rassemblés pour traiter d’un sujet qui nous tient à cœur: le développement du plein potentiel des jeunes montréalais. Le dévoilement des résultats de l’enquête TOPO 2017 était le point de départ de cette journée organisée par la Direction régionale de santé publique de Montréal.

De quoi s’agit-il ?  TOPO 2017, c’est une enquête de grande ampleur qui dresse un portrait des jeunes montréalais de 6année sur différents facteurs qui ont une influence sur la santé et la réussite éducative. Voici les principaux faits saillants que j’ai retenus de ma journée : d’abord des statistiques et ensuite des pistes de solution. Il va de soi que ces idées sont valables non seulement pour les jeunes de la métropole, mais pour tous les enfants québécois.

Un état de la situation préoccupant

Alimentation

Selon l’enquête, 15 % des jeunes répondants rapportent une consommation quotidienne d’aliments à faible valeur nutritive. La proportion s’avère moins élevée que la perception des participants qui estimaient ce comportement deux fois plus répandu. TOPO révèle toutefois des variations importantes d’un arrondissement à l’autre (7 % Petite Patrie comparativement à 36 % dans Pointe-Saint-Charles).

Par contre, personne n’a été surpris d’apprendre que 62 % des élèves de 6année à Montréal ne consomment pas suffisamment de fruits et de légumes.

Activité physique

En matière d’activité physique, nul ne s’étonne de constater que 65 % des élèves n’en font pas suffisamment. L’enquête révèle cependant des disparités géographiques intéressantes. Dans les faits, si la pratique d’activité physique durant les loisirs est relativement similaire d’un territoire à l’autre, la contribution des déplacements actifs est plus importante dans les quartiers centraux de l’île. Ce résultat s’expliquerait en partie par des aménagements plus favorables à la marche et à la bicyclette au cœur de la ville que dans les quartiers périphériques.

Environnement social

Le portrait que dresse TOPO n’est pas que négatif. Les jeunes rapportent bénéficier d’un niveau élevé de soutien de la part de la famille, des amis et de l’école. Ils manifestent un degré de satisfaction général élevé par rapport à leur vie.

Démographie

Le caractère ethnoculturel de Montréal est bien connu. Plusieurs participants ont toutefois été surpris d’apprendre que plus de moitié (54 %) des parents de jeunes de 6année sont nés à l’extérieur du pays. Une réalité qui fait partie des richesses de la métropole, mais qui entraîne certains défis dans la mise en œuvre d’actions susceptibles de rejoindre l’ensemble de la population.

Défavorisation

Des écarts importants sont observés entre les milieux les mieux nantis et ceux moins bien nantis. Les jeunes dans les milieux défavorisés sont deux fois plus nombreux à :

  • consommer de la malbouffe dans un restaurant ou un casse-croûte au moins 3 fois par semaine;
  • ingérer des boissons sucrées, des grignotines ou des sucreries tous les jours;
  • passer plus de 4 h par jour devant les écrans durant la semaine.

Enfin, l’enquête fait le triste constat que le nombre d’élèves à risque de décrochage scolaire est 4 fois plus important dans les milieux défavorisés.

Des pistes de solutions

L’après-midi a été consacré à la recherche de pistes de solution en vertu de la prémisse suivante : toutes les idées sont bonnes. D’entrée de jeu, tous ont reconnu que des pratiques prometteuses étaient déjà en place sur le terrain et qu’elles méritaient d’être mises en lumière, mais qu’il était aussi nécessaire de se remettre en question pour demeurer efficaces. La recherche d’indicateurs communs est aussi apparue comme une nécessité pour ne pas perdre du vue les objectifs à atteindre.

En trame de fond

Tous s’entendent pour dire qu’il faut agir sur les facteurs de risque et de protection pour demeurer en amont des problématiques soulevées par l’enquête plutôt que de se retrouver en mode réaction.

La transformation des environnements a occupé une place importante dans les échanges, de même que la nécessité de porter une attention particulière à l’accessibilité universelle et de se pencher sur les besoins des populations vulnérables afin d’éviter de perpétuer les écarts déjà observés, notamment ceux entre les milieux les plus favorisés et les moins favorisés.

Il a beaucoup été question de la participation citoyenne et de la voix des jeunes dans la recherche de solutions. Pour ce faire, il paraît incontournable d’aller à la rencontre des jeunes dans les lieux qu’ils fréquentent, comme les parcs, les centres de loisirs, les écoles, afin de trouver des solutions adaptées. Cette idée contraste avec l’approche paternaliste qui consiste à décider sans les consulter ou encore à leur demander de s’asseoir avec les institutions plutôt que l’inverse.

Pour accroître la consommation de fruits et de légumes chez les jeunes

De nombreuses idées complémentaires ont été suggérées.

  • Taxer la malbouffe et en investir les revenus dans un système alimentaire à l’échelle des quartiers
  • Saisir les occasions favorables pour penser et agir autrement, par exemple, la réfection du toit d’une école ou d’un organisme communautaire pour mettre en place toit vert propice à l’agriculture urbaine
  • Installer des jardins dans les cours d’école
  • Offrir des fruits et légumes lors de la collation
  • Développer les compétences culinaires des jeunes
  • Mettre en place une politique alimentaire à l’école
repas ecole

Pour limiter la consommation d’aliments à faibles valeurs nutritives

Les participants ont reconnu qu’il fallait non seulement adopter des règlements pour limiter la présence des commerces faisant la promotion de la malbouffe, mais aussi mettre en place des initiatives qui encouragent les choix sains grâce aux entreprises sociales alimentaires et à des food truck pour bonifier l’offre alimentaire de proximité, ou à l’aide une carte étudiante donnant accès à un tarif réduit sur les aliments sains dans les dépanneurs, les épiceries, etc.

Pour favoriser l’activité physique

L’aménagement s’est aussi retrouvé au cœur des discussions. Aménager les espaces scolaires et municipaux afin d’encourager la pratique d’activité physique, mais également les liens sociaux. Créer des corridors sécuritaires et ludiques pour favoriser le transport actif entre les lieux fréquentés par les jeunes (parcs, ruelles, bibliothèques, écoles). Un participant a cité en exemple la ville de Granby qui a agrémenté ses espaces publics d’œuvres ludiques dans le cadre de l’initiative Granby est zoo. L’aménagement du tempsa aussi été présenté comme un facteur déterminant pour que les jeunes aient accès à des occasions d’être actifs à l’école, lors des loisirs et des activités parascolaires.



TOPO 2017

Cet article n’offre évidemment qu’un mince aperçu de l’enquête TOPO 2017. Pour prendre connaissance de l’ensemble des facteurs documentés, je vous encourage fortement à consulter le rapport complet et à rester à l’affût de la synthèse de cette journée qui devrait être publiée dans quelques semaines. Qui plus est, prenez note que dans les prochains mois, chaque quartier et chaque école recevra son portrait local.