Prendre soin de notre monde

JASP 2018: le monde municipal mobilisé autour de la qualité de vie

Le 10 décembre 2018

Plus de 150 personnes ont participé à la journée consacrée à la démarche « Prendre soin de notre monde », qui était au programme des Journées annuelles de santé publique 2018. Cette journée très riche a notamment permis de mieux connaître les préoccupations des élus et fonctionnaires municipaux, ainsi que les changements importants auxquels ils font face.

Denis Marion, maire de Massueville et président du Réseau québécois des Villes et villages en santé, a animé un débat qui réunissait, Claire Bolduc, préfète de la MRC de Témiscamingue, Pierre Bernardin, directeur général de la Ville de Sainte-Julie et Benoit Lauzon, maire de Thurso. Les débatteurs ont d’abord partagé leurs préoccupations principales.

La fiscalité municipale : un enjeu majeur

Pour Claire Bolduc, qui est aussi présidente de la Commission permanente sur le développement social, les institutions et la démocratie à la Fédération québécoise des municipalités, l’organisation et la cohésion des différents milieux représentent des défis quotidiens. « Notre rôle, c’est la gestion des équilibres, a-t-elle souligné, c’est-à-dire que nous devons répondre aux demandes et aux besoins du milieu avec les moyens que nous avons. »

Même son de cloche du côté de Benoit Lauzon, qui est aussi président de la Commission de la culture, des loisirs et de la vie communautaire à l’Union des municipalités du Québec. « Actuellement au Québec, 70 % du budget des municipalités provient des taxes foncières, une proportion inégalée, a-t-il précisé. C’est inquiétant pour l’avenir, parce que selon une étude de l’UMQ, l’achat en ligne a entraîné la fermeture de près de 2000 commerces en 2016, ce qui représente des pertes fiscales annuelles de 65 millions $. De plus, les changements démographiques contribuent à une diminution de la construction de maisons unifamiliales. La diversification des sources de revenus est donc un enjeu majeur pour les municipalités. »

«La taxe foncière est basée sur un service que l’on doit donner à la propriété, mais aujourd’hui on doit donner un service à la personne. » Benoît Lauzon

Des mandats qui changent, parce que les attentes des citoyens changent

En répondant à une question portant sur les changements survenus dans les mandats des municipalités, les débatteurs ont eu l’occasion de souligner à quel point les besoins et les attentes de leurs citoyens ont évolué au cours des dernières années.

« Le profil de la population a changé, a confirmé Pierre Bernardin. Sainte-Julie était la ville de la famille, mais les enfants ont grandi. Avant, on planifiait des terrains de baseball, des terrains de soccer, maintenant, ce sont des terrains de pétanque. On travaillait beaucoup sur les infrastructures avant, mais aujourd’hui nous avons une politique de saines habitudes de vie et nous travaillons plus sur l’humain. »

Marina de Ville-Marie – Crédit photo : Société de développement du Témiscamingue

« Le citoyen nous demande des choses inhabituelles, par rapport à notre rôle traditionnel, par exemple, des services de proximité, a mentionné Claire Bolduc. Il vient nous voir quand l’épicerie va fermer, ce qui a amené plusieurs municipalités et MRC à s’impliquer dans des coopératives d’alimentation ou de santé. Ce sont des choses qui évoluent, mais ce qui a évolué le plus, c’est l’attitude des citoyens, qui considèrent que c’est normal et naturel que ce soit le milieu municipal qui s’en charge. »

« Notre vision est très différente, a ajouté Benoit Lauzon. Avant, on construisait une piste cyclable sans se poser de questions, alors qu’aujourd’hui nous sommes conscients des effets bénéfiques que cet aménagement va avoir sur la santé des citoyens à long terme. »

Thurso – Crédit photo : Pierre Langlois

Les citoyens avides de qualité de vie

« Les enjeux de la qualité de vie ont été très présents dans les discours des candidats au cours de la campagne municipale de 2017, a souligné Denis Marion. Comment répondre à ces enjeux dans un contexte de gouvernement de proximité ? »

« La qualité de vie fait tellement partie de notre ADN maintenant : elle est même incluse dans notre plan stratégique, a affirmé Pierre Bernardin. Un sondage auquel ont répondu 2142 ménages sur 10 000 montre que les citoyens veulent une ville à échelle humaine, une ville durable et écoresponsable, une ville mobile, une ville saine et active, une ville inclusive et solidaire. On est loin des infrastructures comme des autoroutes ! »

 « Les citoyens demandent des espaces de loisirs non traditionnels : on ne parle plus de parcs, mais d’aires forestières aménagées et de lieux de baignade sécuritaires et surveillés. » Claire Bolduc

« Nous devons nous demander comment nous contribuons de façon claire à la qualité de vie des citoyens, a poursuivi Claire Bolduc. Ils peuvent, par exemple, avoir besoin d’un lieu de rassemblement, un endroit pour aller prendre un café, afin de briser l’isolement des aînés ou des mères monoparentales. Ce sont des besoins de base dans les milieux ruraux et nous devons faire preuve de beaucoup d’inventivité pour y répondre. »

Sainte-Julie – Crédit photo : Ville de Sainte-Julie

La collaboration avec les acteurs de soutien : nécessaire et désirée

Comment les élus municipaux perçoivent-ils le travail avec leurs partenaires gouvernementaux et non gouvernementaux ? a demandé Denis Marion.

« On n’a pas le choix de travailler ensemble, de mettre nos ressources en commun, a souligné Pierre Bernardin. Les tables de concertation qui regroupent différents partenaires sont essentielles dans nos milieux. Il faut cependant s’entendre sur une vitesse de croisière commune, qui tient compte des ressources financières de la municipalité. »

« La MRC a pris le leadership de la planification stratégique du territoire en réunissant toutes les organisations qui jouent un rôle actif dans la qualité de vie des citoyens, a indiqué Claire Bolduc. La première action a été de questionner les citoyens, qui nous ont dit être inquiets de la disparition des commerces et services de proximité. »

« L’appareil municipal doit changer et travailler de façon plus intégrée avec ses partenaires, a soutenu Benoit Lauzon. Pour notre part, nous avons réduit le nombre de commissions municipales à 4. Nous avons notamment créé la commission de la qualité de vie qui gère toutes les décisions qui peuvent avoir un impact sur le citoyen. Nous avons aussi une commission de développement de la qualité du milieu et dans les deux cas, les citoyens sont bien représentés. »

« Sortir des cadres établis, c’est le maître mot. Pour les 43 MRC du Québec, qui représentent près de 1000 municipalités rurales, il est essentiel d’agir en dehors de ce que nous avons appris et de ce nous avons l’habitude de faire. » Claire Bolduc

Benoit Lauzon a également mis en place « Les samedis du maire », une initiative originale qui lui permet d’échanger avec les citoyens.  « Tous les deux samedis, la porte de l’hôtel de ville est ouverte et je suis au bureau. Pas besoin de rendez-vous : le citoyen vient discuter avec moi et son sujet, c’est mon sujet. Il y a parfois 7 ou 8 personnes avec moi, parce qu’on parle du même dossier. Il y a moyen d’impliquer davantage le citoyen », a-t-il conclu.

Ce riche débat a été chaleureusement applaudi. Nul doute que les acteurs de soutien présents y ont puisé une meilleure vision des enjeux complexes et changeants auxquels font face les élus et les fonctionnaires municipaux.



Les élus municipaux : des équilibristes imputables

Au cours du débat, Claire Bolduc, la préfète de la MRC Témiscamingue a donné un exemple concret des enjeux complexes auxquels les élus sont confrontés.

« Près de 150 citoyens ont manifesté la semaine dernière à l’occasion d’un conseil des maires de la MRC. lls sont venus nous parler de la piscine municipale de Ville-Marie qui doit fermer en juin 2019. Elle est vétuste et désuète, et la municipalité n’a plus les moyens de la garder ouverte. D’après nos calculs, répartir le coût de la construction d’une nouvelle piscine dans la MRC représenterait de 200 $* à 350 $ de plus sur chaque compte de taxes, selon les municipalités. Pour certains citoyens, c’est acceptable, mais pour d’autres c’est un trou dans leur budget déjà restreint. »

« Mais en même temps, a souligné Claire Bolduc, il faut apprendre aux enfants à nager dans un territoire de 19 000 km2 qui compte 7 500 lacs ! Il faut considérer la décision à prendre pas seulement en fonction de ce que ça va coûter, mais aussi en fonction de ce que ça coûterait de ne pas le faire. Dans plusieurs cas, ne pas le faire, coûte autant, sinon même plus que de le faire. C’est ça la gestion des équilibres et l’imputabilité des élus : nous devons répondre des choix que nous faisons, ou ne faisons pas, relativement aux besoins exprimés par les citoyens. »

* À la suite d’un échange avec Claire Bolduc, la citation originale a été modifiée pour être plus précise.

* Inscrite au Programme national de santé publique 2015-2025 et dans la Politique gouvernementale de prévention en santé, la démarche « Prendre soin de notre monde » est une invitation à travailler ensemble, en facilitant les collaborations entre les acteurs municipaux, gouvernementaux et non gouvernementaux pour des environnements municipaux favorables à la santé et à la qualité de vie. La démarche comporte un haut niveau de complexité puisqu’elle repose sur une approche intersectorielle impliquant une pluralité d’acteurs à différents paliers et de différents secteurs de la société.