Mobilité durable

Sécurité routière : Campagne Tous piétons! À pied, nous n’avons pas d’armure

Le 15 septembre 2020

Piétons Québec lance une nouvelle campagne de sensibilisation pour changer la culture routière et influencer les usagers de la route afin qu’ils adoptent des comportements plus sécuritaires à l’égard des usagers plus vulnérables : les piétons. 

La campagne Tous piétons! va s’échelonner sur l’année entière et s’étendre à l’échelle de la province. « Lancer une telle campagne à l’automne est assez habituel, résume Jeanne Robin, porte-parole de Piétons Québec. Statistiquement, c’est toujours la saison la plus meurtrière, à cause de la rentrée, les jours écourtés, la fatigue… Mais des piétons, on en retrouve durant toutes les saisons. Et c’est la raison d’être de cette campagne de sensibilisation sans précédent. »

Car la tendance actuelle est alarmante. En effet, malgré un bilan routier 2019 légèrement meilleur que l’année précédente, mais surtout pour les automobilistes, avec 22 décès de moins, les usagers les plus vulnérables, eux, sont encore surreprésentés. En effet, sur les 333 accidents fatals de la route, 71 d’entre eux impliquaient des piétons, une hausse de 18,7 % sur la moyenne des cinq dernières années ! Et la moitié d’entre eux étaient âgés de plus de 65 ans.

« La situation est loin de s’améliorer pour les piétons en matière de sécurité routière, déplore Jeanne Robin. Nous lançons donc un appel à tous pour que, au volant, chacun soit conscient de la vulnérabilité des piétons. D’où le thème de notre campagne : À pied, nous n’avons pas d’armure. »

« Dans une voiture, on est bien protégé, enchaîne-t-elle. Surtout que, depuis des années, les constructeurs automobiles mettent en place de nombreuses mesures pour sécuriser les occupants des véhicules. Mais à pied, nous n’avons pas plus de protection qu’auparavant. Nous sommes sans défense. »

Les VUS, freins de la Vision Zéro ?

« On ne peut pas se satisfaire d’une sécurité routière qui n’augmente que pour les occupants des véhicules, mais pas pour les piétons. » – Jeanne Robin

Parmi les facteurs qui contribuent à ce triste bilan, on peut citer la multiplication sur les routes des SUV. De plus en plus de personnes en font l’acquisition sous prétexte que ce type de véhicule surdimensionné garantit encore mieux leur sécurité. Une motivation qui s’apparente véritablement à une course aux armements. Or, ces véhicules quasi-blindés, qui protègent magistralement leurs occupants, ne pardonnent pas lorsqu’ils percutent un piéton sans armure.

À ce chapitre, explique Jeanne Robin, nous ne disposons pas de statistiques qui soient propres au Québec. Toutefois, si on porte notre regard du côté des États-Unis, il ne fait aucun doute que les VUS et camionnettes sont responsables de la hausse des collisions qui entraînent la mort de piétons. En cause : leur design qui accroît les angles-morts, réduisant de beaucoup le champ de vision des conducteurs. Mais surtout, une calandre massive, à angle droit, imitant celle des camions, et qui n’offre aucune chance à un corps humain en cas d’impact.

La vitesse qui tue

« Notre incapacité à protéger des êtres humains qui ne font que se déplacer à pied dans l’espace public est tout simplement inadmissible. » – Jeanne Robin

Peu importe la taille des véhicules, insiste Jeanne Robin, au final c’est toujours la vitesse qui transforme les véhicules motorisés en danger mortel pour les piétons. « La majorité des accidents qui entraînent des blessures graves ou la mort de piétons surviennent sur les artères et les collectrices, là où les vitesses des véhicules sont trop élevées pour donner une chance au conducteur de réagir et au piéton de survivre. »

Selon un document de la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ), la plage de vitesse entre 30 km/h et 50 km/h est celle où la probabilité de décès augmente subitement. Une probabilité qui passe de 10 %, quand un véhicule circule à 30 km/h, à 75 % quand sa vitesse est 50 km/h. Ainsi que le formule la Direction de la santé publique : « Fondamentalement, les dommages et traumatismes routiers sont causés par le transfert d’énergie du véhicule en mouvement aux objets et aux personnes ». En conséquence, réduire la vitesse des véhicules équivaut à diminuer le « transfert d’énergie » lors d’une collision.

Protéger les plus vulnérables

Cette préoccupation à l’égard de la sécurité des piétons est partagée, entre autres, par le ministère des Transports ainsi que la SAAQ qui d’ailleurs soutiennent cette campagne de sensibilisation. Toutefois, de tels enjeux commandent la mobilisation de nombreux acteurs. « Par son initiative, précise Jeanne Robin, Piétons Québec souhaite contribuer à un changement de culture routière en sensibilisant les conducteurs au respect du Code de la route. Mais ce n’est pas suffisant. À l’échelle locale, par exemple, il sera nécessaire de procéder à des aménagements qui incitent les automobilistes à réduire leur vitesse. Des aménagements qui pardonnent malgré les inévitables erreurs humaines, ainsi que nous l’enseigne la Vision Zéro. »

Entre temps, il sera toujours possible de sauver plusieurs dizaines de vies et d’éviter des centaines de traumatismes simplement en convaincant les automobilistes de respecter les limites de vitesse. Et d’adopter le principe de prudence. « Au début du confinement, rappelle Jeanne Robin, nous avons vécu l’incarnation même de ce principe de prudence. Un peu comme si, au volant, chacun était devenu plus attentif. Comme si cette mobilisation de la société s’était aussi reflétée sur la route. Comme si une attention plus grande, de la part des automobilistes, était portée à l’endroit des piétons. » 

« Notre campagne, c’est justement un cri du cœur pour que cette prudence « retrouvée » demeure toujours aussi vive dans les comportements des automobilistes. Pour qu’ils adoptent cette fameuse attitude protectrice que les plus gros témoignent en faveur des plus petits. Et qu’ils n’oublient jamais que, bien à l’abri dans leur véhicule, ce sont des êtres faits de chair et de sang qu’ils sont susceptibles de faucher. »